Pour présenter sa Stratégie nationale sur la main-d’œuvre, le premier ministre Philippe Couillard était accompagné du ministre de l’Emploi, François Blais, du député Patrick Huot, et du ministre des Finances, Carlos Leitão.

Apprendre le français au bureau

Pour que les immigrants adultes s’intègrent bien à la société québécoise, il faut «insister encore davantage sur la francisation en milieu travail», croit le premier ministre Philippe Couillard. C’est en jasant avec des collègues autour de la machine à café ou lors d’un dîner d’équipe que, «par osmose», l’immigrant apprendra à parler français plus vite.

Ces cours de français donnés directement au bureau sont l’une des 47 mesures annoncées mardi par le gouvernement dans la première Stratégie nationale sur la main-d’oeuvre du Québec. Une enveloppe de 1,3 milliard $ sur 5 ans, composée à environ 70% d’argent neuf, est réservée à cette stratégie qui donnera un coup de pouce aux entreprises qui peinent à trouver des employés.

Le premier ministre Couillard explique que d’envoyer les enfants d’immigrants apprendre le français à l’école est excellent. Par contre, vaut mieux mettre directement les adultes au travail. «Mettre des adultes dans les classes [de francisation], ça fonctionne moins bien. Il faut le faire à travers le marché de l’emploi au lieu de les mettre à part de la société, dans une classe», croit-il. 

La stratégie insiste également sur un meilleur jumelage entre les candidats à l’immigration et les entreprises, une meilleure reconnaissance des diplômes et des acquis. D’ici 5 ans, le gouvernement veut faire passer de 32 à 6 mois le délai pour remettre un certificat de sélection du Québec aux immigrants. 

«Je pense qu’on peut faire beaucoup mieux que ce qu’on a fait jusqu’à maintenant, même si on n’a pas mal fait les choses» en immigration, souligne M. Couillard. 

Le premier ministre a d’ailleurs salué le programme du Parti québécois en immigration, présenté plus tôt en journée. Selon lui, les stratégies du chef Jean-François Lisée pour envoyer les immigrants en région sont intéressantes, sauf qu’il faut s’assurer que l’accueil soit optimal, afin qu’il n’y ait pas ensuite de phénomène de contre-migration des régions vers Montréal. 

La stratégie globale sur la main-d’œuvre propose également des mesures qui serviront à mieux former les jeunes, à retourner les chômeurs sur le marché du travail et à retenir les travailleurs de plus de 60 ans. 

Pour M. Blais, l’ère de plein emploi que le Québec vit est «une occasion historique à saisir» pour le bénéfice de tous. 

Le gouvernement s’engage à réviser les programmes collégiaux ou professionnels dans un délai maximal de 18 mois, afin qu’ils restent à jour. Québec souhaite aussi augmenter de 2% le nombre de personnes diplômées dans les domaines des sciences, des technologies et du génie. 

D’ici 10 ans, le gouvernement calcule que plus de 1,3 million de postes seront à pourvoir, dont 90 000 sont déjà disponibles à l’heure actuelle. 

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L’EXEMPLE DE MOMENTUM

Parce qu’elle montre l’exemple à suivre, le gouvernement Couillard a choisi de faire son annonce chez Momentum Technologies du quartier Lebourgneuf à Québec. 

L’entreprise en informatique compte 150 employés de 27 nationalités différentes. Elle leur donne des cours de français et leur permet de travailler à distance, car «des fois, l’amour nous amène ailleurs», exprime le président Michel Ganache. 

À ses débuts en 2003, l’entreprise recrutait facilement dans le bassin des nouveaux immigrants, «parce que les autres firmes les boudaient», ajoute-t-il. Depuis 2008, la donne a changé et les entreprises en technologies de l’information s’arrachent les employés disponibles à Québec, peu importe leur origine. Momentum a donc commencé à recruter à l’international. 

Tant pis si les talents recrutés ne parlent pas français. En collaboration avec le Cégep Limoilou, la firme leur donne des cours à même ses locaux et leur enseigne aussi le «savoir-être», afin qu’ils s’adaptent à la culture québécoise.

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QUI OCCUPERA LES NOUVEAUX EMPLOIS?

54% Les jeunes qui s’intègrent au marché du travail

22% Les nouveaux immigrants

12% Les 15 à 64 ans qui travaillent davantage

7% Les plus de 65 ans

4% Les chômeurs

Source: prévisions d’Emploi-Québec