François Paradis, président de l’Assemblée nationale, a la tête qui bouillonne d’idées pour combattre le cynisme ambiant à l’égard de la politique en général.

François Paradis: le président techno

Animer des émissions pour mieux faire connaître les députés; utiliser les technologies pour voter les lois; la tête de François Paradis bouillonne d’idées pour moderniser l’Assemblée nationale.

En entrevue au Soleil, le nouveau président, élu en novembre, se retient de dévoiler tout ce qu’il aimerait accomplir d’ici quatre ans parce qu’il ne veut pas «bousculer» ses collègues. «Je veux être rassembleur.»

Mais il est certain que son passé d’animateur de télévision teintera sa présidence. Il continuera par exemple à s’adresser directement à la caméra lors de la période des questions au Salon bleu. «C’est parce qu’en arrière de la caméra, il y a des gens et je vais continuer de les regarder et je veux qu’ils soient de plus en plus nombreux.»

Le Canal de l’Assemblée nationale, qui existe depuis 1978, sera quant à lui complètement remis au goût du jour. «J’ai des projets, des concepts, des idées qui vont nous permettre d’offrir un produit différent pour mettre en valeur ce qu’on est.»

M. Paradis pourrait par exemple animer lui-même des émissions où il s’entretiendrait avec les députés «de façon très conviviale, en manches de chemise». «C’est quoi ses passions? Je veux qu’on s’approprie un être humain.»

Le président souhaite également que les citoyens découvrent, à la télé ou sur le Web, les dessous de l’Assemblée nationale et les employés qui y travaillent.

Il voit déjà l’agora située au centre du nouveau pavillon des visiteurs, qui ouvrira en mai prochain, se transformer en plateau de télévision accueillant un débat des chefs ou une soirée électorale. «Pourquoi pas? Tout est sur la table!»

L’objectif de tout ce plan de communication est de combattre le cynisme ambiant à l’égard de l’institution et des politiciens en général. M. Paradis est convaincu qu’il est possible «d’inverser cette tendance-là». «Mais ça, tu peux pas le faire si tu t’enfermes dans ta bulle.»

Vote à distance?

D’ici quelques années, il est prévu que le Salon bleu — où sont votées toutes les lois — soit rénové. M. Paradis aimerait en profiter pour mettre la technologie au service des élus, tout en respectant le cachet particulier du lieu.

«L’histoire ne boude pas la modernité. L’histoire ne boude pas les technologies. Il faut rien que faire que la conjugaison soit bonne.»

Par exemple, le vote à distance des députés ou la discussion instantanée sur le Web pourraient faire leur apparition. «On est à l’affût de tout ce qui va, sur le plan des nouvelles technologies, faciliter le travail des députés et la transmission d’information.»

Les employés de l’Assemblée nationale ont déjà commencé à observer les avancées numériques d’autres parlements dans le monde pour s’en inspirer.

M. Paradis raconte que dans sa vie personnelle, il est «un gamer» et «un maniaque de gadgets». Il croit donc que la technologie aidera le député à être plus efficace. Pas question toutefois de prendre des raccourcis avant d’adopter un projet de loi. «Il faudra jamais tourner les coins ronds sous prétexte qu’on veut faire plus vite.»

Transparence

Doit-on faire en sorte que les députés aient droit à un congé de maternité ou de paternité? Doit-on instaurer un code vestimentaire à l’Assemblée nationale? Doit-on réviser le salaire des députés et leurs allocations de dépenses?

M. Paradis ne veut pas trancher seul ces questions, mais indique qu’elles seront toutes soumises au Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), où siègent des députés de tous les partis. Ceux-ci doivent s’efforcer de prendre des décisions d’un commun accord.

Le premier sujet de conversation au BAN sera le dossier de la transparence des dépenses des députés, qui a fait beaucoup jaser avant les élections. «Le mot-clé, c’est d’être raisonnable», croit M. Paradis, qui espère des discussions fructueuses à ce sujet.

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UNE GRANDE FÊTE POUR L'OUVERTURE DU NOUVEAU PAVILLON

François Paradis prévoit une grande fête familiale en mai pour célébrer l’inauguration du nouveau pavillon des visiteurs de l’Assemblée nationale. Ce projet de construction, qui sera livré dans l’échéancier et le budget prévu de 60,5 millions $, enthousiasme au plus haut point le président. «On va avoir quelque chose qui n’existe pas ailleurs du tout.» Selon lui, c’est l’occasion pour l’Assemblée nationale de devenir une véritable attraction touristique et d’amener les Québécois à la redécouvrir. Les visiteurs auront droit à un parcours ludique et interactif pour découvrir la démocratie dans un pavillon tout neuf, avant de poursuivre la visite du Salon rouge, du Salon bleu et d’autres espaces où évoluent les députés. 

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LES VOYAGES INTERNATIONAUX RESTERONT

Souvent boudés par la CAQ, les voyages internationaux des parlementaires se poursuivront sous la gouverne de François Paradis. «Il y a un rayonnement qui est essentiel», plaide-t-il. M. Paradis est d’avis que l’Assemblée nationale du Québec doit garder ses liens avec la Francophonie et qu’il est sain «d’aller s’inspirer des meilleures pratiques» ou «d’exporter les meilleures pratiques du Québec». Mais il veut être plus rigoureux : les députés devront voyager seulement quand c’est essentiel. «Il faut repenser tout ça. La pertinence des déplacements et qui participe aux déplacements.» Le nouveau président veut aussi mieux communiquer les raisons qui motivent ces voyages. «Tu vas à quelque part, mais c’est peut-être le fun que les gens sachent ça a donné quoi, on a appris quoi?»

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TOUJOURS À L'ÉCOUTE DES CITOYENS DE LÉVIS

Élu député de la CAQ à Lévis en octobre dernier, M. Paradis n’a pas l’intention de se tenir loin de ses électeurs parce qu’il a obtenu la prestigieuse fonction de président de l’Assemblée nationale. «J’ai mon bureau à Lévis. Mon équipe est là et elle travaille collée sur les citoyens», assure-t-il. S’il sera un peu moins visible sur le terrain, il promet de faire cheminer les dossiers de ses citoyens auprès de ses collègues. En public toutefois, il ne pourra pas faire d’interventions partisanes et devra observer un devoir de réserve.