Douze baleines sont mortes en eaux canadiennes en 2017 et aucune l’an passé.

Des règles légèrement assouplies pour la protection de la baleine noire

CARLETON — Le ministère fédéral des Pêches et des Océans et Transports Canada assoupliront légèrement les règles de protection de la baleine noire dans le golfe du Saint-Laurent en 2019, notamment en ajoutant un corridor de navigation à vitesse normale et en réduisant la taille d’une zone statique dans laquelle la pêche commerciale était interdite.

De plus, la pêche du homard ne sera plus interdite à des fins préventives dans les secteurs côtiers de la Gaspésie et du Nouveau-Brunswick où la profondeur d’eau est inférieure à 20 brasses, soit 120 pieds, ou

36 mètres, à moins que des baleines y pénètrent. 

Une interdiction de ce type avait mené à la fin de la saison trois semaines avant le temps pour 70 des 163 homardiers gaspésiens l’an passé parce que des baleines noires avaient été observées loin au large des côtes.

Les homardiers gaspésiens ont établi leurs pertes à 2,7 millions $ en dépit du fait qu’aucune baleine noire n’a été aperçue dans leur secteur de capture. Cette pêche à moins de 20 brasses de profondeur sera ramenée à dix brasses si une baleine noire est observée entre dix et 20 brasses et elle sera fermée pendant 15 jours si la baleine passe sous les dix brasses. 

Pour les crabiers, la zone statique d’interdiction de pêche dans le golfe du Saint-Laurent sera imposée comme en 2018, à compter du 28 avril, mais la superficie sera réduite à 2400 kilomètres carrés, une réduction de 63 % par rapport aux 6490 kilomètres carrés de l’an passé.

«Nous nous sommes basés sur les données scientifiques pour établir cette superficie significativement plus petite», a indiqué jeudi, le ministre des Pêches et des Océans, Jonathan Wilkinson, en faisant référence au fait que les baleines ne fréquentaient pas une aire aussi grande que la zone statique. Une observation de baleine hors de ce quadrilatère pourrait mener à des fermetures temporaires de 15 jours.

Douze baleines sont mortes en eaux canadiennes en 2017 et aucune l’an passé. L’empêtrement dans des engins de pêche et les collisions avec les navires constituent les causes principales présumées de mortalité. Ces causes n’ont été prouvées que pour une minorité des baleines mortes il y a deux ans. Il ne resterait que 411 baleines noires dans le monde.

Depuis août 2017, de larges étendues du golfe du Saint-Laurent ont été frappées de limites de vitesse de 10 nœuds pour les navires de plus de 20 mètres. En 2018, ces limites ont été instaurées du 28 avril au 15 novembre et ces dates seront reconduites en 2019.

Toutefois, la navigation commerciale sera légèrement moins limitée qu’en 2018 à cause du déploiement d’un corridor de circulation à vitesse normale un peu plus large au nord de l’île d’Anticosti, du maintien du corridor au sud de cette île, et de l’exclusion des Îles-de-la-Madeleine de la zone de 10 nœuds, toujours à condition que les baleines noires ne s’y aventurent pas.

Réactions

Le homardier O’Neil Cloutier, directeur du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, se dit à moitié content et à moitié déçu des annonces de jeudi.

«Le ministre Wilkinson a retenu deux des sept mesures que nous avions déposées, avec l’Union des pêcheurs des maritimes. On avance, mais on n’appelle pas encore ça de la concertation. Je comprends qu’ils [les gestionnaires des pêches] ne veulent pas se tromper. […] Le ministère parle d’une cohabitation avec les baleines, mais on nous sort de l’eau si on en voit une [baleine| à moins de dix brasses. Ce n’est pas de la cohabitation. Il y a encore des zones grises dans le plan de protection au sujet de la grandeur des quadrilatères de fermeture quand une baleine s’approche des côtes. Je crains que les quadrilatères mesurent encore six milles par dix. C’est beaucoup», dit-il.

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MESURES BIEN REÇUES PAR LES ARMATEUR DU SAINT-LAURENT, PAS POUR LES CRABIERS

CARLETON — Martin Fournier, des Armateurs du Saint-Laurent, voit une évolution majeure dans les mesures adoptées par Transports Canada visant à faciliter la navigation commerciale dans des secteurs fréquentées six mois par année par les baleines noires. L’élargissement du corridor de navigation entre Anticosti et la Basse-Côte-Nord répond à un besoin important, dit-il.

«Le Bella-Desgagnés, le navire qui assure le ravitaillement de ce secteur de la Côte-Nord, ne sortait pas de la zone de dix nœuds de vitesse maximale, alors qu’il est soumis à un horaire strict. Maintenant, il en sort, en raison de l’élargissement du corridor», aborde M. Fournier.

Un autre irritant a été éliminé, l’obligation de réduire la vitesse à dix nœuds dans les corridors de navigation si les autorités fédérales n’arrivaient pas à effectuer deux vols d’observation en sept jours confirmant l’absence de baleine. «Ce secteur a été fermé 20% du temps l’an passé même si aucune baleine n’y a été vue, simplement parce que les deux vols en sept jours n’étaient pas réalisés. Cette année, on baisse le seuil à un seul vol (…) Le gouvernement s’engage aussi à déployer les technologies nécessaires, comme les hydrophones, pour continuer à peaufiner cette mesure», ajoute M. Fournier.

Daniel Desbois, de l’Association des crabiers gaspésiens, est par contre fort déçu des nouvelles mesures. «La diminution de la taille de la zone statique de fermeture ne donne rien si on ne repousse pas cette fermeture à la mi-mai et si la pêche ne débute pas avant le 28 avril. Il suffira que des baleines sortent de la zone statique pour que le ministère applique des fermetures supplémentaires qui pourraient couvrir encore plus grand que la zone statique de l’an passé».