La ministre déléguée au développement économique régional a annoncé jeudi la fin du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, un projet cher à l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard.

La hache dans les pôles régionaux d’innovation

C’est pour éviter de faire du «mur-à-mur» que la ministre caquiste Marie-Ève Proulx met la hache dans une structure régionale toute neuve. Le député libéral Monsef Derraji s’insurge contre cette décision et affirme que la ministre n’a «rien compris» aux régions.

La ministre déléguée au développement économique régional a annoncé jeudi la fin du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, un projet cher à l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard. Il en avait fait l’annonce en grande pompe en février 2018, à Shawinigan. Chacune des 18 régions du Québec aura tout de même droit aux dollars promis — une enveloppe totale de 32 millions $ sur quatre ans —, mais ces régions seront libres de s’organiser comme elles le souhaitent et d’encourager l’innovation des entreprises à leur façon.

«Je me suis aperçue que le réseau, ça n’avait pas sa raison d’être. Ça va à l’encontre de la philosophie de notre gouvernement, soit de faire du développement par le bas, et non par le haut», explique la ministre Proulx.

S’il était apprécié par certains, le modèle des pôles régionaux d’innovation avait aussi suscité des critiques. Des maires de la Chaudière-Appalaches craignaient notamment un dédoublement de structures avec les municipalités régionales de comté (MRC). «Chacun est assez expert de sa région pour développer son propre modèle», insiste Mme Proulx. La ministre de la Coalition avenir Québec (CAQ) doit annoncer sa propre stratégie de développement régional d’ici l’automne.

Acte politique?

L’élu du Parti libéral du Québec (PLQ) Monsef Derraji est convaincu que la décision de Mme Proulx est «un acte politique» qui vise à défaire ce qui «a été lancé par l’ancien gouvernement». Mme Proulx réplique qu’elle a pris le temps de faire une tournée des régions et d’évaluer le modèle des pôles d’innovation avant de prendre sa décision. Selon elle, c’est le PLQ qui «a fait de la politique», en mettant sur pied ce réseau «à la va-vite», quelques mois avant les élections. 

«La ministre vient de gaspiller un million de dollars. Tout ce qui a été développé depuis un an, ça va être jeté à la poubelle», ajoute M. Derraji. Il croit que la ministre a fait preuve de «mauvaise volonté» depuis le début dans ce dossier, en faisant annuler à la dernière minute un lac-à-l’épaule entre des représentants de toutes les régions l’hiver dernier. Cette rencontre aurait permis de jeter les bases du réseau.

Étant donné que chaque région conserve quand même l’argent octroyé par le gouvernement, M. Derraji croit qu’on se retrouve maintenant avec «un corps sans tête» en ce qui a trait au développement de l’innovation en région. 

Déception à Shawinigan

L’annonce de Mme Proulx a jeté une douche froide sur la Ville de Shawinigan, dont le modèle, le DigiHub, devait faire des petits partout au Québec à travers ces pôles régionaux d’innovation. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, a confié au quotidien Le Nouvelliste qu’il était «profondément déçu» lorsqu’il a appris la fin de l’entité. Quatre personnes perdront leur emploi. 

«On envoie un mauvais message à la région de Shawinigan. Elle tue l’image sur laquelle Shawinigan a bâti», déplore M. Derraji. La ministre Proulx se défend de désavouer le DigiHub, un incubateur et un accélérateur d’entreprises «qui fonctionne bien pour la Mauricie», mais qu’elle ne voulait pas imposer comme modèle partout au Québec.

Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) Jacques Demers salue la décision de la ministre Proulx, lui qui craignait l’imposition d’une recette unique pour tous. «Il faut vraiment aller avec la couleur de chacune des régions. Quand on souhaite que les régions soient autonomes, il faut être capable de prendre ce genre de décision-là.» M. Demers cite en exemple Sherbrooke Innopole, une entité qui fonctionne déjà bien sur son territoire.