Dernières fausses notes, mais que retenir?

DÉCODAGE / Les libéraux de Philippe Couillard ont conclu les travaux de la 41e législature sur une fausse note. Commander un avis juridique pour faire fi de la recommandation de la Commissaire à l’éthique et à la déontologie concernant le député Pierre Paradis, c’est contourner l’esprit des lois. L’avis du ministre Jean-Marc Fournier ne pouvait avoir davantage de valeur que l’opinion de la Commissaire Ariane Mignolet.

Cet épisode démontre que les élus de la prochaine législature devront donner une réelle portée au volet coercitif de leur Code d’éthique. On pourrait discuter longtemps du degré de gravité de l’usage particulier qu’a fait le député de Brome-Missisquoi de son allocation de logement au regard de ce que d’autres parlementaires en font. Mais il y avait là un accroc et il aurait dû être sanctionné, puisque tel était l’avis de la Commissaire.

M. Couillard fait valoir que «la recherche de la justice» l’a guidé. Il faut aussi savoir que Pierre Paradis demeure populaire chez le noyau dur des électeurs libéraux et que le Parti libéral du Québec doit éviter de susciter de la grogne dans ses rangs à l’aube de la campagne électorale.

Mais que retenir des derniers mois du gouvernement? D’abord, qu’il a fait atterrir des projets de loi importants, au premier rang desquels celui révisant les normes minimales du travail.

Celui sur le cannabis aussi — même s’il se serait bien passé de cette légalisation.

Également, l’entrée en vigueur de la réforme de l’aide sociale et de son programme Objectif emploi. Cette loi du ministre François Blais est controversée. Son application devra donc être surveillée de près, car elle pourrait tout aussi bien soutenir les nouveaux bénéficiaires d’aide sociale que les assaillir. Hommage ici à l’ex-députée solidaire Françoise David qui a fait inclure dans cette loi l’obligation d’en dresser le bilan au bout de deux ans.

Sur le front des relations avec Ottawa, le gouvernement Couillard en a arraché, tant sur le cannabis, que sur une éventuelle déclaration unique de revenus que traiterait Revenu Québec ou encore sur le chantier maritime Davie.

La Coalition avenir Québec

Même si elle est portée par de bons sondages, la Coalition avenir Québec a une équipe de recrutement hors pair. Nouveau candidat après nouvelle candidate, le parti de François Legault a pris des allures d’armée qui avance. La médaillée olympique Isabelle Charest a encore illustré cette dynamique, mercredi. Quel contraste avec la pluie de départs du côté gouvernemental!

La perspective du pouvoir a cependant contraint la CAQ à passer des coups de rabot sur plusieurs engagements. Exit, par exemple, le projet de nouvelles baisses d’impôts, puisque le gouvernement a fait le boulot. Elle a de plus récemment clairement renvoyé la balle à Ottawa sur l’éventuelle expulsion de nouveaux immigrants qui rateraient son test des valeurs.

Plusieurs éléments de son programme demeurent très «caquistes», bien évidemment. Par exemple, le désir de doter le gouvernement de nouveaux moyens de congédier des hauts administrateurs de l’État québécois (même si la sécurité d’emploi n’existe pas pour eux). Un sous-ministre ou un dirigeant d’organisme serait congédié si l’organisation qu’il dirige n’a pas atteint les résultats visés dans son «plan stratégique» ou si elle n’a pas obtenu une «cote d’efficience» jugée satisfaisante par le bureau du Vérificateur général. On est là dans le fond traditionnel de la CAQ.

Une grosse fausse note aussi pour la CAQ en cette fin de session. Le président du parti, Stéphane Le Bouyonnec, n’avait pas le choix de démissionner du conseil d’administration d’une entreprise ontarienne qui asphyxie les plus pauvres avec des prêts à taux usuraires. Il demeurera toutefois président du parti.

La «tolérance zéro» de la Coalition sur les «questions d’intégrité» ne s’étend pas aux «valeurs».

D’ici le 1er octobre, libéraux et péquistes tenteront d’enfoncer un même clou: quelle crédibilité, les caquistes? En vérité, ils ont aussi et surtout besoin qu’ils commettent des fautes pour espérer rétrécir l’écart qui les sépare d’eux.

Le Parti québécois

En raison des mauvais sondages, le Parti québécois a précipité le dévoilement de sa plateforme électorale. Ce n’est pas parce que cette initiative ne lui a rien rapporté dans les intentions de vote qu’il ne devait pas le faire. C’est une carte qu’il devait abattre, car plusieurs aspects de son programme sont étoffés.

Le maillon le plus faible de cette plateforme porte sur ce dont il a été le plus question dans les médias, soit la «gratuité» des études postsecondaires. La copie sera peaufinée de ce côté.

La création d’un poste de vice-chef pour la députée Véronique Hivon a par ailleurs démontré que Jean-François Lisée sait jouer la carte de l’humilité quand il y est forcé.

Tout en se démenant, tout en tirant sur plusieurs manettes à la fois, le PQ espère que la CAQ trébuchera d’elle-même, qu’elle commettra d’autres fautes à la Le Bouyonnec.

Québec solidaire

L’arrivée de Gabriel Nadeau Dubois a donné du tonus à Québec solidaire, mais pas de nouvel élan dans les intentions de vote.

Le départ du député Amir Khadir est un événement en soi. À lui seul, ce député a bousculé la vie politique québécoise. Il a contribué, dès 2009-2010, à démontrer l’existence de stratagèmes de financement douteux des partis politiques — et à changer le système pourri qui prévalait.