La lutte contre les changements climatiques ne peut reposer sur les seules épaules de MarieChantal Chassé, ministre de l’Environnement au gouvernement de la Coalition avenir Québec.

Les risques de la rentrée parlementaire

ANALYSE / La rentrée parlementaire de la semaine prochaine à Québec comporte des risques pour tous les partis. Si le défi des libéraux et des péquistes sera celui de la mesure, celui du gouvernement Legault sera d’être cohérent et de travailler à maintenir pour longtemps la cohésion interne.

Les partis d’opposition mettront en exergue le laxisme du nouveau gouvernement en matière d’environnement. Ils chercheront à obtenir des clarifications sur des contradictions entre ce qu’ont dit ou fait des ministres depuis le jour des élections et des engagements pris par la Coalition avenir Québec (CAQ) avant son arrivée au pouvoir.

Mais les libéraux et les péquistes s’efforceront d’y aller avec modération. Ils devraient en tout cas s’y employer. Il en va de leur propre intérêt. Après tout, ce sont eux qui ont subi une raclée électorale le 1er octobre. Pas la CAQ.

Il est normal et nécessaire qu’ils relèvent les «reculs». Libéraux et péquistes ont d’ailleurs énuméré tout au long de la semaine les dossiers qu’ils rangent dans cette rubrique, des «trop-perçus d’Hydro-Québec» aux salaires des médecins spécialistes.

Ils s’en prendront à l’idée de François Legault de permettre à des Ontariens de participer à la construction d’éventuelles nouvelles centrales hydroélectriques advenant un important contrat de vente avec l’Ontario.

Mais ils ne devront pas faire de l’opposition pour faire de l’opposition sur tout. Il suffirait de peu de choses pour que des attaques tous azimuts et sans dosage se retournent contre eux à ce stade-ci.

Maillons faibles

Les maillons faibles du gouvernement Legault clignotent en rouge. La ministre de l’Environnement potasse ses fiches-réponses pour les périodes des questions à venir. MarieChantal Chassé part toutefois de très loin.

Cela dit, la lutte contre les changements climatiques ne peut reposer sur ses seules épaules, non plus que sur celles de son ministère — structure par ailleurs plus indispensable que jamais.

François Legault lui-même devra donner des gages dans le discours inaugural qu’il prononcera mercredi. Puisqu’il a affirmé le mois dernier avoir «bien reçu le message de la population» sur les changements climatiques, il devra aller au-delà de propos convenus. Il en a l’obligation politique.

Il devra dire ce que son gouvernement fera pour contribuer à la lutte contre les changements climatiques. Il devra mettre de la chair autour de l’os; établir la grille d’analyse à partir de laquelle les arbitrages seront rendus.

Le gouvernement Legault ne pourra pas oublier le secteur du transport, qui continue de compter pour une lourde part des émissions de GES. Là-dessus, il part de loin aussi.

Les belles paroles

François Legault a été plus loin que ce à quoi on s’attendait à propos des Franco-Ontariens lors de sa rencontre avec son homologue de l’Ontario. L’ancien souverainiste a été jusqu’à défendre la notion des «deux peuples fondateurs» du Canada, une façon de dire à Doug Ford qu’il ne peut placer sur un pied d’égalité les Franco-Ontariens et les Ontariens originaires de Chine, par exemple. Pas en ce qui a trait aux services publics à rendre dans une autre langue que l’anglais, en tout cas.

Mais la question qui se pose aujourd’hui, s’agissant du Québec, est de savoir ce que le gouvernement Legault peut faire, même si Doug Ford vient de mettre un peu d’eau dans son vin. À cet égard, le solidaire Gabriel Nadeau-Dubois a fait une proposition concrète en suggérant que le Québec permette aux francophones du reste du Canada d’étudier dans une université francophone québécoise tout en acquittant les mêmes droits de scolarité que les Québécois. Les Français venant étudier au Québec ont longtemps joui de ce privilège.

Une bonne idée? Peut-être pas. Mais des caquistes se sont étonnés, et avec raison, de la rapidité avec laquelle le gouvernement a rejeté la possibilité de même l’analyser.

Les belles paroles ont été légion au fil du temps sur les francophones du reste du Canada. En 1995, le gouvernement de Jacques Parizeau avait rendu publique une politique à l’endroit des communautés francophones et acadiennes. Elle invitait à une solidarité renouvelée. En 2006, le gouvernement de Jean Charest a produit une «politique du Québec en matière de francophonie». Elle se voulait un appel au rapprochement entre les francophones québécois et ceux des autres provinces. De bien beaux textes…

On peut bien se gargariser en pensant à la francophonie dans le monde — celle qu’on cherche parfois en vain dans des pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie. Mais il ne faut ni mépriser ni oublier celle qui est à nos portes.

La CAQ s’étranglait d’indignation

Pierre Fitzgibbon fait partie des ministres du gouvernement Legault que de plus en plus de Québécois connaissent. Peut-être pas pour les raisons qu’il souhaiterait lui-même… Mais il n’y a pas de motif sérieux pour que cette histoire d’actions qu’il possède (ou possédait) chez Héroux-Devtek, un fournisseur de Bombardier, lui colle à la peau.

Chaque ministre a un passé. L’important est que le ministre de l’Économie se conforme aux règles. Or, jusqu’à preuve du contraire, c’est ce qu’il a fait.

Qu’il ait ouvert la porte à une nouvelle aide à Bombardier a peu à voir avec sa situation personnelle. Tous les gouvernements ont été présents pour Bombardier — pour le meilleur et pour le pire; et malgré la rapacité de ses dirigeants. Là où M. Fitzgibbon s’est distingué, c’est en se montrant spontanément ouvert à offrir un nouveau soutien financier à la multinationale.

En dépit de tout ce qui les sépare, ce nouveau ministre fait un peu penser à Carlos Leitão. Lorsqu’il avait revêtu l’uniforme de ministre des Finances du gouvernement Couillard, M. Leitão ne gardait pas pour lui ce qu’il pensait. Il était un livre ouvert.

Pierre Fitzgibbon a un mérite. Contrairement à plusieurs de ses collègues, il n’hésite pas à prendre la chaleur. Il ne fuit pas les médias.

Le problème, c’est lorsqu’on regarde ce dossier en ayant à l’esprit ce que disait la CAQ lorsqu’elle était dans l’opposition; sur Bombardier et sur tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un conflit d’intérêts ou à un problème éthique. Elle s’étranglait toujours d’indignation.

Faux suspense

Il ne pouvait pas ne pas y avoir d’entente sur la reconnaissance du Parti québécois et de Québec solidaire en tant que groupes parlementaires à l’Assemblée nationale. Personne n’avait intérêt à ce que ça ne soit pas le cas. C’était un faux suspense; un vrai faux suspense.

Que Manon Massé obtienne une voiture de fonction avec un chauffeur-garde du corps est dans l’ordre des choses. Pourquoi devrait-elle refuser ce à quoi elle a droit? Ce service lui sera aussi nécessaire qu’au péquiste Pascal Bérubé.

Mme Massé était protégée durant la campagne électorale. Pourquoi ne le serait-elle plus, alors qu’elle codirige maintenant un parti qui a vu croître son aile parlementaire?