Le premier ministre Legault s’est engagé à aborder ce sujet devant son homologue ontarien, lundi, alors qu’il se rendra à Toronto.

Franco-Ontariens: des réserves de la part du gouvernement Legault

Des membres du gouvernement Legault sont choqués devant les décisions du gouvernement Ford frappant la communauté franco-ontarienne.

Officiellement, toutefois, on s’en tient à un langage feutré. Beaucoup plus feutré que du côté du gouvernement Trudeau, à Ottawa.

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Le premier ministre Legault s’est engagé à aborder ce sujet devant son homologue ontarien, lundi, alors qu’il se rendra à Toronto. Il s’y rend dans l’espoir de vendre un jour d’importants blocs d’énergie hydroélectrique québécoise aux Ontariens. Il veut faire des affaires avec Doug Ford, avec la province voisine.

À l’issue d’une réunion à St. John’s, à Terre-Neuve, la ministre québécoise Sonia LeBel, titulaire de la Justice et responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne au sein du gouvernement Legault, a fait savoir, vendredi, qu’elle a eu l’occasion de faire part à son homologue ontarienne, Caroline Mulroney, de ses «inquiétudes à propos de la fin du projet d’université francophone à Toronto et du transfert de la responsabilité du Commissariat aux services en français au Bureau de l’ombudsman».

Caroline Mulroney «m’a fait part de son engagement envers la communauté franco-ontarienne et des défis budgétaires auxquels le gouvernement de l’Ontario fait face», indique également Mme LeBel dans cette note écrite où elle affirme par ailleurs s’engager à «continuer à promouvoir et à défendre les intérêts des francophones partout au Canada».

Sonia LeBel et Caroline Mulroney participaient à une réunion fédérale-provinciale-territoriale des ministres responsables de la justice et de la sécurité publique.

Indignation généralisée

Vendredi, plusieurs députés québécois se sont tournés vers les réseaux sociaux pour exprimer leur indignation. Certains avec des mots plus durs que d’autres

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a déclaré sur Twitter que c’était une triste nouvelle pour la francophonie canadienne. Il a pressé François Legault de mettre le sujet à l’ordre du jour de sa rencontre avec Doug Ford, lundi.

Par la voix de sa députée Véronique Hivon, le Parti québécois a exhorté M. Legault et Mme LeBel à en faire bien plus. «Face à cette gifle et ce mépris à l’égard des francophones de l’Ontario, est-ce que M. Legault et vous, Mme LeBel, allez vous battre à leurs côtés, comme notre gouvernement l’avait fait pour l’hôpital Montfort, et le signifier à M. Ford lors de la rencontre de lundi?»

De son côté, le député de Québec solidaire Sol Zanetti a réagi en disant qu’attaquer la francophonie ne relevait pas de l’histoire ancienne au Canada. Il a poursuivi en affirmant que le Québec devait fonder un pays pour protéger le fait français en Amérique du Nord. «Solidarité avec nos frères et nos sœurs Franco-ontariens», a-t-il conclu.

Jeudi, le gouvernement progressiste-conservateur de l’Ontario a sabordé l’Université de l’Ontario français par une simple phrase à la page 20 de sa mise à jour économique. Recommandée par le Commissariat aux services en français, elle devait accueillir ses premiers étudiants dès 2020.

Au gouvernement fédéral, la ministre responsable du dossier des langues officielles, Mélanie Joly, a jugé «inacceptables» les décisions annoncées jeudi par le gouvernement de l’Ontario. Son collègue Pablo Rodriguez a dit la même chose. Le gouvernement Trudeau et celui de Doug Ford ont plusieurs différends et contentieux. Avec La Presse canadienne

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LA DÉCISION DE FORD PROVOQUE UNE LUTTE POLITIQUE À OTTAWA

OTTAWA - Ce sont les conservateurs de Doug Ford qui ont pris la décision controversée de couper dans les services aux francophones, mais ce sont les conservateurs d’Andrew Scheer qui encaissent les attaques des libéraux à Ottawa.

La ministre responsable des langues officielles, Mélanie Joly, s’est attiré les foudres de plusieurs députés de l’opposition officielle, qui lui ont reproché d’exploiter l’enjeu à des fins partisanes en cherchant à faire porter l’odieux de l’annonce au leader fédéral.

«Doug Ford, l’allié d’Andrew Scheer, vient d’éliminer le projet de l’Université de l’Ontario français et le Commissariat aux services en français. (...) M. Scheer, allez-vous vous tenir debout et défendre les francophones face à M. Ford?», a-t-elle réagi jeudi.

Et vendredi, elle a persisté et signé: «C’est M. Scheer qui lui-même décide de se pavaner un peu partout à travers le pays avec M. Ford, et c’est lui-même qui décide d’être son allié. Et 24 heures après les décisions de M. Ford (...) il n’y a toujours pas de réaction», a-t-elle lancé.

Selon Mme Joly, les coupes à Queen’s Park sont la «démonstration qu’à chaque fois qu’un gouvernement conservateur est élu, au fédéral comme au provincial, on voit que les francophones sont les premières victimes des compressions budgétaires».

Le comportement de la ministre a été fustigé par le député conservateur Alupa Clarke, qui l’a accusée de faire des «raccourcis intellectuels». Il juge «ridicule» qu’elle lance la pierre à Andrew Scheer pour «une action qui a été faite par un autre ordre de gouvernement».

Cette décision, l’élu québécois la désapprouve. «Je trouve ça décevant. On peut dire que c’est un certain recul pour les francophones en Ontario», a-t-il offert, mentionnant toutefois qu’on ne «peut s’ingérer dans une prise de décision d’un gouvernement dûment élu».

Le chef Scheer n’avait pas offert de réaction au geste posé par le premier ministre Ford au moment de publier ces lignes, vendredi après-midi.

Au bureau du premier ministre Justin Trudeau, on l’a condamné.

«Il est impensable qu’après tout ce chemin parcouru, le gouvernement ontarien tente de démanteler le progrès réalisé par les communautés francophones pour marquer des points politiques», a écrit dans un courriel son attachée de presse Eleanore Catenaro.

Le premier ministre Ford a provoqué la colère de la communauté franco-ontarienne en annonçant discrètement, jeudi, dans son énoncé économique automnal, l’abandon du projet d’université francophone à Toronto et l’abolition du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario.

Le commissaire François Boileau peine à saisir les motifs derrière la décision. «Finalement, ce dont on se débarrasse, c’est de mon salaire à moi. Ça, à la limite, je peux comprendre, mais ce n’est pas vraiment ça qui va faire en sorte qu’on va rattraper le déficit», a-t-il argué.

«J’ai l’impression qu’ils ont coupé trois postes de commissaires (français, environnement et enfance) qu’ils jugeaient tout simplement moins importants», a suggéré celui qui dit avoir été informé de la décision 30 minutes avant l’annonce.

Les employés du commissariat seront mutés au bureau de l’ombudsman.

Il s’agit d’une mince consolation pour François Boileau, qui s’inquiète néanmoins de la latitude dont ils disposeront pour réaliser le même genre de travail qu’ils faisaient au commissariat, les mandats des deux bureaux étant différents.

La ministre déléguée de l’Ontario aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, était alors absente de l’Assemblée législative, jeudi. Elle se trouvait vendredi à Terre-Neuve-et-Labrador pour une rencontre fédérale-provinciale des ministres de la Justice et de la Sécurité publique.

Là, au micro de Radio-Canada, elle a cherché à se montrer rassurante en soutenant qu’il y aurait toujours un bureau indépendant du gouvernement dont le mandat serait d’assurer le traitement des plaintes liées aux services en français.

Ces propos ne sont pas à la hauteur des attentes exprimées par Mélanie Joly quelques heures avant la sortie médiatique de Caroline Mulroney, dont le bureau avait au préalable affirmé qu’aucune entrevue ne serait accordée.

«Je m’attends à rien de moins à ce qu’elle soit en mesure de faire reculer son gouvernement et qu’il revienne sur ses décisions», a souligné la ministre Joly en entrevue téléphonique depuis Victoria, en Colombie-Britannique.

«Si c’est le cas, je serai avec elle pour défendre les francophones. Mais je m’attends à rien de moins d’elle», a-t-elle affirmé. La Presse canadienne