La tenue d’un conseil général à Saint-Hyacinthe, samedi et dimanche, fait partie de cette stratégie de recalibrage, tout comme la présence du chef Scheer sur le plateau de «Tout le monde en parle» — son prédécesseur n’y a jamais mis les pieds pendant sa décennie au pouvoir.

Les conservateurs veulent corriger leur image

OTTAWA — Les conservateurs se réunissent au Québec ce week-end en partie pour corriger un «problème d’image» qu’ils traînaient sous Stephen Harper — une image que les libéraux cherchent de plus en plus à faire coller aux troupes du chef Andrew Scheer.

«Les gens l’ont constaté; peut-être que l’entourage autour de l’ancien premier ministre, ça ne connectait pas nécessairement; il avait de la difficulté avec les médias, les relations», a exposé en entrevue le lieutenant politique du parti au Québec, Alain Rayes.

«On entend souvent les gens dire: il me semble que les gens ne sont pas nécessairement attirés par les idées du Parti conservateur. Nous, on pense que c’est le contraire. On avait un travail d’image à faire. On en est conscients», a-t-il soutenu.

La tenue d’un conseil général à Saint-Hyacinthe, samedi et dimanche, fait partie de cette stratégie de recalibrage, tout comme la présence du chef Scheer sur le plateau de Tout le monde en parle — son prédécesseur n’y a jamais mis les pieds pendant sa décennie au pouvoir.

«L’acceptation d’Andrew Scheer d’aller à l’émission, pour nous, c’était un message. C’est un changement de cap en termes d’approche face à la relation qu’on a avec les médias, avec la population», a expliqué M. Rayes.

«Conservatisme positif»

Le député conservateur évoque le désir, sous le chef en poste depuis maintenant près d’un an, de mettre de l’avant un «conservatisme positif» et le souhait de ne «plus travailler sur les éléments qui nous divisent», mais bien «sur les éléments qui nous rassemblent».

Lorsqu’on lui a souligné l’ironie de la chose, alors que la semaine à Ottawa a été marquée par le cri de son collègue Ted Falk pour qui l’avortement «n’est pas un droit», il a déploré ce «geste malheureux», rappelant qu’Andrew Scheer a promis de ne pas rouvrir ce débat.

Le cri lâché aux Communes a ragaillardi les troupes libérales. Car ces quelques mots hurlés par le député conservateur représentent autant de munitions additionnelles à l’arsenal que se constituent actuellement les libéraux en prévision de la bataille électorale d’octobre 2019.

Depuis quelques semaines déjà, les députés et leur chef Justin Trudeau avaient commencé à taxer leurs adversaires de «conservateurs de Harper» avec une fréquence accrue, notamment lors de la période des questions en Chambre.

Le message qu’ils cherchent à imprimer dans la tête des électeurs est assez simple: même sous la houlette de «Stephen Harper qui sourit» (un surnom donné à Andrew Scheer), les conservateurs ont les mêmes valeurs que les Canadiens ont rejetées en 2015.

Et pour se refaire une image de façon à séduire davantage de Québécois, «ça va prendre un peu plus que du maquillage», et «il faudrait qu’il y ait un changement majeur» pour être réellement au diapason de la population, a lâché vendredi le député libéral Pablo Rodriguez

«Au niveau des valeurs, des principes qu’ils défendent — et on l’a vu encore cette semaine —, ce ne sont pas des choses qui collent aux priorités des Québécois», a-t-il fait valoir en mêlée de presse, faisant référence à l’incident Falk.

Brandir le spectre de Stephen Harper sert à démontrer que «c’est les mêmes attitudes, la même gang» qui n’a «aucune reconnaissance qu’il y a un problème avec les gaz à effet de serre, aucune reconnaissance des droits des femmes», a argué son collègue David Lametti.

«Je pense qu’on est en train de mettre une couche de vernis neuf sur un vieux plancher», a pour sa part commenté l’élu néo-démocrate Robert Aubin.

D’après lui, le «cri du coeur» qu’à lâché Ted Falk aux Communes prouve que les convictions antiavortement «incompatibles avec ce que les Québécois recherchent» sont «profondément enracinées» au sein des troupes conservatrices.

Mais ce week-end, l’image que les conservateurs du Québec veulent projeter à Saint-Hyacinthe est celle d’une formation positive, prête à détrôner les libéraux de Justin Trudeau. Et pour Alain Rayes, le premier ministre n’est plus le chef indélogeable qu’il était il y a encore quelques mois.

La donne a changé

Les astres politiques sont d’autant plus alignés que la donne a changé au Québec.

Les bloquistes, qui avaient fait élire 10 députés en 2015, sont en déroute, et au Nouveau Parti démocratique (NPD), où l’on avait remporté 16 sièges au dernier scrutin, l’élection du nouveau chef Jagmeet Singh n’a pas fait bouger l’aiguille dans les sondages.

«Il y a un réalignement politique en cours actuellement», a plaidé Carl Vallée, ancien attaché de presse et conseiller du premier ministre Stephen Harper.

«Le vote nationaliste qui appartenait au Bloc québécois pourrait réintégrer la coalition bleue. Pour moi, le conseil général s’inscrit là-dedans», a-t-il ajouté.

La députée bloquiste Marilène Gill juge qu’il est «absurde» d’essayer «de faire croire aux électeurs qu’on peut remplacer des députés bloquistes par des députés fédéralistes».

«Je pense que les électeurs sont assez intelligents pour voir que ce sont deux partis totalement différents. Je pense qu’on est un parti plutôt socialiste, plutôt de gauche, plutôt progressiste, tandis que les conservateurs, leur nom parle pour lui-même», a-t-elle noté.

Au Parti conservateur, on espère gagner encore plus de sièges que les 12 raflés aux dernières élections. Le cahier du conseil général intitulé «Une alternative sérieuse pour le Québec» compte des résolutions élaborées pour courtiser les électeurs en prévision du scrutin de 2019.

Parmi les 73 résolutions du document figure notamment celle d’une déclaration de revenus unique pour le Québec. Une telle proposition a été adoptée en février dernier par les militants du Nouveau Parti démocratique (NPD) réunis en congrès.