Michelle Rempel Garner, qui représente une circonscription à Calgary, se désole que les critères de sélection des candidats à la direction du parti conservateur tournent autour du bilinguisme.
Michelle Rempel Garner, qui représente une circonscription à Calgary, se désole que les critères de sélection des candidats à la direction du parti conservateur tournent autour du bilinguisme.

Direction du Parti conservateur: le français prend trop de place, déplore une élue

OTTAWA — Une élue conservatrice de l’Alberta déplore que la langue française prenne trop de place dans la course naissante à la direction de son parti.

Michelle Rempel Garner, qui représente une circonscription à Calgary, se désole que les critères de sélection des candidats tournent autour du bilinguisme et de la capacité de ceux-ci à obtenir des appuis en Ontario et au Québec.

«Tout le débat a porté sur la langue française. Qu’en est-il de l’Ouest canadien?» a-t-elle lancé, à l’entrée du caucus conservateur, vendredi.

Les deux seuls candidats d’envergure au leadership du Parti conservateur qui étaient bilingues se sont désistés cette semaine. Il s’agissait de l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest et du député Pierre Poilievre.

Alors que l’ancien ministre Peter MacKay s’annonce comme l’un des seuls candidats sur la ligne de départ, son français est scruté à la loupe par les commentateurs politiques. Il a d’ailleurs publié une vidéo dans la langue de Molière, avec un texte scripté.

«Il a quand même une base qui n’est pas si mal. Le vocabulaire est assez limité, mais on voit qu’il a quand même une connaissance du français et je suis certaine qu’il va chercher à s’améliorer», prédit Stéphanie Chouinard, professeure adjointe de science politique au Collège militaire royal du Canada à Kingston.

Mme Rempel Garner n’écarte pas la possibilité de se lancer dans cette course à la direction afin de représenter les intérêts de l’Ouest canadien, où le sentiment d’aliénation est grandissant, dit-elle.

Langue fondatrice

Pour le député de Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell, la question ne se pose même pas : le prochain chef devra parler français.

«La réalité, c’est que chacun doit faire la démonstration de la qualité de son français dans un débat. Il n’y a rien de mieux qu’un débat pour démontrer si, oui ou non, vous êtes capable de parler en français», a-t-il dit.

Pierre Poilievre est d’accord pour dire qu’il ne faut pas sous-estimer la colère des Albertains. Mais il ne faut pas pour autant négliger la connaissance du français.

«Je pense qu’il nous faut parler aux Québécois dans leur langue. C’est sûr. C’est une des langues fondatrices de notre pays. Comme député, je me consacrerai à travailler encore plus fort pour semer notre message en français», a-t-il déclaré.

«Bienvenue au pays»

La ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, avait une réponse plus succincte à offrir à Mme Rempel Garder : «Bienvenue au pays».

Le critère du bilinguisme pour le prochain chef a retenu cette semaine l’attention dans la presse anglophone. L’ancien éditeur Ken Whyte a publié un texte d’opinion dans le Globe and Mail, où il soutient qu’il est temps de revoir le critère du bilinguisme pour devenir chef de parti ou premier ministre.

La réplique ne s’est pas fait attendre de la part de l’ancien commissaire aux langues officielles Graham Fraser, dans les pages du même journal. Il dit qu’il y a un mot pour les candidats à la direction et chefs politiques qui ne sont pas bilingues : des «perdants».

La professeure Chouinard explique qu’en ce moment, la course à la direction du Parti conservateur n’est pas encore assez avancée pour débattre d’enjeux de fond. Il est donc normal que des considérations telles que le bilinguisme attirent l’attention.

«Le premier test significatif, c’est effectivement la connaissance de la seconde langue officielle. Pour être en mesure de juger les candidats sur des positions politiques, il va falloir faire preuve d’un peu de patience», conclut-elle.

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PAS QUESTION D'ÊTRE DISTRAIT PAR LA COURSE À LA DIRECTION, SELON SCHEER

OTTAWA — Les libéraux de Justin Trudeau auraient tort de penser qu’ils auront la vie facile pendant que les conservateurs se cherchent un nouveau chef, avertit Andrew Scheer.

Lors du caucus présessionnel de son parti, M. Scheer a déclaré qu’il n’était pas question pour les conservateurs de se laisser distraire par la course à la direction qui a lieu pour le remplacer dans quelques mois.

«Pendant ce temps, les libéraux de Trudeau pourraient penser que notre course à la direction va leur donner une balade gratuite. Ils ont tort. Nous allons continuer d’être ici à Ottawa et dans la Chambre des communes et sur le plancher des comités tous les jours, à se battre pour notre vision du pays», a-t-il dit.

Il a ajouté que les conservateurs démontreront pourquoi les Canadiens devraient voter pour un gouvernement conservateur à la prochaine élection.

«Les Parlements minoritaires peuvent prendre fin brusquement et de manière inattendue. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une seule journée», a-t-il poursuivi lors d’un discours devant ses députés vendredi matin.

Il n’est toutefois pas clair quel sera l’ordre des priorités des conservateurs dès le début de la session.

Avant même qu’il soit déposé, le budget à venir a été critiqué par M. Scheer. Il a prédit que les libéraux tenteront «d’acheter» les votes des néo-démocrates et du Bloc québécois pour l’adopter. Il s’en est aussi pris à l’intention des libéraux de resserrer le contrôle des armes à feu — une «attaque», à son avis, contre les citoyens qui respectent la loi. Ce segment de son discours n’a pas été répété en français.

M. Scheer a annoncé en décembre dernier qu’il quittait la direction de son parti, alors que des allégations au sujet de l’utilisation des caisses du parti au bénéfice de sa famille faisaient surface.

Il compte rester en poste jusqu’à ce que son successeur soit choisi par les membres, le 27 juin prochain à Toronto. La Presse canadienne