«En immigration, on veut protéger notre culture et notre langue française, mais comment protéger notre langue si tous les jeunes écoutent des séries en anglais sur Netflix?» s'interroge la députée solidaire Catherine Dorion.

Catherine Dorion veut exiger un minimum de contenu québécois à Netflix

La députée solidaire Catherine Dorion veut que Québec se tienne debout face au géant Netflix en exigeant qu’un pourcentage de contenu québécois soit disponible sur sa plate-forme. Elle réclame une commission parlementaire pour faire face à ce qu’elle considère comme une «menace importante» pour la culture québécoise.

La députée de Taschereau croit qu’après avoir légiféré pour encadrer les activités d’Uber et d’Airbnb au Québec, il est temps que l’Assemblée nationale se penche sur le cas de Netflix. «C’est nous qui faisons les lois, pas les grosses compagnies», lance Mme Dorion en entrevue au Soleil.

Environ 40 % des foyers québécois sont abonnés à cette plate-forme de vidéos sur demande, alors que 0,1 % des films et 0,3 % des séries qui y sont présentés sont faits au Québec. 

La députée solidaire considère que cette plate-forme américaine a «pris énormément de place dans notre culture», alors qu’«on a une tradition au Québec de protection de notre culture», qui est en train de «tomber», juge-t-elle. 

Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) contrôle le contenu télévisuel, mais n’a pas de mainmise sur Internet. «On est protégés par des affaires qui sont caduques. Tout le monde se débranche du câble pour aller sur Internet», constate Mme Dorion. 

La députée est d’avis que le Québec pourrait s’inspirer de l’Union européenne, qui a exigé l’an dernier que les services de vidéo sur demande Netflix et Amazon diffusent 30 % de contenu européen aux abonnés européens. 

Selon elle, Netflix n’aurait pas à produire tout le contenu québécois exigé, mais pourrait facilement acheter des droits de films et de séries québécoises. «Ça redonnerait un souffle à une industrie qui souffre.»

Étonnée

Catherine Dorion a demandé à la ministre de la Culture Nathalie Roy ce qu’elle comptait faire pour encadrer Netflix la semaine dernière, mais n’a pas obtenu de réponse précise. «J’étais étonnée de constater que c’était pas un dossier qui avait l’air présent dans son esprit.»

Mme Roy a surtout parlé de l’iniquité fiscale entre Netflix et les producteurs de contenu au Québec, «une situation très préoccupante» selon elle. 

Mme Dorion espère que sa demande formelle de tenir une commission parlementaire sur le sujet va «sonner des cloches» au gouvernement, parce que «ça fitte avec ce que prétend être la CAQ. En immigration, on veut protéger notre culture et notre langue française, mais comment protéger notre langue si tous les jeunes écoutent des séries en anglais sur Netflix?»

Pour la solidaire, une «réaction politique au Québec s’impose, étant donné que le Canada a une position extrêmement faible face à Netflix». 

En 2017, le gouvernement canadien a renoncé à taxer Netflix et l’entreprise américaine s’est engagée à investir 500 millions $ dans des productions originales au Canada. Le Québec taxe quant à lui l’abonnement à Netflix depuis le 1er janvier.