La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, croit que son parti pourrait causer une surprise aux prochaines élections fédérales.

Elizabeth May croit en une vague verte

La chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May, croit que son parti pourrait causer une surprise aux prochaines élections fédérales, envisageant même une «vague verte» qui pourrait ressembler à la vague orange qui avait propulsé le NPD de Jack Layton dans les banquettes de l’opposition officielle en 2011.

«Je suis confiante de sortir de la prochaine élection avec un bon caucus de députés à mes côtés», a déclaré Mme May, en entrevue avec Le Soleil. De passage à Québec, elle a rencontré ses partisans à la brasserie artisanale La Koriganne. «Tout le monde avait été surpris par le succès de M. Layton en 2011. Moi, je pense que cette année, une vague verte est possible. Absolument!»

«Je n’ai aucune inquiétude parce qu’il n’y a pas de personnalité polarisante comme Stephen Harper cette année, que plusieurs sont déçus des promesses brisées de Trudeau, que le Parti populaire de Maxime Bernier va diviser la droite et que le NPD a perdu beaucoup d’appuis», poursuit-elle, ajoutant que les pointages, lors des élections de 2015, donnaient le Parti vert en excellente position jusqu’à la dernière semaine avant le scrutin.

«À la dernière minute, plusieurs électeurs qui s’étaient engagés à voter vert ont voté libéral de peur que M. Harper garde le pouvoir. C’est une stratégie qui a été efficace pour les libéraux et le NPD de dire aux électeurs de ne pas voter vert», analyse Mme May, qui croit que son parti a perdu jusqu’à la moitié de ses appuis dans cette dernière semaine avant le vote.

«Présentement, nous avons le vent dans les voiles. Notre financement est bon, nous avons des investitures contestées», poursuit celle qui s’attend à ne plus être seule de son parti à Ottawa l’automne prochain. Il faut dire que le Parti vert est de plus en plus représenté dans les parlements provinciaux. «Les Verts ont la balance du pouvoir en Colombie-Britannique, trois députés au Nouveau-Brunswick, deux à l’Île-du-Prince-Édouard et un en Ontario. Les plus récents sondages nous placent même à la porte du pouvoir à l’Île-du-Prince-Édouard», signale Mme May.

Au Québec

La leader du Parti vert du Canada est cependant consciente que la pente sera plus difficile à monter au Québec, où le Parti vert ne récolte qu’un maigre 1,68% des voix au niveau provincial. «Je crois que la popularité du Bloc québécois et du NPD nous avait nui par le passé, mais les Québécois sont un peuple vert et écolo, alors je crois que c’est notre moment», poursuit-elle, voyant dans les appuis à Québec solidaire, et même à la Coalition avenir Québec, un facteur encourageant pour son parti. 

«Nous sommes plus proches de Québec solidaire, mais, même si on n’a pas les mêmes valeurs que la CAQ, c’est bien de voir que les Québécois sont prêts pour quelque chose de nouveau. Le Parti libéral, le Parti conservateur et le NPD ne sont pas les partis de l’avenir. C’est pour ça qu’il faut élire des députés verts!», soutient-elle.

Pas une seule cause

Mme May prend aussi bien soin de rappeler que le Parti vert n’est pas que le parti de la cause environnementale. «N’oubliez pas que nous sommes le premier parti qui a proposé de légaliser le mariage gai, de légaliser le cannabis, de mettre en place une assurance-médicaments universelle et le premier à proposer la formule du revenu minimum garanti! Plusieurs partis nous empruntent nos idées, mais nous, comme Verts, notre responsabilité est d’avoir des idées innovatrices. Ce n’est pas suffisant pour nous de répéter les mêmes vieilles idées.»

Malgré tout, Elizabeth May identifie bien sûr le dossier des changements climatiques comme le plus grand défi des Canadiens. «Il faut que le Canada prenne le leadership dans le monde en matière de réduction des gaz à effet de serre. Les cibles de M. Trudeau sont les mêmes que M. Harper. Il faudrait viser les cibles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Et le Canada devrait faire avec l’énergie fossile ce qu’il a fait avec l’amiante, c’est-à-dire s’en débarrasser.»

Le Parti vert a d’ailleurs établi la cible ambitieuse d’éliminer les voitures fonctionnant à l’essence pour avoir un parc automobile entièrement électrique d’ici 2030. «Le gouvernement canadien, qui est le plus grand acheteur, devrait donner l’exemple. S’il n’achetait que des voitures électriques, ça ferait une différence sur le prix!»

Elizabeth May est aussi une partisane de l’équilibre budgétaire. «Nous n’aimons pas l’idée d’un déficit qui grossit chaque année, mais nous ne sommes pas non plus en faveur des coupes dans les programmes gouvernementaux. Il faut vivre à l’intérieur de nos limites écologiques et économiques. C’est pour cette raison que nous favorisons aussi une hausse des taxes sur les profits des grandes entreprises mondiales et une hausse des impôts des contribuables les plus riches», conclut-elle.

+

UN MARIAGE LE JOUR DE LA TERRE

Après qu’Elizabeth May ait annoncé le 27 novembre ses fiançailles avec son conjoint John Kidder, le couple convolera en justes noces le lundi 22 avril. Le choix de la date n’est pas anodin pour ces deux militants écologistes de longue date puisqu’il s’agit du Jour de la Terre.

«Oui, c’est vrai, nous allons nous marier le 22 avril à Victoria», a confirmé la politicienne en entrevue avec Le Soleil. John Kidder, qui est le frère de la défunte comédienne Margot Kidder (la Lois Lane des films «Superman» des années ‘70 et ‘80) accompagne d’ailleurs Mme May dans sa tournée du Québec comme il le fait également ailleurs au Canada. 

Âgé de 71 ans, M. Kidder possède une ferme de houblon et est l’un des fondateurs du Parti vert de la Colombie-Britannique. Il avait été candidat du Parti libéral du Canada en 2011 dans la circonscription d’Okanagan-Coquihalla et pour le Parti vert de la Colombie-Britannique en 2013 dans la circonscription de Fraser-Nicola. C’est d’ailleurs là qu’il avait rencontré sa future épouse, qui était allée lui donner un coup de main dans sa campagne. Ce n’est cependant que l’automne dernier que les deux ont commencé à se fréquenter.

Elizabeth May a déjà une fille d’une précédente union avec Ian Burton. Victoria Cate May Burton avait d’ailleurs été candidate du Parti vert dans Berthier-Maskinongé en 2015 alors qu’elle avait perdu face à la députée néo-démocrate sortante Ruth-Ellen Brosseau.