Le Grand chef Konrad Sioui montre des petites anguilles au député fédéral Joël Lightbound lors de la conférence de presse annonçant l'investissement du fédéral pour contribuer à rétablir l'habitat de l'anguille d'Amérique.

De l’argent fédéral pour des échelles à anguilles

Le gouvernement du Canada remet 1,45 million $ sur cinq ans à la Nation huronne-wendat pour rétablir l’habitat de l’anguille d’Amérique entre l’estuaire du Saint-Laurent et plusieurs bassins versants côtiers. Des échelles à anguilles seront installées près des barrages pour permettre aux juvéniles de gagner des milieux propices à leur croissance.

L’annonce a été faite vendredi à l’hôtel-musée des Premières nations, à Wendake. Les fonds proviennent du Fonds pour la restauration côtière du gouvernement fédéral.

Le projet vise à restaurer les couloirs de migration de l’anguille d’Amérique. Le poisson en forme de serpent naît dans la mer des Sargasses, près des Bermudes, puis se met en route vers les cours d’eau douce de l’est de l’Amérique. Au Québec, les anguilles passent par le Saint-Laurent pour ensuite gagner les rivières et les lacs. Une fois à maturité, elles refont dans l’autre sens le voyage de 2500 kilomètres pour aller se reproduire dans leur lieu de naissance. 

Les barrages construits par l’homme ont privé l’anguille d’Amérique de plusieurs habitats de qualité. La Nation huronne-wendat ciblera lesquelles des quelque 25 rivières du Nionwentsïo, son territoire traditionnel, seront aménagées. En font partie les rivières Saint-Maurice, Saguenay, Batiscan, Malbaie, Cap-Rouge et Saint-Charles, entre autres. 

«Entre vous et moi, on fait pas grand chose, on pose des échelles à anguilles, des petites structures sur des barrages. Ce petit geste donne accès à des centaines, voire des milliers d’hectares» d’habitats favorables à la croissance de l’espèce, a expliqué vendredi Louis Lesage, directeur du Bureau du Nionwentsïo. 

Ces échelles en aluminium, qui ont l’air de passerelles, permettent aux petites anguilles de 5 à 30 centimètres de franchir les barrages. Le concept a déjà été testé dans le Bas-Saint-Laurent et dans la région de Montréal. Des ponceaux problématiques pourraient aussi être réaménagés, a indiqué la biologiste Amélie D’Astous. 

Effets à long terme

Les effets sur la population d’anguilles se feront sentir à long terme, a ajouté cette dernière. Les femelles peuvent en effet mettre 20 ans avant d’atteindre la maturité. «Ce qu’on espère, c’est qu’un plus grand nombre d’anguilles puissent aller se reproduire. Elles vont être en meilleure forme physique puisqu’elles auront accès à de meilleurs habitats», a dit Mme D’Astous. 

«L’anguille a toujours été partie prenante de notre mode de vie, de notre alimentation», a souligné le Grand chef Konrad Sioui en conférence de presse. Il s’est dit heureux du message positif envoyé par ce projet : «C’est une belle journée pour ceux qui protègent l’environnement».

Le député fédéral Joël Lightbound a rappelé que l’anguille fait partie du régime alimentaire des bélugas. Son abondance pourrait donc être bénéfique aussi aux mammifères marins qui vivent des temps particulièrement durs. 

Pêches et Océans Canada, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, des organismes de bassins versants ainsi que des propriétaires de barrages privés ou municipaux vont collaborer au projet.