Décodage: François Gendron, un homme de bon sens

DÉCODAGE / Élu pour la première fois en 1976, le député François Gendron incarne le bon sens à l’Assemblée nationale.

C’est ce qui fait de ce doyen de nos parlementaires, qui annoncera samedi qu’il ne sollicitera pas d’autre mandat, un homme apprécié de ses pairs.

Le député d’Abitibi-Ouest l’est aussi parce qu’il n’est pas partisan à outrance. Il n’est pas dogmatique. C’est un modéré.

Lors des tempêtes internes — et Dieu sait qu’il en a vécues au Parti québécois —, François Gendron a recueilli bien des confidences de collègues en colère ou dépités. Au point, parfois, de donner par la suite lui-même bien du fil à retordre à plus d’un de ses chefs. Pauline Marois en sait quelque chose.

Au fil des ans, ce péquiste est parvenu à construire des ponts. Tant avec ses adversaires qu’au sein des équipes dont il a fait partie — de René Lévesque à Jean-François Lisée.

Ce bon sens qu’il incarne doit d’autant plus être souligné qu’il ne constitue pas le trait dominant dans la chaudière parlementaire, où la virulence du verbe et les affirmations plus ou moins trompeuses tiennent souvent lieu d’arguments.

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L’un part, l’autre revient…

Lorsqu’il a claqué la porte du Parti québécois, en 2011, Jean-Martin Aussant avait déclaré que Pauline Marois n’avait «pas assez de tirant auprès de la population pour qu’on puisse faire un référendum gagnant avec elle». Son retour apportera-t-il du «tirant» au PQ? À voir.

Le retour de cet indépendantiste convaincu dans la famille péquiste — au sein de laquelle il n’a pas toujours fait et ne fait toujours pas l’unanimité — représente néanmoins un succès pour Jean-François Lisée. Car la tâche de ce dernier consiste encore à consolider la base de son parti. De ce point de vue, M. Aussant représente un plus.

Il fallait que le chef péquiste tienne beaucoup à ce qu’il revienne pour finalement accepter qu’un éventuel gouvernement qu’il dirigerait mette à jour les fameuses études sur l’indépendance! C’est aussi pour réaliser des études sur l’indépendance que le prédécesseur de M. Lisée, Pierre Karl Péladeau, a mis sur pied un institut de recherche.

Les libéraux ne sont pas mécontents de voir le Parti québécois rehisser haut le drapeau de la souveraineté.

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Quand on se connaît

Québec solidaire a fustigé la présence de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard dans l’équipe de négociation de la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Il a cogné à côté du clou.

Passons sur le fait que l’ex-premier ministre péquiste a bien le droit de travailler avec qui il veut. Ce qu’il faut savoir, c’est que Maurice Charlebois dirigeait, lui, les opérations pour le Conseil du trésor.

M. Charlebois est un négociateur tout aussi chevronné que M. Bouchard. Il a régulièrement représenté les gouvernements lors de grandes négociations.

Ce qu’il faut surtout savoir est que Maurice Charlebois a représenté le gouvernement du Québec lorsque Lucien Bouchard le dirigeait. À la fin des années 90, il était son «négociateur en chef» face aux syndicats des secteurs public et parapublic.

Cela pour dire que M. Bouchard, qui roulait pour la FMSQ, et M. Charlebois, qui travaillait pour le gouvernement Couillard pendant cette négociation sur la rémunération des médecins, ne sont pas des étrangers l’un pour l’autre. Ils se connaissent.

Quelques-uns soutiendront que, grâce à leur lien, Lucien Bouchard a pu convaincre le syndicat des spécialistes de mettre de l’eau dans son vin. D’autres pourront plaider que, grâce à ce même lien, la partie gouvernementale a fait montre d’une trop grande compréhension devant les demandes des représentants des médecins spécialistes.

Chose certaine, cette situation n’a pas desservi ces derniers.

Des médecins spécialistes jugent d’ailleurs que les augmentations auxquelles ils ont droit sont indécentes. Si ce sentiment est répandu dans leurs rangs, la force de leur nombre devrait suffire à convaincre la direction de leur fédération de soumettre la fameuse entente au vote de tous les membres, non? On verrait alors ce que tous en pensent et dans quelle proportion.

Les partis d’opposition clament haut et fort qu’ils déchireront l’entente si les électeurs délogent le «gouvernement des docteurs» le 1er octobre. Ils tenteront de la renégocier, en fait.

C’est faisable. Les exemples pullulent. Cette renégociation serait d’ailleurs moins coûteuse politiquement à mener que la décision prise, pour prendre un exemple extrême, par le gouvernement Lévesque au début des années 80 de couper de 20 % le salaire de tous les fonctionnaires québécois pendant trois mois.

À noter: devant le tollé suscité par cette entente entre le Conseil du trésor et la FMSQ, des libéraux grommellent en coulisses.

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Jouer avec les consensus

L’avocat Julius Grey pourrait se tourner vers la Cour suprême pour tenter de faire casser la décision de la Cour d’appel confirmant que l’Assemblée nationale a le droit d’interdire le port du kirpan dans son enceinte.

Un éventuel appel à la Cour suprême et une hypothétique décision différente de sa part créeraient une brèche que tous les partis politiques à l’Assemblée nationale s’empresseraient de fustiger. Et avec raison. C’est qu’on toucherait alors à la notion de «privilège parlementaire» et au principe de la séparation des pouvoirs dans nos sociétés. Et au bon sens qui a donné naissance à cette séparation.