En votre âme et conscience

DÉCODAGE / La relâche parlementaire qu’entament les élus de l’Assemblée nationale pourrait leur offrir — souhaitons-le — une période propice à la réflexion. En voilà une possible : si un chien de type pitbull était responsable dans quelques mois ou dans deux ans d’une tragédie comme celle ayant causé la mort de Christiane Vadnais, en 2016 à Montréal, estimeraient-ils à ce moment-là que le Parlement québécois doit faire quelque chose?

Le gouvernement a présenté en avril 2017 un projet de loi visant à «favoriser la protection des personnes par la mise en place d’un encadrement sur les chiens». Or, il demeure dans les limbes à ce jour, alors que l’actuelle législature se terminera bientôt. Le gouvernement, ainsi que le Parti québécois et la Coalition avenir Québec le jugent «polarisant».

Avis aux nombreux candidats qui cherchent ou chercheront à décrocher pour la première fois un poste à l’Assemblée nationale le 1er octobre : être parlementaire, c’est prendre des décisions difficiles. Et bien souvent «polarisantes».

Si les actuels députés en arrivent à la conclusion en leur âme et conscience que ce projet de loi ne règle rien ou n’est pas le bon, très bien. S’ils estiment que leur position et celle de leur parti n’ont rien à voir avec la crainte de perdre des points dans l’électorat, très bien. 

Par contre, s’ils en venaient à la conclusion qu’ils souhaiteraient l’adoption d’un tel projet de loi si une autre tragédie du genre survenait, ils auront le devoir d’en parler rapidement à leur caucus au retour de cette relâche, dans 10 jours.

Voilà pourquoi ils doivent se poser la question telle que formulée en amorce de ce texte, en se plaçant dans la situation décrite.

CALEPIN DE NOTES DE LA SEMAINE

• Diane Lavallée, fidèle à ses convictions

Alexandre Taillefer avait sa carte de membre du PQ lorsqu’il a joint Philippe Couillard — malgré lui, mais tout de même; l’ex-ministre libérale Marguerite Blais est passée à la CAQ; l’éventuel futur ministre des Finances de la CAQ, Éric Girard, aurait pu aller au Parti libéral du Québec… En cette période de gonflage de muscles, en cette période où les partis présentent leurs candidats, et où plusieurs passent d’une formation à l’autre, la future candidate du Parti québécois dans Taschereau détonne. Si Diane Lavallée ne représente pas nécessairement le renouveau, elle qui s’était déjà présentée pour le PQ en 1994, un fait demeure : elle est fidèle à ses convictions. Oui, elle détonne par les temps qui courent.

• Déclaration unique : la révélation

Le gouvernement Couillard est désormais en faveur d’une déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois. Il ne pouvait être éternellement contre un projet qui simplifierait leur tâche. Surtout pas quand deux chefs de partis fédéraux trouvent eux-mêmes que ce serait une bonne idée et qu’une élection approche à grands pas. Lorsqu’un tel changement finira par advenir, dans quelques années, il y aura là un très fort symbole d’autonomie québécoise. 

• Les valeurs de la CAQ

Le sujet étant délicat, la Coalition avenir Québec a couché dans un document ses propositions sur le fameux «test des valeurs» — et de français — dont son chef et le député Simon Jolin-Barrette parlent depuis 2015. Le positionnement politique de la CAQ demeure le même, bien que le discours général se soit adouci depuis trois ans. Dans les faits, il avait été adouci depuis plusieurs semaines déjà. Le fort écho médiatique obtenu par la diffusion du document montre toutefois à quel point les propositions de la CAQ en immigration alimenteront la controverse électorale. Voilà pourquoi le parti devait les coucher sur papier. Il devait aider ses militants et ses candidats à se mettre en bouche les meilleurs mots qu’il est possible de trouver en la matière. C’est pour réduire les risques de dérapage que ce document a été produit.

• Jamais à dos

Transférer aux municipalités la valeur d’un point de pourcentage de la Taxe de vente québécoise est un projet porteur. D’autant qu’il existe une règle aussi simple que fondamentale dans le monde politique québécois : ne jamais se mettre à dos les maires du Québec!