Lors de son prochain mandat, qu’il prévoit déjà majoritaire, Philippe Couillard dit vouloir «bousculer, déranger, dépoussiérer» et «faire sauter les verrous» de ce qu’est le Québec aujourd’hui.

Couillard souhaite une liaison rapide entre Québec et Montréal

S’il est réélu, Philippe Couillard fera appel à la «créativité du génie québécois» pour construire une liaison rapide entre Québec et Montréal qui sera électrique et écologique. Un projet aussi «emballant» que la construction des barrages hydroélectriques il y a 50 ans, juge-t-il.

Dans son discours de clôture du 33e Congrès du Parti libéral du Québec dimanche, il a demandé à ses militants de l’aider à imaginer «une liaison moderne, durable, futuriste entre notre capitale nationale et notre métropole». 

En conférence de presse, il a précisé vouloir mettre les ingénieurs québécois au travail et lancer un appel de propositions tout de suite après l’élection de l’automne 2018. M. Couillard a soutenu qu’il était «intéressé» par le projet de monorail suspendu entre les deux villes, une technologie de transport collectif présentée par l’ingénieur Pierre Couture en 1994. Il faudrait toutefois que celle-ci passe d’abord l’étape des tests. Sinon, «il y a d’autres inventions qu’on pourrait faire avancer». 

Ce projet serait plus ambitieux que ceux évoqués ces dernières années de train à grande vitesse (TGV) ou de train à grande fréquence (TGF) entre les deux villes. «J’ai pas le goût de remplacer un train par un autre train», a soutenu le premier ministre. 

M. Couillard ne peut pas dire tout de suite aux Québécois combien ce projet de transport coûterait, mais il souhaite que le nouveau produit qui sera créé soit par la suite exporté. Son entourage a par la suite précisé que le choix et l’élaboration de ce lien rapide se réaliserait dans le mandat 2018-2022. La construction en tant que tel débuterait après 2022. 

Audace

Après les célébrations des 150 ans du Parti libéral et le discours de l’ancien chef Jean Charest samedi soir, l’heure était davantage à la projection dans le futur dimanche. «Attirons vers nous des audacieux et des innovateurs. Montrons-leur que c’est chez nous que les idées prennent vie», a clamé M. Couillard dans son discours. 

Galvanisées, ses troupes lui ont réservé plusieurs ovations durant ce discours et ont scandé son prénom. M. Couillard prévoit déjà obtenir un autre mandat majoritaire, lors duquel il voudra «bousculer, déranger, dépoussiérer» et «faire sauter les verrous» de ce qu’est le Québec aujourd’hui. «C’est le temps de foncer. À nouveau.»

Le premier ministre a évoqué le décompte de 310 jours avant l’échéance électorale et a parlé de construire le «nouveau Québec». Il a répété cette expression pas moins de 21 fois durant son discours.

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FRONDE CONTRE LES «CURÉS DE LA CAQ»

Philippe Couillard croit que les «femmes sont assez grandes pour décider» du nombre d’enfants qu’elles auront, attaquant les incitatifs financiers que propose la Coalition avenir Québec (CAQ) lors de l’arrivée d’un deuxième ou d’un troisième enfant. 

«Les curés de la CAQ vont faire la visite paroissiale pour voir s’il y a des enfants en chemin?» a ironisé le premier ministre en conférence de presse dimanche. Selon lui, l’idée d’encourager la natalité pour préserver le poids démographique du Québec date «du siècle dernier». 

La CAQ, qui souhaite ainsi moins dépendre de l’immigration pour combler les besoins de main-d’œuvre du Québec, ferait fausse route. «On ne peut pas passer à côté de l’immigration», juge M. Couillard. 

Le premier ministre veut lui aussi courtiser les familles lors de la prochaine campagne électorale. «On va maintenant donner aux familles ce qui ne s’achète pas: du temps.» M. Couillard décrit la vie familiale aujourd’hui comme «un dérapage contrôlé», où tout va trop vite. 

Il promettra aux jeunes parents davantage de congés, des mesures de conciliation travail-famille-études, et des systèmes de transport plus efficaces, question d’arriver à temps à l’école ou à la garderie. Le premier ministre souhaite que les entreprises soient partie prenante de ces nouvelles mesures et qu’elles «comprennent qu’un parent inquiet n’est pas un employé productif». 

Le thème général de la prochaine campagne libérale sera celui de la «qualité de vie», qui n’est pas, selon M. Couillard, «une incitation au non-travail ou à la paresse». 

Ces dernières semaines, les attaques des libéraux ont surtout visé la CAQ, qui est en avance dans les sondages et maintenant considérée comme leur principal adversaire. 

Le premier ministre évalue que la prochaine campagne sera différente des dernières, car elle ne se déploiera pas sur l’axe du fédéralisme contre le souverainisme. «Il n'y a aucun appétit dans la population pour ça.»

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OUI AUX STAGES RÉMUNÉRÉS

Les militants libéraux sont d’accord pour que les étudiants en enseignement soient payés lorsqu’ils ont la charge complète d’une classe en stage final. La commission jeunesse du Parti libéral a réussi à faire adopter cette proposition par le parti dimanche. 

Simon Telles, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ), s’en réjouit. Il espère maintenant que la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, entende la volonté de son parti, qui souhaite valoriser cette profession. «On s’en va en élections en disant que l’éducation, c’est la priorité, alors je pense que ça serait une belle façon de passer de la parole au geste», commente-t-il. 

Il y a quelques semaines, la ministre David a soutenu qu’elle était «en réflexion» sur la question d’offrir une compensation financière aux stagiaires en enseignement, mais aussi de façon plus générale sur la rémunération des stages.