«Je suis stressée comme tout le monde, j’ai plein de symptômes de stress! Je fais du yoga, je médite, j’essaie de bien manger à des heures régulières. Mais ce n’est pas évident pour personne! Tout le monde est dans le même bain, avec les enfants, la <em>job</em>...», relate Catherine Dorion, députée de Taschereau. 

Catherine Dorion veut «libérer le temps»

«On pense qu’on est tout seul à capoter, à faire de l’anxiété, à se demander : “Je prends-tu des anxiolytiques ou je vais chez le psy? Ça fait 10 ans que j’essaie de ralentir et ça ne marche pas! ” Ça nous rend malades. On a des palpitations, on fait de l’insomnie... On pense qu’on est fou! Mais quand tout le monde s’en parle et qu’on réalise qu’on vit tous la même chose, c’est-tu moi ou on baigne dans un environnement toxique?»

Jeudi soir, Catherine Dorion invite les citoyens à son bureau de circonscription de la rue du Parvis, dans le quartier Saint-Roch. La députée de Taschereau tient sa sixième soirée thématique intitulée «Libérer le temps». Après la fête et la normalité, elle aborde cette fois le sujet du temps. Temps qu’on n’a pas, ou plus, et qui nous manque. Une de ses «obsessions», dit-elle au Soleil.

«Le manque de temps mène à la solitude, qui mène à la désintégration de la culture. Parce que la culture, c’est ce qui se passe quand les gens sont ensemble», explique la représentante de Québec solidaire au parlement. Elle relie ici une autre de ses préoccupations, l’anomie, soit la disparition des valeurs communes.

Souffrance sociale

À première vue, un simple problème individuel, le manque de temps s’avère davantage une souffrance sociale répandue, estime Mme Dorion. Le fait de se réunir de façon festive pour en parler permet de «donner de petites impulsions pour que lorsqu’on a des combats politiques à mener, une communauté se soit créée autour de ça». 

Ce «party de bureau de comté» donnera la parole au sociologue de l’UQAM Marcelo Otero, qui trace un lien fort entre productivisme et problèmes de santé mentale, ainsi qu’à une ancienne publicitaire devenue horticultrice et autrice après un épuisement professionnel, Marie-Élaine Guay. Un artiste musical animera aussi la soirée avec ses tounes.

«Je suis stressée comme tout le monde, j’ai plein de symptômes de stress! s’esclaffe Mme Dorion. Je fais du yoga, je médite, j’essaie de bien manger à des heures régulières. Mais ce n’est pas évident pour personne! Tout le monde est dans le même bain, avec les enfants, la job... Et ce n’est pas depuis que je suis députée, j’étais tout aussi stressée avant», reconnaît celle qui dit avoir toujours aimé performer. «Mais ce n’est pas la même chose de vouloir performer et de se sentir obligé de performer», nuance-t-elle.

«Ceux qui sont performants et qui tiennent le cap voient les autres tomber et se disent : “Faut pas que ça m’arrive! ” Et ceux qui n’y arrivent pas se considèrent comme de la merde et c’est souvent à l’origine des dépressions. [On vit à une époque où] on a tous moins de chances de mourir, mais on a tous moins le goût de vivre.»

Et la prise en charge individuelle a ses limites, constate la députée. «Tout seul chez le psy, on peut s’aider, mais on n’ira pas loin. Et la pression va continuer d’être là à nous taper dessus. Tout le monde est pogné là-dedans. On doit valoriser des modes de vie où on peut avoir du plaisir avec ses enfants sans leur apprendre quelque chose ou être avec des amis sans but», affirme la solidaire.

«Le capitalisme débridé détruit la nature, mais détruit aussi notre nature, poursuit-elle. L’animal qu’on est n’est pas fait pour être constamment sur l’adrénaline, 100 % du temps. On fait passer les désirs du système avant ceux de notre propre corps, de notre famille, de nos enfants, de notre communauté. On doit se tenir debout et dire : “Wô! Ce territoire-là, c’est à nous autres.”»

À l’Halloween, sa soirée «Fuck la norme» avait valu à la députée Dorion une plainte du Parti libéral auprès de la commissaire à l’éthique et à la déontologie de l’Assemblée nationale, pour non-respect de l’institution parlementaire.

Rassemblant 60, 100 ou 150 personnes, ses soirées citoyennes visent à «créer un lieu de communauté» et d’«insuffler un désir de la politique» aux gens, résume l’élue provinciale des quartiers centraux de Québec.