Le Parti québécois entend également répartir les immigrants dans les régions en fonction des besoins criants de main-d’oeuvre qui s’y manifestent depuis quelques années.

Le PQ veut exiger la connaissance du français aux immigrants

MONTRÉAL - Un gouvernement péquiste reverrait l’ensemble des paramètres d’immigration afin d’améliorer l’intégration des nouveaux arrivants, leur rétention et leur présence en région, et ce, afin de s’attaquer plus directement à la pénurie de main-d’oeuvre.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, a présenté mardi matin à Montréal la politique d’immigration de sa formation, politique axée sur une sélection beaucoup plus stricte des nouveaux arrivants en fonction, surtout, de la langue.

Ainsi, l’obtention d’un certificat de sélection serait désormais conditionnelle à la connaissance du français avant l’arrivée au Québec, exception faite des réfugiés et autres migrants accueillis pour des raisons humanitaires.

Les aspirants immigrants doivent déjà passer un test de connaissance du français avant leur sélection, mais «le test n’est pas éliminatoire et c’est ça le problème. Nous on dit: le test sera éliminatoire», a tranché M. Lisée.

«On est plus francs avec les conditions de succès», explique-t-il, disant tirer «la leçon du réel»; «les gens qui arrivent au Québec sans parler le français soit sont au chômage, soit s’en vont et, donc, perdent leur temps et le nôtre».

Les données présentées dans la politique sont probantes sur cette question: de 2014 à 2017 inclusivement, entre 30 et 45% des immigrants reçus au Québec ont quitté pour une autre province. De plus, 60% des immigrants ne parlaient pas français à leur arrivée et moins de la moitié de ces derniers (40%) ont suivi des cours de francisation. Pire encore, la vérificatrice générale a récemment relevé que 90% de ceux qui ont suivi un cours de francisation l’ont échoué.

Or, souligne le chef péquiste, le bassin de recrutement est pourtant immense: il y a pas moins de 274 millions de personnes dans le monde qui ont le français comme langue maternelle ou seconde et pas seulement en France, en Belgique ou en Afrique du Nord. Par exemple, selon l’Organisation internationale de la Francophonie, 23% des Portugais (2,4 millions d’habitants), 21% des Hollandais (3,6 millions), 16% des Britanniques (10,5 millions) ou encore 14% des Allemands (12 millions) parlent français, une langue répandue dans la plupart des pays européens et dans plusieurs pays d’Asie.

Besoins en région

Le Parti québécois entend également répartir les immigrants dans les régions en fonction des besoins criants de main-d’oeuvre qui s’y manifestent depuis quelques années. La formation souhaite orienter pas moins du quart des nouveaux arrivants en dehors de la région métropolitaine.

Présentement, près de 90% des nouveaux arrivants aboutissent à Montréal, où ils sont confrontés, notamment, à des taux de chômage beaucoup plus élevés que ceux de la population active qui n’est pas issue de l’immigration.

«Notre objectif, c’est qu’ils ne passent pas par Montréal et qu’ils aillent directement à l’endroit où ils ont leur emploi», explique le chef péquiste qui conclut que la stratégie libérale de «les laisser s’installer à Montréal, ça ne marche pas».

Pour y arriver, le PQ prévoit remettre en place les bureaux régionaux du ministère de l’Immigration - démantelés dans la démarche d’austérité du gouvernement libéral -, les associer aux acteurs économiques et employeurs des régions et créer une offre d’emplois disponibles à combler immédiatement partout en province.

Il suffirait dès lors de généraliser et d’ajuster l’approche du Programme de l’expérience québécoise qui permet de jumeler des employeurs avec des travailleurs ou des étudiants étrangers qui, une fois en emploi, obtiennent une voie rapide pour le certificat de sélection.

«L’offre d’emploi validée [par l’employeur], c’est la voie royale vers le succès», selon le chef péquiste.

Reconnaissance des diplômes

Un des obstacles importants à l’intégration, particulièrement dans les emplois plus spécialisés, demeure la reconnaissance des diplômes et, surtout, l’obtention de permis des ordres professionnels.

L’obtention du permis d’exercice dans certaines professions peut représenter des années de formation, d’examens et des déboursés de plusieurs milliers de dollars, ce qui en décourage plus d’un. Le taux d’abandon en cours de route a d’ailleurs atteint une moyenne de 55% entre 2010-2011 et 2014-2015.

Le PQ entend, d’une part, offrir un important soutien financier pour la durée de la mise à norme des candidats, aide qui sera remboursable une fois la reconnaissance obtenue, mais aussi et surtout bien avertir les candidats de la course à obstacles qui s’élève devant eux avant leur arrivée. «Il ne faut pas que ce soit la grande séduction et ensuite la grande déception», a illustré Jean-François Lisée.

Numérologie, charlatans et valeurs

Contrairement aux libéraux - dont le gouvernement prévoit 53 000 immigrants cette année - et aux caquistes, dont le programme place la barre à 40 000 nouveaux arrivants, la politique péquiste ne comprend pour l’instant aucune cible.

«Nous on refuse la numérologie», a répondu M. Lisée lorsqu’interrogé à cet effet. «Ceux qui vous disent qu’ils ont un chiffre, ce sont des charlatans», a-t-il renchéri, faisant valoir que des proportions massives des 53 000 immigrants du gouvernement Couillard quittent le Québec et raillant le chiffre de 40 000 de la CAQ. «François Legault, un matin, en se rasant, il a dit: je vais dire 40 000. Ça ne repose sur rien», a lancé le chef péquiste.

M. Lisée entend plutôt suivre la démarche proposée par la politique de son parti et, parallèlement, demander au vérificateur général d’évaluer ce que serait «une vitesse de croisière qui a de l’allure en fonction de nos besoins d’emploi et de nos capacités d’intégration».

Quant à l’idée de test des valeurs proposé par la CAQ, le Parti québécois la juge absurde, tant dans sa forme que dans son intention.

D’une part, il souligne que de renvoyer un immigrant qui échouerait un tel test trois ou quatre ans après son arrivée est contraire aux lois canadiennes et qu’une telle provision serait assurément rejetée par Ottawa, qui a le dernier mot en la matière.

Mais surtout, le PQ rappelle que depuis plusieurs années le Québec oblige les candidats à l’immigration à signer une déclaration des valeurs.