Le ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen

Demandeurs d'asile illégaux: le Canada tente de freiner l'afflux de Nigérians

OTTAWA — Des représentants canadiens en poste au Nigéria travaillent avec leurs homologues américains pour tenter de repérer les cas de Nigérians récemment arrivés aux États-Unis qui seraient à «haut risque» de franchir la frontière canadienne de façon irrégulière.

Depuis le début de l'année, la majorité des demandeurs d'asile entrés au Canada de façon irrégulière sont des Nigérians ayant récemment obtenu des visas de voyage américains.

Hursh Jaswal, directeur des communications du ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen, a affirmé que ces personnes demandaient apparemment ce visa en ayant l'intention de se rendre au Canada pour y demander l'asile.

Ils arrivent donc aux États-Unis et passent quelque temps sur le territoire américain, avant se diriger vers le Canada, a-t-il expliqué.

C'est pour cette raison que les responsables canadiens travaillent maintenant avec leurs homologues américains, pour éviter que les Nigérians récemment arrivés aux États-Unis utilisent leur visa comme un moyen de demander l'asile au Canada.

Les représentants canadiens au Nigéria et leurs vis-à-vis américains tentent d'élaborer un outil permettant d'identifier les cas qui représenteraient un «risque élevé».

L'an dernier, la majorité des demandeurs d'asile qui ont franchi la frontière canado-américaine de façon irrégulière étaient d'origine haïtienne. Plusieurs ont expliqué ce mouvement de population par la décision de l'administration Trump d'abolir le statut de protection temporaire qui permettait aux Haïtiens sans statut de rester aux États-Unis.

Le «facteur Trump»

La présence accrue des Nigérians cette année ne surprend pas Kehinde Olalere, un avocat canadien spécialisé en droit de l'immigration qui a grandi au Nigéria et qui visite régulièrement le pays.

Les Nigérians fuient la violence du groupe Boko Haram et d'autres persécutions systématiques qui surviennent dans le pays, et ils trouvent plus facile d'obtenir un visa américain, selon Me Olalere. Mais plusieurs d'entre eux ont comme objectif de demander l'asile au Canada, a-t-il indiqué.

«Les États-Unis ne représentent pas un endroit attrayant pour les Nigérians en ce moment. Ça a déjà été l'endroit le plus attrayant, mais avec le facteur Trump, la plupart vont s'orienter vers le Canada», a expliqué Me Olalere.

Jean-Nicolas Beuze, représentant du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Canada, n'est toutefois pas d'accord avec l'explication du «facteur Trump». Selon lui, cet afflux important de Nigérians est davantage lié aux propos plus accueillants du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Plusieurs Nigérians sont persécutés dans leur pays en raison de leur orientation sexuelle et les femmes qui y vivent sont davantages touchées par la violence conjugale et les mutilations génitales. Les lois plus progressistes au Canada et son climat social le rendent plus intéressant pour ces demandeurs d'asile, selon M. Beuze.

«Ils croient que le Canada sera un pays où ils bénéficieront du droit d'asile, et où ils sentiront qu'ils pourront s'intégrer et continuer une vie normale, loin de la persécution», a-t-il indiqué.

Les individus et les familles qui fuient la violence et la persécution au Nigéria sont probablement au courant de statistiques qui démontrent que 35 pour cent des demandes d'asile provenant du Nigéria sont acceptées au Canada, selon Me Olalere.

C'est pourquoi il croit que l'afflux de demandeurs d'asile nigérians n'est pas près de ralentir: «Je ne vois pas comment ça pourrait cesser de sitôt.»

Un porte-parole du département d'État américain a affirmé lundi que l'administration se préparait à améliorer le processus de vérification pour les visas américains.

LIRE AUSSI: Le point de vue «Un plan juste, humain, et ordonné», du ministre Ahmed D. Hussen