Politique

Des Canadiens ont dû évacuer des troupes au Mali

OTTAWA — Des Casques bleus canadiens ont vécu leur journée la plus occupée, dimanche, au Mali, après que des extrémistes ayant des liens avec Al-Qaïda eurent attaqué une base des Nations unies, faisant dix morts et des dizaines de blessés.

Cinq hélicoptères canadiens ont été déployés depuis une autre base après l'attaque, selon le porte-parole des Forces armées canadiennes, le capitaine Christopher Daniel. Deux imposants Chinooks ont servi d'hôpitaux dans les airs et trois plus petits Griffons ont également été utilisés.

Politique

Accès à la propriété: les libéraux visent les «millénariaux», soutient Morneau

OTTAWA — Le ministre fédéral des Finances soutient que le gouvernement libéral cherche des moyens de rendre l'achat d'une maison plus abordable pour les Canadiens de la «génération du millénaire».

À l'issue d'un discours prononcé mardi en banlieue de Toronto, Bill Morneau a été interrogé sur ce qu'Ottawa prévoyait faire pour aider les premiers acheteurs à accéder à la propriété, sur fond de hausse des taux d'intérêt.

Le logement devrait être un enjeu de campagne pour les élections fédérales d'octobre. Lundi, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a proposé des initiatives qui contribueraient à la construction de 500 000 nouveaux logements abordables au Canada au cours des dix prochaines années.

M. Morneau a déclaré mardi que depuis son arrivée au pouvoir en 2015, le gouvernement libéral s'était concentré sur trois grands enjeux liés au logement: la pénurie de logements abordables au Canada, la flambée des prix de l'immobilier dans certains marchés et la garantie que les millénariaux puissent acheter leur demeure.

Le ministre a soutenu qu'Ottawa avait déjà adopté des mesures pour augmenter l'offre de logements abordables et pour assouplir les «marchés chauds», en introduisant des simulations de crise visant à limiter la possibilité de contracter des prêts hypothécaires trop élevés pour ses moyens.

M. Morneau a indiqué que le gouvernement étudie actuellement différents scénarios pour aider les Canadiens de la «génération Y» à acquérir une première propriété - sans toutefois préciser les mesures qui seraient envisagées par les libéraux.

Politique

Legault à la Bourse de Paris: il faut faire «exploser» les investissements

PARIS — La mission de trois jours dirigée par le premier ministre François Legault à Paris peut se résumer en un seul mot: économie.

Le point d’orgue de cette mission était la tenue mardi, à la Bourse de Paris, d’un dîner-conférence auquel avaient été conviés quelque 350 invités, principalement des dirigeants de grandes entreprises françaises, dont Ubisoft et Michelin, et des regroupements de gens d’affaires. Des entreprises québécoises ayant pignon sur rue à Paris, comme Moment Factory, étaient aussi représentées.

Il n’y avait aucune place vide dans la vaste salle et le premier ministre a livré un discours à saveur strictement économique, en disant vouloir attirer les investisseurs au Québec et intéresser davantage les Français aux produits québécois.

Devant son auditoire, celui qui se décrit comme «un premier ministre économique» a dépeint le Québec comme le «meilleur endroit au monde» où investir, grâce à ses nombreux atouts: État de droit, électricité à bas prix, nombreuses universités, crédits d’impôts et aide financière directe, notamment.

En point de presse, par la suite, il a dit vouloir faire «exploser» les investissements au Québec dans les quatre prochaines années, en se montrant beaucoup plus «agressif» que ce qui s’est fait dans le passé, «parce qu’on a un rattrapage économique à faire» en matière de création de richesse.

Il a dit quitter Paris «les poches pleines de cartes d’affaires».

Son discours tenait en huit pages et le mot «économie» est revenu à 18 reprises.

Sans surprise, l’assistance, largement issue du milieu des affaires, a visiblement apprécié le style de celui qui est désormais aux commandes du Québec.

«Son discours a été extrêmement bien reçu», selon Dominique Restino, le président de la Chambre de commerce de Paris, qui s’est dit convaincu que M. Legault avait séduit son auditoire. «J’ai bu ses paroles!», a-t-il ajouté lors d’une brève mêlée de presse.

M. Legault a insisté pour dire à quel point son gouvernement allait axer son action sur le développement économique, incluant lorsqu’il s’agit de ses relations internationales et de la relation France-Québec.

«Cet accent économique du gouvernement doit se faire sentir dans toutes nos actions», a affirmé M. Legault dans son discours, comme il avait fait sur toutes les tribunes depuis dimanche.

Durant ces trois jours, chaque fois qu’il prenait la parole, M. Legault évacuait en moins de deux les autres volets de la relation France-Québec (diplomatie, politique, culture, langue, immigration) pour s’étendre longuement sur ce qui l’intéressait vraiment: parler affaires, investissements, échanges commerciaux.

S’il parle de la Francophonie, c’est pour dire qu’elle pourrait devenir «la locomotive économique du continent africain». S’il rappelle l’importance de faire la promotion du français, ce sera «d’abord dans le monde des affaires». S’il annonce une refonte de la politique internationale du Québec, c’est pour dire que les délégations compteront «plus de délégués commerciaux». S’il parle d’immigration, ce sera pour rappeler son intention de se servir du futur test de français obligatoire afin de mieux sélectionner les candidats «en fonction des besoins des entreprises».

Bref, tout passe par le prisme de l’économie.

Le premier ministre a aussi rappelé son «obsession» de hausser le salaire moyen au Québec, en créant des emplois «de qualité» payés au moins 50 000 $ par année, en misant en priorité sur le secteur manufacturier, les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle.

Pour M. Legault, en poste depuis seulement trois mois, il s’agissait d’une première mission axée avant tout sur la prise de contacts. Il n’a procédé à aucune annonce d’investissement, mais il s’est dit optimiste de pouvoir conclure des ententes dans les prochains mois.

Mercredi, le premier ministre entamera le deuxième volet de sa mission, en participant au Forum économique mondial, à Davos, en Suisse.

Politique

Scheer promet plus d’autonomie au Québec sur l’enjeu de l’immigration

Le chef conservateur Andrew Scheer a promis lundi d’accorder plus d’autonomie au Québec sur l’enjeu de l’immigration s’il est élu premier ministre en octobre prochain. Mais il n’a pas voulu dire s’il était d’accord que la province détermine elle-même le nombre d’immigrants qu’elle reçoit chaque année.

Le premier ministre François Legault a fait campagne sur l’engagement de réduire temporairement le nombre d’immigrants accueillis au Québec, à compter de cette année. Alors que l’année est bien entamée, le premier ministre canadien Justin Trudeau — un fervent défenseur de l’immigration — n’a toutefois pas dit si les libéraux comptaient aider M. Legault à atteindre son objectif.

M. Trudeau a affirmé qu’il était prêt à poursuivre ses échanges avec son homologue québécois sur ses demandes en matière d’immigration, mais il a rappelé que sa priorité était de s’assurer qu’il y avait assez de travailleurs au Québec pour combler le manque de main-d’œuvre.

De passage à Montréal, au terme d’une consultation d’un mois visant à séduire l’électorat québécois, M. Scheer a promis de «s’assurer que le Québec ait plus d’autonomie» en immigration. «M. Trudeau avait des mois pour faire quelque chose sur [l’immigration] et ce que je dis, c’est qu’en octobre, quand je vais m’asseoir avec M. Legault, nous arriverons à des actions, et pas juste des mots, et pas juste des rencontres par souci de tenir des rencontres», a-t-il expliqué aux journalistes.

François Legault s’inquiète du nombre d’immigrants qui n’apprennent pas le français ou qui quittent rapidement la province. Le premier ministre, élu le 1er octobre dernier, veut diminuer les seuils d’immigration pour s’attaquer à ces enjeux.

Enjeu délicat au Québec

L’immigration est un sujet sensible au Québec depuis 2017, dans le contexte de l’entrée de façon irrégulière dans la province d’une vague de migrants depuis les États-Unis. L’an dernier seulement, 18 518 sur 19 419 — ou 95 % — des interventions de la Gendarmerie royale canadienne pour des traversées irrégulières s’étaient produites au Québec.

Le Québec a la mainmise sur environ 70 % des immigrants qui s’installent dans la province chaque année. Ils appartiennent aux immigrants économiques. Les autres 30 % arrivent par l’entremise de la réunification familiale, ou en tant que réfugiés. Ces deux catégories sont sous contrôle fédéral.

M. Legault espère réduire de 20 % les immigrants dans toutes les catégories.

Politique

Les finances du parti de Maxime Bernier se portent très bien

OTTAWA — Les finances du plus récent parti politique national se portent très bien.

Le Parti populaire du Canada s’est officiellement enregistré auprès d’Élections Canada vendredi matin, ce qui lui permet de commencer à délivrer des reçus aux fins de l’impôt pour des dons.

Le parti a engrangé plus de 300 000 $ dans les heures qui ont suivi.

Le porte-parole du parti, Martin Masse, a déclaré que cela porterait la collecte de fonds à près d’un million de dollars depuis que Maxime Bernier a annoncé qu’il quittait les conservateurs pour créer son propre parti à la fin du mois d’août.

M. Masse estime que cela devrait faire taire ceux qui prétendent que le Parti populaire est l’affaire d’un seul homme avec très peu de soutien réel.

Le parti a obtenu en trois jours ce qu’il avait récolté en trois mois, a affirmé M. Masse.

Il a ajouté qu’il y avait indéniablement des gens qui attendaient de pouvoir obtenir des reçus à des fins fiscales avant de faire un don.

En 2019, le montant maximal des dons à un parti politique est de 1600 $, ce qui donne droit à un crédit d’impôt de 650 $.

Dons à signaler

Le parti de M. Bernier doit commencer à signaler ses dons à Élections Canada maintenant qu’il est enregistré, mais il peut utiliser les fonds recueillis auparavant. M. Bernier a déclaré qu’il aimerait récolter 3,5 millions $ avant les élections générales de cet automne.

Au cours des trois premiers trimestres de 2018, les conservateurs ont recueilli 17 millions $, selon Élections Canada. Les libéraux ont amassé 10,3 millions $ et les néo-démocrates, 3,2 millions $.

Bataille politique

M. Bernier s’est séparé des conservateurs au terme d’une bataille très publique avec le chef Andrew Scheer sur des questions de politique incluant la gestion de l’offre et les subventions gouvernementales aux entreprises. M. Bernier avait terminé tout juste derrière M. Scheer lors de la course à la direction du parti conservateur en 2017.

Le Parti populaire du Canada présentera ses trois premiers candidats lors d’élections partielles en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec.

Deux candidats sont officiellement nommés, mais le troisième, dans la circonscription montréalaise d’Outremont, attend toujours la confirmation de son employeur actuel qu’il pourra prendre congé.

Politique

Le premier ministre du Manitoba accuse Legault de faire du «marchandage politique»

WINNIPEG — Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a déclaré qu’une liste de revendications de son homologue québécois présentée au premier ministre Justin Trudeau la semaine dernière n’était rien de plus que du «marchandage politique».

Selon M. Pallister, si Justin Trudeau est disposé à examiner les propositions du premier ministre du Québec, François Legault, cela dénote un «manque total de respect» pour le reste du Canada.

M. Legault a rencontré M. Trudeau la semaine dernière et a présenté une liste de demandes comprenant 300 millions $ pour compenser les frais encourus par la province pour les demandeurs d’asile, une indemnisation pour les producteurs laitiers et davantage de contrôle sur la sélection des immigrants.

M. Legault a affirmé que, même s’il n’appuiera aucun parti en particulier aux élections fédérales, il espère que tous les partis répondront à ses demandes afin de séduire les électeurs du Québec.

«Faiseur de rois»

M. Pallister a soutenu que M. Legault se prend pour un «faiseur de rois», ajoutant que le Canada n’a pas besoin de rois.

Il a souligné l’opposition du Québec à l’oléoduc Énergie Est et ses restrictions en matière d’immigration et a affirmé qu’il ne voyait pas pourquoi ces prises de position devraient être récompensées par Ottawa.

«Le Québec a adopté des approches allant à l’encontre des intérêts du pays sur plusieurs enjeux», a déclaré M. Pallister au Parlement.

«Voir (le gouvernement du) Québec être amadoué par un parti politique fédéral de quelque allégeance que ce soit serait fondamentalement mauvais et contraire aux intérêts de notre pays dans son ensemble, et je dois donc parler contre cette approche et contre des politiciens fédéraux qui se prosternent devant ce genre de politique», a déclaré le premier ministre du Manitoba.

Le Québec devrait être un champ de bataille crucial dans la perspective des élections fédérales du 21 octobre.

Les libéraux de Justin Trudeau espèrent réaliser des gains dans la province pour contrebalancer des pertes anticipées ailleurs au pays. Ils voient un potentiel dans les circonscriptions rurales où le NPD a réussi à s’accrocher en 2015 alors que la soi-disant vague orange qui a balayé le Québec en 2011 s’est dissipée.

Les conservateurs espèrent tirer profit de la glissade du Bloc québécois. Ils ont également tissé des liens avec la Coalition avenir Québec de François Legault, un parti à tendance nationaliste.

Politique

Accidentés de la route âgés: la SAAQ veut modifier la loi

Réjean Bacon n’aura pas eu à faire de grève de la faim. La Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) s’est engagée lundi à «régler la situation» des accidentés de la route qui voient leurs revenus baisser de façon drastique après 65 ans.

À son arrivée au siège social de la SAAQ à Québec avec sa pancarte lundi matin, M. Bacon a été accueilli par trois employés de la direction de la société d’État. 

«On était bien au fait de la situation. On travaille déjà, conjointement avec le cabinet du ministre des Transports, pour trouver une formule pour régler cette situation-là», explique Mario Vaillancourt, porte-parole de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). 

À LIRE AUSSI: Vers une quatrième grève de la faim

Au Québec, les victimes d’un accident de la route reçoivent une indemnité de remplacement de revenu, qui représente 90 % du salaire gagné lorsqu’ils étaient capables de travailler. 

Mais cette indemnité est amputée de 25 % lors du 65e anniversaire de la personne, et ainsi de suite chaque année, jusqu’à ne plus être versée du tout à 68 ans. 

«Pendant que ces gens sont indemnisés par la SAAQ, ils ne paient pas de cotisation au Régime des rentes du Québec. Alors ils ont des montants en moins à l’âge de la retraite. Ce qu’on veut trouver, c’est une formule qui ne pénalisera pas ces gens-là», explique M. Vaillancourt. 

La solution n’est pas encore ficelée, mais M. Vaillancourt précise qu’il ne s’agit pas ici de verser des indemnités après 68 ans. La SAAQ a plutôt l’intention de faire en sorte que les accidentés de la route reçoivent une rente de retraite à peu près équivalente à celle qu’ils auraient reçu s’ils avaient continué à travailler. «On va proposer au gouvernement une modification à la loi. Le ministre (François Bonnardel) a une volonté ferme de régler ça.» 

M. Vaillancourt indique que ce n’est pas seulement la grève de la faim annoncée de M. Bacon qui a fait réagir la SAAQ. «Ça fait quand même plusieurs mois qu’on est sur le dossier. On avait fait le constat nous-mêmes de cette situation-là et oui, il y a des gens qui nous l’ont signalée.»

Comme un changement à la loi s’impose, il pourrait s’écouler plusieurs mois, voire des années, avant que la situation ne se règle. Mais M. Vaillancourt se fait rassurant. «S’il y a des compensations qui sont données, ce sera rétroactif, pour toutes les personnes concernées.»

Sur ses gardes

M. Bacon a accepté de retourner chez lui et de mettre fin à son moyen de pression après avoir obtenu ces explications. Mais il reste sur ses gardes et s’attend à être informé des développements. «Je leur ai dit que je gardais ma pancarte pas loin, c’est sûr.»

Le citoyen, un protestataire qui a déjà trois grèves de la faim à son actif, fait valoir que l’espérance de vie des Québécois a augmenté de 11 ans depuis la création du régime québécois d’assurance automobile il y a 40 ans, et que les règles sur l’âge devraient être modifiées. 

Celui qui fêtera ses 68 ans le 27 janvier peine à croire que la SAAQ lui versera de l’argent de façon rétroactive. «Quand ils m’ont dit ça, je suis tombé en bas de ma chaise. Je suis pas sûr de voir ces sous-là de mon vivant.»

Mais il laisse la chance au coureur. Depuis qu’il a raconté son histoire au Soleil, il dit avoir reçu de nombreux témoignages d’accidentés de la route qui sont dans le même bateau que lui. 

Politique

Mission à Paris: Legault promet des retombées tangibles et importantes

PARIS — François Legault s’engage à réussir là où d’autres ont échoué avant lui, en voulant stimuler la relation d’affaires entre le Québec et la France.

En mission à Paris depuis dimanche, le premier ministre du Québec ne s’est pas montré habité par le doute: les choses vont bientôt changer, a-t-il assuré lundi, car les échanges commerciaux entre les deux États, voire avec les autres pays d’Europe, vont connaître une croissance appréciable.

Des résultats tangibles seraient même visibles «dans les prochains mois», a prédit le premier ministre, qui s’est montré fort optimiste, lors d’une mêlée de presse, dans la cour intérieure du Sénat, peu après sa rencontre avec le président Emmanuel Macron, qu’il a décrit comme un «dealmaker».

Le ton est donné: M. Legault veut donner désormais à la relation France-Québec un accent plus économique que politique.

«Regardez bien les résultats: il va y avoir des augmentations importantes de nos exportations vers la France» et idéalement vers d’autres pays européens, a commenté M. Legault, réaffirmant sa détermination à miser sur la diversification des marchés, alors qu’on observe une montée certaine du protectionnisme aux États-Unis, de loin le principal marché des exportateurs québécois.

Actuellement, 70 pour cent des exportations québécoises prennent la route des États-Unis.

La valeur totale de nos exportations vers la France (sixième partenaire commercial du Québec) en une année, soit 1,6 milliard $, équivaut à celle atteinte avec les États-Unis en seulement trois jours.

M. Legault a donc donné à son ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, le mandat de doubler la valeur de nos exportations vers l’Hexagone dans les prochaines années, tout en faisant de la France un tremplin vers d’autres destinations européennes.

«Urgence d’agir»

Comme ses prédécesseurs, il a aussi prévu lorgner du côté de la Chine. M. Legault devrait, en principe, y diriger une mission dès cet automne. Mais la situation très tendue entre le Canada et la Chine pourrait toutefois refroidir ses ardeurs. Il va donc réévaluer la situation dans les prochains mois.

Quoi qu’il en soit, il y a, dit-il, «urgence d’agir» afin de diversifier nos marchés d’exportations.

M. Legault, qui a multiplié les rencontres ces derniers jours avec les dirigeants de certaines des plus grandes entreprises françaises dont L’Oréal, le géant des cosmétiques, et le Groupe Fleury Michon, du secteur agricole, est cependant demeuré vague sur de potentiels investissements à venir au Québec ou encore sur d’éventuels nouveaux débouchés pour les PME exportatrices du Québec.

Il y a «certaines industries, certaines entreprises, qu’on va inciter à travailler ensemble» des deux côtés de l’Atlantique, s’est contenté de dire M. Legault.

Le président français Emmanuel Macron n’a pas donné de point de presse aux médias québécois, mais il a fait une déclaration en marge de sa rencontre à l’Élysée avec le premier ministre Legault.

Il a souligné les liens historiques privilégiés entre la France et le Québec, et indiqué que la rencontre avait lieu le jour du 71e anniversaire du drapeau du Québec.

M. Macron a déclaré que le Québec et la France avaient des objectifs communs sur la scène internationale, dont la lutte aux changements climatiques et le développement de l’intelligence artificielle.

«Je suis le seul chef d’État en Amérique du Nord à représenter une majorité francophone et donc j’ai une responsabilité de protéger et de promouvoir le français», a déclaré alors le premier ministre Legault, de son côté, à son deuxième jour de mission à Paris.

Il a ajouté que le Québec avait besoin de la France pour mener à bien cette tâche de promouvoir le français.

Le premier ministre Legault avait aussi rencontré plus tôt son homologue français Édouard Philippe, et a pu s’entretenir avec le président du Sénat et celui de l’Assemblée nationale, le tout entouré à chaque étape de tout le faste et le protocole réservés aux dignitaires de haut rang.

Mardi, adoptant une approche toujours centrée sur l’économie d’abord, M. Legault se rend à la Bourse de Paris, où 350 gens d’affaires convergeront pour participer à un dîner-conférence, au cours duquel il va vanter les mérites du Québec comme place d’affaires.

Politique

Des experts veulent resserrer les règles après la fuite d’un accusé saoudien

HALIFAX — Mohammed Zuraibi Alzoabi espérait peut-être disparaître discrètement de son procès pour agression sexuelle qu’il devait subir au Cap-Breton, mais il a au contraire soulevé un débat à l’échelle nationale.

Dans la foulée de la fuite du Saoudien de 28 ans, des experts et des militants pour les droits des victimes de crimes sexuels réclament un resserrement des règles pour éviter qu’un tel incident se reproduise.

Ils demandent également à Ottawa d’enquêter officiellement sur le rôle que pourrait avoir joué l’ambassade saoudienne dans sa disparition, qui ne serait apparemment pas le premier cas du genre.

On en sait peu sur les déplacements d’Alzoabi. Une note d’un shérif datant du 8 décembre disait cependant, en citant l’avocat de l’homme, «qu’il avait fui le pays il y a quelque temps».

Mais comment est-il disparu? La police avait saisi le passeport de l’ancien étudiant de l’Université du Cap-Breton pour s’assurer qu’il reste au pays pour son procès au mois de janvier.

Lee Cohen, l’un des avocats en droit de l’immigration les plus expérimentés de Halifax, estime que le scénario le plus probable est que l’individu se soit procuré des documents de voyage à son ambassade.

Il est aussi possible qu’il ait obtenu de faux documents, mais ceux-ci sont difficiles à trouver, a indiqué Me Cohen.

L’ambassade ne répond pas aux courriels ou aux appels pour commenter le dossier. Mais le bureau du procureur de la Couronne indique clairement qu’elle s’était déjà impliquée dans l’affaire Alzoabi.

Selon les procureurs, l’ambassade a payé la caution de 37 500 $ de M. Alzoabi l’an dernier. Il est accusé d’agression sexuelle, de harcèlement criminel, de voies de fait et de séquestration d’une femme - des incidents qui seraient survenus entre le 1er août 2015 et le 26 mars 2017.

Il fait aussi face à des accusations de conduite dangereuse et de voies de fait à l’aide d’une voiture pour des incidents qui se seraient produits en décembre 2015 et qui impliqueraient un homme du Cap-Breton. Alzoabi s’était aussi vu imposer 36 amendes différentes pour diverses infractions pour des véhicules à moteur.

Coup dur pour les victimes

Helen Morrison, directrice principale de la maison de transition du Cap-Breton, estime que la fuite de l’homme est frustrante pour les victimes d’agression sexuelle.

«On devrait l’examiner. C’est l’exemple d’une victime qui se fait laisser tomber. Cette victime a dénoncé, ce qui est difficile à faire, a-t-elle souligné en entrevue. Le message que vous envoyez aux victimes, c’est que si vous êtes assez puissants et que vous avez assez d’argent, vous pouvez fuir et vous pouvez vous en sortir avec des crimes très graves.»

Peter Edelmann, un avocat en droit de l’immigration de la Colombie-Britannique, croit que ce dossier aura des répercussions sur les prochaines libérations sous caution de Saoudiens.

«Je note que si l’ambassade saoudienne (ou toute autre) ambassade développe une habitude de fournir des documents de voyage à des individus dont le passeport a été confisqué par un tribunal, le passeport d’individus de ces pays seront un indicateur de moins en moins important pour le tribunal», a-t-il remarqué dans un courriel.

«Cette stratégie d’affaiblir les tribunaux par une ambassade pourrait se retourner contre elle en amenant le tribunal à imposer des conditions plus strictes ou à ne pas libérer des individus de ces pays si la confiscation d’un passeport n’a pas d’importance.»

Robert Currie, un professeur de droit à l’Université Dalhousie à Halifax, estime que si l’intervention des Saoudiens s’avère, cela constituerait une «violation flagrante» de la souveraineté du Canada.

C’est la deuxième fois que M. Currie est appelé à commenter un cas semblable dans les 11 dernières années.

Plusieurs autres cas

En janvier 2007, un ressortissant saoudien accusé d’avoir agressé sexuellement deux jeunes s’est enfui du Canada et est rentré dans son pays d’origine, soulevant des questions sur la façon dont il est parti sans son passeport.

La Presse canadienne avait déclaré à l’époque que Taher Ali Al-Saba, âgé de 19 ans, devait comparaître devant la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse ce mois-là. Il ne s’était toutefois pas présenté après avoir été porté disparu en août.

La police avait contacté l’ambassade saoudienne à Ottawa et avait été informée que M. Al-Saba serait retourné dans son pays, probablement en août.

Il faisait face à deux chefs d’agression sexuelle et un chef de contacts sexuels impliquant une personne de moins de 14 ans. Les plaignants, un garçon et une fille, appartenaient à la même famille.

Il y a aussi eu des cas aux États-Unis.

Selon le site «The Oregonian», Abdulrahman Sameer Noorah, un étudiant d’un collège de Portland, en Oregon, s’était apparemment échappé pendant sa libération sous caution alors qu’il devait répondre à une accusation de délit de fuite mortel.

Le site de nouvelles dit avoir trouvé au moins cinq autres cas de Saoudiens qui ont fui le pays avant de faire face à la justice ou de compléter leur peine de prison. Parmi ces cas, on retrouve deux présumés agresseurs sexuels, deux autres soupçonnés d’avoir fait des délits de fuite et un homme accusé d’avoir eu de la pornographie juvénile sur son ordinateur.

Selon M. Currie, le gouvernement canadien et les tribunaux doivent agir pour éviter que d’autres incidents du genre ne se reproduisent.

À tout le moins, le Canada devrait faire enquête et protester auprès de l’Arabie Saoudite si elle a joué un rôle dans l’affaire, a-t-il plaidé.

On ne sait pas encore si Ottawa prévoit intervenir, et dans un tel cas, quels sont ses plans.

Cette semaine, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a simplement indiqué que les autorités «examinaient» l’affaire.

Plus de contrôle à la frontière?

Les contrôles existants à la frontière pour empêcher des accusés de fuir varient, selon les informations qu’a reçues l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), selon M. Edelmann.

Il dit avoir entendu parler de cas où la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et l’ASFC avaient été informés et avaient arrêté des gens qui tentaient de fuir.

Un porte-parole de l’ASFC, Allan Donovan, n’a pas voulu dire si l’organisation savait qu’Alzoabi avait fui, selon les manifestes des passagers sur les vols.

M. Donovan a toutefois indiqué dans un courriel qu’avec l’application du projet de loi C-21, le Canada aura l’autorité de collecter des informations biographiques sur tous les passagers qui quittent le pays.

Des règlements sont en train d’être élaborés pour la mise en œuvre de la loi. Cela permettra aux agents de l’ASFC d’obtenir un manifeste électronique des passagers.

Jusqu’à maintenant, l’agence dit qu’elle ne «collecte pas systématiquement des informations» des gens qui sont dans des avions à destination à l’extérieur du pays.

Richard Kurland, un avocat de Vancouver, croit qu’il s’agit seulement d’une question de bon sens et que les autorités auraient pu remarquer le départ d’Alzoabi.

«Les documents de voyage d’une ambassade ne sont pas un passeport «régulier», alors le transporteur aérien peut demander à un agent de l’ASFC de vérifier les documents», a-t-il écrit dans un courriel.

«L’agent de l’ASFC regarde l’ordinateur et bingo! La personne est prise en flagrant délit, dans la zone des départs, en train d’enfreindre des conditions de libération», a-t-il ajouté.