Le nouveau ministre de la Justice David Lametti est félicité par Justin Trudeau après son assermentation à Rideau Hall, à Ottawa, lundi matin.

Le député montréalais David Lametti nommé ministre de la Justice

OTTAWA - Un député montréalais est le grand gagnant du remaniement ministériel effectué lundi matin par Justin Trudeau.

David Lametti devient ministre de la Justice et procureur général du Canada.

«J’étais un peu bouleversé, mais très content, très fier», a confié le nouveau ministre après avoir prêté serment à Rideau Hall.

L’élu de LaSalle-Émard-Verdun avait occupé jusqu’à maintenant deux postes de secrétaire parlementaire.

«C’est un exemple (...) de la profondeur dans l’équipe que les Canadiens ont élue en 2015», s’est vanté le premier ministre en parlant de sa nouvelle recrue au cabinet.

«David Lametti a une intelligence juridique bien démontrée dans une carrière (...) d’avocat et d’universitaire. C’est quelqu’un qui a toujours été très présent dans les cercles juridiques au Québec et au Canada. Et nous sommes très contents de pouvoir lui confier cette tâche», a-t-il répondu aux journalistes à sa sortie de Rideau Hall.

Loi sur l’aide médicale

Le nouveau ministre aura au moins un dossier chaud sur sa table : la loi sur l’aide médicale à mourir est contestée devant un tribunal québécois.

«On va continuer à regarder la mise en application de la loi. Évidemment, je vais suivre les cas devant les cours. Je vais continuer à parler avec mes homologues et on verra», a-t-il déclaré, prudent.

M. Lametti remplace au ministère de la Justice Jody Wilson-Raybould, qui se voit rétrogradée au ministère des Anciens Combattants.

Le premier ministre maintient que ce n’est pas là un recul pour la ministre de Colombie-Britannique, au contraire.

«Je mets en garde quiconque croit que de servir nos anciens combattants (...) n’est pas une responsabilité importante et extraordinaire», a tonné le premier ministre.

Quelques minutes plus tard, au même micro, la ministre Wilson-Raybould reprenait le même argument. «Je ne crois pas que quiconque sert les anciens combattants de notre pays devrait être mal vu», a-t-elle dit.

Elle a rappelé qu’elle avait présenté 13 projets de loi au cours de ses trois années à la tête du ministère de la Justice et qu’elle avait nommé 250 juges en Cour supérieure à la grandeur du pays.

Dans une déclaration rendue publique quelques heures plus tard, elle a semblé vouloir répondre aux gens qui se demandent pourquoi elle n’a pas été nommée à la tête du ministère des Services aux Autochtones.

Mme Wilson-Raybould a affirmé que les changements nécessaires pour parvenir à une réelle réconciliation avec les Premières Nations n’ont pas encore été entièrement réalisés et qu’ils demanderont encore énormément de travail.

Elle promet de continuer à être la voix des Autochtones au sein du cabinet.

Quelques autres changements

La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, devient présidente du Conseil du Trésor et ministre du Gouvernement numérique.

Le ministre des Anciens Combattants, Seamus O’Regan, prend la place de Mme Philpott au ministère des Services aux Autochtones.

Ce jeu de chaises musicales a été provoqué par la démission jeudi dernier de Scott Brison qui était président du Conseil du Trésor.

Il a donc fallu également que le premier ministre trouve un élu de Nouvelle-Écosse pour compléter son cabinet. Il a choisi Bernadette Jordan à qui il confie un nouveau ministère, celui du Développement économique rural.

Le document qui décrit les responsabilités de ce nouveau ministère précise que Mme Jordan devra prendre des mesures pour faire en sorte qu’un plus grand nombre de foyers et d’entreprises en région rurale aient accès à internet haute vitesse.

«Il y avait définitivement un besoin pour la création de ce ministère», a déclaré en anglais la nouvelle ministre à sa sortie de Rideau Hall. Mme Jordan assure qu’elle ne sera pas instrumentalisée pour assurer l’élection de candidats libéraux dans les régions rurales en octobre prochain. «Mon rôle est de développer une stratégie économique rurale, de m’assurer que le Canada rural est bien représenté», a souligné la ministre.

M. Trudeau avait apporté de grands changements à son conseil des ministres au mois d’août dernier. Son cabinet devait rester tel quel jusqu’aux élections de l’automne prochain. Le départ inattendu de M. Brison a changé la donne.

La ministre Jane Philpott arrive lundi matin à Rideau Hall, lieu de la cérémonie du remaniement ministériel provoqué par la démission, jeudi dernier, de Scott Brison, président du Conseil du Trésor.

«Un navire qui coule»

Le remaniement de lundi ne règle pas les problèmes du gouvernement de Justin Trudeau qui est «le capitaine d’un navire qui coule sous le fardeau de dettes, de taxes et la crise à la frontière», selon le député conservateur Pierre Poilievre.

Il déplore que le ministre des Finances, Bill Morneau, qui cumule des déficits, soit toujours en poste tout comme les ministres Ahmed Hussen à l’Immigration, Bill Blair à la Sécurité frontalière et Ralph Goodale à la Sécurité publique.

«Les Canadiens revendiquent une fin à la crise à la frontière, mais les trois ministres qui sont responsables restent en place», a-t-il commenté.

Il accuse également le premier ministre d’élargir l’appareil bureaucratique avec la création d’un nouveau ministère consacré au développement des régions rurales pour faire diversion.

Une nouvelle bureaucratie qui risque d’accomplir très peu avant l’élection d’octobre 2019, de l’avis du député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

«C’est comme si on créait une espèce de bébelle à la dernière minute avant les élections pour dire «hé, les régions, la ruralité, on ne vous a pas oubliées, a-t-il dit. Mais ce n’est pas vrai qu’à huit, neuf mois des élections, on crée un nouveau ministère et que ce ministère-là va être efficace.»

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) aurait souhaité que M. Trudeau profite de ce remaniement pour faire des changements qui auraient pu améliorer la lutte contre les changements climatiques, celle contre les paradis fiscaux et résoudre les problèmes soulevés après la signature de l’entente avec Netflix.