Mme Anglade croit que de vouloir réduire le nombre d’immigrants alors que le Québec «nage en pleine pénurie de main-d’œuvre» est «une mesure anti-économique».

La CAQ pressée sur l'immigration

EXCLUSIF / Les libéraux réclament un débat sur le plan en immigration que le gouvernement de la CAQ doit déposer avant la fin de la session parlementaire, le 7 décembre.

«J’aimerais qu’il y ait un vrai débat. Parce que ce n’est pas une question qui est triviale. On a des entreprises qui vont recruter des travailleurs à l’international et qui se demandent s’ils vont être capables de les maintenir ou pas en emploi», commente la députée Dominique Anglade, critique du PLQ en économie et en immigration, en entrevue au Soleil.

La CAQ a promis en campagne électorale de réduire d’environ 10 000 le nombre d’immigrants que reçoit le Québec chaque année. Le ministre de l’Immigration caquiste Simon Jolin-Barrette travaille depuis quelques semaines à attacher toutes les ficelles de son plan de réduction, qu’il a l’intention de déposer à l’Assemblée nationale d’ici le 7 décembre.

Les libéraux espèrent toutefois que, par souci de transparence, la CAQ n’attende pas à la dernière minute pour dévoiler son jeu. Mme Anglade craint que si le plan est déposé le dernier jour de la session parlementaire, les caquistes se défilent ainsi de faire un débat sur cette question importante.
Le gouvernement est tenu par la loi de déposer son plan annuel en immigration à l’Assemblée nationale au plus tard le 1er novembre. Mais lorsque l’Assemblée ne siège pas le 1er novembre — ce qui était le cas cette année —, il doit le faire au plus tard le quinzième jour suivant la reprise des travaux.

Pour Mme Anglade, il est impératif que les Québécois connaissent en détails les modalités de cette réduction. Comme le nombre exact d’immigrants que le Québec va accueillir en 2019 et s’il s’agira d’immigrants économiques ou d’immigrants qui passent par le processus de réunification familiale.

M. Jolin-Barrette a eu plusieurs rencontres ces dernières semaines avec Dominic LeBlanc, ministre fédéral des Affaires intergouvernementales, afin d’obtenir le droit de gérer le programme de réunification familiale. À l’heure actuelle, le Québec ne contrôle que les immigrants économiques.

Antiéconomique

Mme Anglade croit que de vouloir réduire le nombre d’immigrants alors que le Québec «nage en pleine pénurie de main-d’œuvre» est «une mesure antiéconomique». «Je comprends que c’est quelque chose qu’ils ont promis, mais ils doivent prendre acte de la situation économique actuelle.»

En campagne électorale, les caquistes ont répété que des immigrants, ils voulaient «en prendre moins, mais en prendre soin». Et que la réduction des seuils d’immigration était une mesure temporaire, le temps d’améliorer l’accueil que leur réserve la province.

«Ça veut dire quoi temporaire? C’est combien d’années?», se questionne Mme Anglade, qui exige une réponse à cette question rapidement.

La députée libérale déplore que le gouvernement s’efforce de réduire les seuils d’immigration, alors qu’il devrait mettre ses énergies sur l’accueil, l’intégration et la régionalisation de l’immigration. «Les efforts qui sont mis là-dessus ne sont pas mis ailleurs.»

Mme Anglade s’attend à ce que la CAQ réserve des sommes supplémentaires pour l’accueil des immigrants dans sa mise à jour économique de lundi. «Je pense qu’ils n’ont pas le choix s’ils veulent être cohérents.»