Le ministre de l’environnement, Benoit Charette souhaite se doter d’un comité scientifique consultatif et demanderait un rapport annuel sur le Fonds d’électrification et de changements climatiques au commissaire au développement durable, qui relève de la vérificatrice générale.

Cibles de réduction des GES: attendez le plan d’action, dit Benoit Charette

Alors que débute l’étude du projet de loi sur la gouvernance de la lutte contre les changements climatiques au Québec, certains se demandent pourquoi aucune cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) n’y figure. Le ministre de l’Environnement n’est pas contre, mais insiste sur le fait que les moyens viendront avec le futur plan d’action.

«Je n’arriverai pas au jour un avec tel ou tel amendement, mais j’aborde les auditions avec une écoute constructive. Peut-être que certains se verraient rassurés si on l’intégrait [les cibles] dans la loi. Mais il ne faut pas confondre le projet de loi sur la gouvernance et le plan d’action présenté dans quelques semaines, qui sera davantage axé sur les moyens», a soutenu Benoit Charette, mardi, à son entrée en commission parlementaire.

Un peu plus tard, son patron a dit partir pour le Forum économique mondial de Davos avec en tête de se ranger ni dans le clan du président américain climatosceptique Donald Trump, ni dans celui de la jeune militante écologiste Greta Thunberg. Les deux sont aussi à Davos.

«Je suis du clan équilibré. On doit être capable à la fois de créer de la richesse au Québec, parce qu’on a un retard à rattraper, et on doit faire plus d’effort pour réduire nos GES. Donc, il faut être capable d’être équilibré», a dit le premier ministre François Legault, admettant avoir un «désaccord» avec le président Trump.

«Il faut que les États-Unis, il faut que l’Asie, il faut que tous les pays dans le monde en fassent plus pour réduire les GES pour sauver notre planète», affirme le premier ministre du Québec.

Beaucoup de pouvoir

Visant la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l’électrification, le projet de loi 44 réforme le mode de gestion du Fonds vert, une caisse qui s’enrichit d’environ 800 millions $ par année grâce au marché du carbone. Il le renomme d’ailleurs le Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC).

M. Charette souhaite abolir le conseil de gestion et accaparer plus de pouvoir que jamais dans l’histoire pour un ministre de l’Environnement. Il se doterait d’un comité scientifique consultatif et demanderait un rapport annuel sur le FECC au commissaire au développement durable, qui relève de la vérificatrice générale.

«Le projet de loi donne les outils politiques nécessaires pour aller de l’avant, tandis que le plan d’action va donner les moyens concrets pour atteindre nos cibles» qui, rappelle-t-il, représentent pour 2030 une réduction des GES de 37,5 % pour l’ensemble du Québec par rapport à 1990.

On sait déjà que la diminution ciblée de 20 % pour 2020 a été largement ratée et se situe plutôt à 8,7 % de moins que 1990.

Les petits amis

Tour à tour, les partis d’oppositions venaient de tomber à bras raccourcis sur le ministre Charette et son projet de loi 44. Tous ces pouvoirs entre les mains d’un seul homme, politique en plus, n’augurent rien de bon, selon eux.

«C’est le retour d’un Fonds vert qui va servir de façon discrétionnaire, pour des amis, des proches ou des projets complètement discrétionnaires que le ministre pourra choisir», avance Sylvain Gaudreault, du Parti québécois.

«Le risque est là! Le ministre aura les pleins pouvoirs pour faire ça. Et ça va exactement dans le sens contraire de ce qui se fait en ce moment à l’échelle internationale en matière climatique, soit plus de transparence, plus de reddition de comptes, plus d’indépendance», dénonce M. Gaudreault.

La libérale Marie Montpetit trouve «très inquiétant» de «centraliser les pouvoirs, d’éliminer le plus d’avis qui pourraient être en porte-à-faux avec leurs actions», une tendance lourde au gouvernement de la Coalition avenir Québec, selon elle.

«Le projet de loi 44 est vraiment le chemin vers l’insuccès et l’échec de la transition [énergétique]», croit pour sa part Ruba Ghazal, de Québec solidaire.

«Le ministre nous dit : “Faites-moi confiance! Je vais gérer l’argent du Fonds vert au mieux de ma connaissance et si ça ne marche pas, aux prochaines élections, vous me donnerez le signal que je n’ai pas fait la bonne affaire.” Mais c’est plus de 1 milliard $! Et c’est l’argent des Québécois, notre argent qui doit servir à atteindre les objectifs de réduction de GES et ne pas être géré de façon politique, mais de façon totalement indépendante», résume la solidaire Ghazal.

Ces auditions publiques se poursuivent mercredi, au parlement de Québec, avec la présence attendue du comédien et militant écologiste Dominic Champagne, de la mairesse de Montréal Valérie Plante et de gens de l’organisme environnemental de Québec Vivre en ville.