«Le Québec doit rester compétitif et attirer des étudiants», a défendu la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

Financement des universités: 22,8 M$ pour le recrutement à l’étranger

Afin d’assurer la compétitivité des établissements québécois, les universités francophones recevront 9000 $ par étudiant étranger admissible qu’elles réussiront à attirer sur leur campus, a annoncé la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David.

La nouvelle politique de financement des universités, dévoilée jeudi, prévoit 22,8 millions $ pour financer cette nouvelle mesure, dont 10 millions $ d’argent frais. 

Les 12,8 millions $ restants reviennent dans les poches des universités. Celles-ci ne verseront désormais plus à Québec les montants forfaitaires jusqu’ici déboursés par une catégorie d’étudiants internationaux et perçus par les universités.

Pour offrir plus de flexibilité aux établissements universitaires et faciliter leur recrutement à l’étranger, la ministre a choisi d’élargir à tous les programmes de baccalauréat la déréglementation actuellement en vigueur à six familles d’études de premier cycle. Cette déréglementation permet en outre à chaque établissement de fixer les droits de scolarité imposés à cette catégorie d’étudiants internationaux. 

En augmentant la part des revenus provenant des droits de scolarité des étudiants internationaux, la ministre fait le calcul que les universités pourront recruter un plus grand nombre d’étudiants outre-mer.

Cette mesure ne concerne qu’un étudiant étranger sur quatre, a fait valoir jeudi Mme David, puisque 75 % des étudiants internationaux bénéficient de frais de scolarité réduits soit parce qu’ils sont Canadiens, mais qu’ils demeurent à l’extérieur du Québec, soit parce qu’ils sont Français ou que leurs conditions d’études sont particulières. 

Québec privilégie cette voie alors qu’il s’attend à une hausse de 15 % du nombre d’étudiants internationaux. 

Le gouvernement se fie sur les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économiques, qui s’attend à ce que le nombre d’étudiants étrangers à travers le monde augmente de près de 50 %. Pour cette raison, «le Québec doit rester compétitif et attirer des étudiants», a défendu la ministre.

Pour l’Union étudiante du Québec (UEQ), la ministre David se sert «des étudiants internationaux comme d’une vache à lait pour dorer la pilule de sa nouvelle formule de financement auprès de certaines administrations universitaires». 

Le regroupement d’associations étudiantes craint que la déréglementation annoncée par la ministre pousse les universités à augmenter les frais de scolarité pour compenser le manque à gagner. 

«Il semble paradoxal qu’au moment où le gouvernement tente de stimuler l’attractivité internationale du Québec, il permette une hausse massive et incontrôlée de la facture étudiante», a réagi l’UEQ. 

Bienvenue aux Belges

Autre nouveauté, la nouvelle politique permet aux étudiants belges francophones de bénéficier des mêmes frais de scolarité imposés aux Français. «J’en suis très fière», a reconnu la ministre David, qui a reconnu que les Belges en avaient fait la demande il y a longtemps. 

Réfutant l’hypothèse qu’une ombre du conflit étudiant de 2012 plane toujours sur les libéraux, le gouvernement a choisi de ne pas s’attaquer aux frais de scolarité des étudiants québécois. «Je pense qu’on a un bel équilibre entre les frais de scolarité imposés aux étudiants internationaux et ceux des étudiants québécois», a répondu la ministre David. Elle se dit «très à l’aise» avec le coût des études universitaires au Québec, parmi les plus bas au pays, a-t-elle fait valoir. 

Mandats stratégiques

Un aspect important de l’entente «historique» convenue entre les 19 recteurs des universités de la province, selon Mme David, concerne l’enveloppe de 20 millions $ réservée à la réalisation des mandats stratégiques des universités, ce à quoi tenait la ministre.

Ces mandats permettront aux campus de demander une subvention pour réaliser un mandat dédié, a expliqué la ministre. «C’est un 0,7 % du budget total pour faire plaisir aux universités», a-t-elle avancé. 

D’ici 2023, la part du financement des universités aura augmenté de 11,3 % pour l’ensemble du réseau, ce qui représente environ 1 milliard et demi de dollars. Cette proportion augmente à 11,8 % pour le réseau de l’Université du Québec. 

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NOUVEAU GOUVERNEMENT, NOUVELLE POLITIQUE?

«Et si les libéraux ne formaient pas le prochain gouvernement, qu’adviendra-t-il de la politique lancée aujourd’hui?» ont demandé les journalistes à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Celle-ci s’est avisée de s’avancer sur le terrain des suppositions.

«C’est un tout, une politique comme celle-ci», a-t-elle d’abord répondu. «Si un prochain ministre veut aller jouer dans les subventions en science politique ou en génie, par exemple, je lui souhaite bonne chance. Avec cette politique, on a remis les compteurs à zéro», a-t-elle expliqué. 

Voilà près six ans que les gouvernements travaillent sur une nouvelle politique de financement des universités, dont la dernière datait du début des années 2000, a soutenu Mme David. 

«On a fait le ménage» avec cette nouvelle politique, a-t-elle fait valoir. Selon la ministre, les ententes de financement accordées à la pièce dans les dernières années ajoutaient à la lourdeur de la politique en place. Pour y remédier, l’entente conclue par les recteurs d’université prévoit notamment l’abolition de 13 allocations spécifiques afin de permettre l’augmentation du financement de base des universités. 

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LES SALAIRES DES HAUTS DIRIGEANTS MIEUX CONTRÔLÉS

Le gouvernement Couillard souhaite encadrer de façon plus serrée la rémunération des hauts dirigeants des universités. Parmi les mesures, Québec entend contrôler la croissance des salaires des membres du personnel de la direction supérieure en l’ajustant à la politique salariale du gouvernement. 

La ministre David veut également interdire les primes de rendement ainsi que plusieurs autres avantages périphériques : adhésion à des clubs privés, possession d’une voiture de fonction et allocation pour recevoir des conseils financiers ou recevoir des services domestiques et médicaux. 

Parmi les autres avantages de fonction, le gouvernement prévoit mieux encadrer les frais de déplacement et de fonction, parmi d’autres. En cas de non-respect de ces nouvelles mesures, les dirigeants pourraient faire face à des sanctions. Les recteurs, mais aussi les vice-recteurs, les secrétaires généraux et les vices-recteurs adjoints des 19 établissements universitaires du Québec seront assujettis à ces nouvelles mesures. 

Chaque université devra également produire un rapport externe d’audit pour faire état de la rémunération et rendre publiques ces informations.