La policière Caroline Garand travaille essentiellement dans les écoles de Granby. La prévention et la sensibilisation sont au cœur de ses interventions.

Policiers en milieu scolaire: la bonne mesure au bon moment

Les policiers de Granby sont de plus en plus présents dans les écoles du territoire. Leur travail ne se limite pas à intervenir lorsqu’un crime est commis. Leur mandat est d’agir en prévention en sensibilisant les jeunes, du primaire au cégep, sur une multitude de sujets, de la sécurité routière en passant par la cybercriminalité ou l’intimation, par exemple. La Voix de l’Est vous propose un survol de leur travail dans les écoles, et ce, à tous les niveaux.

Choisir la bonne mesure au bon moment est primordial pour les intervenants et policiers qui travaillent auprès de la clientèle jeunesse. 

« C’est important. Ce n’est pas vrai que la police doit toujours arriver au premier niveau d’intervention. Les intervenants travaillent très bien, mais il y a des situations où ils ont besoin d’un levier supplémentaire et c’est là qu’on intervient », résume la policière Caroline Garand. 

Son collègue Marc Farand et elle sont les deux principaux agents du Service de police de Granby à travailler dans les écoles depuis près de dix ans. Ces années d’expérience leur ont permis de développer une expertise. « Quand ils ont une demande particulière ou qu’ils vivent des problématiques, on leur demande de nous appeler et on essaie d’offrir un service plus pointu », explique Mme Garand. 

À l’école secondaire J.-H.-Leclerc par exemple, les membres de la direction et des intervenants rencontrent la policière pour discuter du plan de match qui sera déployé durant l’année scolaire, notamment en matière de prévention de la cybercriminalité, de la violence conjugale, de la pornographie juvénile ou de l’intimidation.

Cette rencontre est également une occasion pour le personnel de l’école d’être mis au parfum de ce qui s’est produit durant la saison estivale dans les groupes de jeunes. « Caroline nous amène le pouls de ce qui s’est passé avec notre jeunesse. Par exemple, tel gang, ça a brassé, cette année, ça va être chaud avec lui. On est ensuite capables de réorienter certaines choses », explique Christian Lacourse, directeur de l’école
J.-H.-Leclerc.

Une microsociété 

La polyvalente qui accueille 1500 étudiants est une microsociété où des crimes sont parfois commis. Les policiers sont notamment appelés à intervenir pour des histoires de pornographie juvénile, de menaces sur les réseaux sociaux, de voies de fait, de harcèlement ou de vente de stupéfiants.

« On parle du Code criminel. Il y a donc une ou des victimes, des suspects et des témoins. On est aussi là pour l’application de la réglementation municipale et du Code de la sécurité routière aux abords de l’école », énumère Caroline Garand.

Les agents sont aussi sollicités lorsqu’un crime est commis et que la victime a besoin d’aide. Ce fut entre autres le cas lorsqu’une jeune fille a été victime de violence conjugale pendant une pause du dîner, ou lorsqu’une autre adolescente a été agressée sexuellement. 

« Quand on appelle Caroline, elle vient nous donner un coup de main. Sa présence calme, rassure. Elle explique ce que la victime peut faire, quelles sont les étapes. Caroline porte son uniforme de policière, mais la jeune ne voit pas ça. On voit au-delà de l’uniforme », mentionne Chantal Doyon, intervenante en toxicomanie à la polyvalente. 

Intervenir en amont

Le mandat des policiers est aussi d’intervenir en amont dans le but de prévenir la perpétration d’un crime. Des rencontres individuelles avec des jeunes dont les agissements pourraient devenir de nature criminelle sont parfois organisées et entraînent d’excellents résultats. 

« Il peut survenir une situation impliquant deux étudiants et il n’y a pas nécessairement de crime, mais ça s’en va vers ça. L’école tente des choses, mais elle a aussi des limites. Finalement, ça prend de l’ampleur. On rencontre ces jeunes-là pour leur expliquer que ce qu’ils font s’en va vers un crime, que la loi va s’appliquer bientôt s’ils continuent. On leur demande si on peut avoir leur collaboration, et dans 95 % des cas, les jeunes répondent bien », explique l’agente Garand. 

Dans le cas contraire, si la situation s’envenime, les policiers auront déjà certains éléments en main pour les aider dans leur travail en application de la loi. 

De meilleures interventions

Les policiers en milieu scolaire forment également leurs confrères patrouilleurs pour les aider dans leur intervention auprès des jeunes. 

« L’approche développée par nos préventionnistes contamine positivement les patrouilleurs, qui vont prendre plus d’informations pour faire une meilleure intervention, observe M. Lacourse. Je me souviens d’une situation où un jeune avec un trouble de l’autisme s’était complètement désorganisé et les intervenants n’en venaient pas à bout. On a appelé le 911 et les deux patrouilleurs l’ont encadré, ils l’ont accompagné à travers sa crise jusqu’à le ramener à la maison. C’est quelque chose de particulier. »

Le Service de police de Granby a l’intention de poursuivre son partenariat avec les établissements scolaires locaux et de s’impliquer à différents niveaux. « C’est aussi la volonté des écoles qu’on soit présent, note la policière. On ne s’impose pas. Quand on sent qu’il y a des besoins, on est heureux de travailler en collaboration. »

Une pratique du Plan de réponse pour des établissements sécuritaires (PRÉS) est organisée chaque année par les policiers de Granby dans chacun des 22 établissements d’enseignement du territoire. La Voix de l’Est a assisté à un exercice du côté de l’école primaire de l’Assomption cette semaine.

SE PRÉPARER AU PIRE SCÉNARIO

Être préparé au pire scénario. Voilà l’essentiel du Plan de réponse pour des établissements sécuritaires (PRÉS) auquel s’exercent les étudiants et membres du personnel des écoles de Granby à cette période-ci de l’année. 

Les policiers en milieu scolaire, Caroline Garand et Marc Farand, ont convié La Voix de l’Est à l’école primaire de l’Assomption cette semaine. L’établissement accueille quotidiennement plus de 400 élèves et une quarantaine de membres du personnel.

Chaque année depuis cinq ans, une pratique est organisée dans chacun des 22 établissements d’enseignement du territoire. Après une rencontre avec la directrice de l’école de l’Assomption, Hélène Deslandes, la pratique débute. « On fait toujours des scénarios pour permettre aux membres du personnel de développer des réflexes, explique l’agente Garand. Le but n’est pas de piéger personne. »

Cette fois-ci, les membres du personnel apprennent qu’un homme armé d’un fusil de chasse vient de sortir de sa voiture garée devant l’école, un scénario fictif pendant lequel on demande aux employés de mettre en application les notions qui leur ont été enseignées. 

Un code « bleu » avisant la présence d’une personne armée à l’école est aussitôt lancé dans l’établissement et les policiers sont alertés. Après quelques bruits de déplacements des enfants et du mobilier dans les classes, le silence règne. On a l’impression que l’endroit est vide. « Tu ressens tout le sérieux de la démarche », décrit Mme Deslandes, qui estime que ces pratiques préparent bien les membres du personnel. 

Les enseignants ont pris soin de s’assurer qu’aucun élève n’était dans les corridors avant de verrouiller la porte de leur local, puis les enfants se sont regroupés dans le coin de leur classe, à l’abri des regards. Les fenêtres des classes sont aussi placardées. « Tout le monde est bien caché. J’ai un seul local où la porte a été mal verrouillée », observe le policier Farand.

Une enfant qui se trouvait aux toilettes quand l’alerte a été lancée a également suivi les consignes à la lettre en se cachant en silence pendant toute la durée de l’exercice. 

Les policiers se sont assurés que tout s’était déroulé selon les règles du PRÉS, un programme adopté à la suite de la mort d’une étudiante du Collège Dawson, en 2006. Le tireur, Kimveer Gill, avait aussi blessé 17 personnes. Le manuel dicte en quelque sorte la procédure à suivre si une telle situation survient. « C’est la meilleure façon qu’on a pour se protéger le temps que les policiers arrivent », assure Caroline Garand. 

Mis à part le son des interphones qui n’était pas optimal dans les toilettes de l’école, l’exercice a été un succès. « Chaque fois, il y a des petits ajouts qu’on apporte, qu’on propose à la direction de l’école, des petites choses à corriger », explique l’agente Garand, visiblement satisfaite du déroulement de la pratique. Karine Blanchard

Le projet "Assume!" sera retour à l’école secondaire J.-H. Leclerc de Granby, ont annoncé Alexandra Langlois, Christian Lacourse, Chantal Doyon, Claire Bergeron et Caroline Garand. Quatre autres écoles de la commission scolaires du Val-des-Cerfs ont d'ailleurs décidé d’embarquer dans le projet.

LA PRÉVENTION AU COEUR DE LEUR MANDAT

La prévention et la sensibilisation des jeunes constituent la pierre angulaire du mandat des policiers qui travaillent en milieu scolaire. Ils mettent en place différents programmes, en collaboration avec les directions des écoles, et parfois même, les étudiants. 

Le projet «Assume!», qui sera de retour pour une deuxième année à l’école secondaire J.-H.-Leclerc de Granby, est un exemple concret d’un programme impliquant plusieurs partenaires et à travers lequel la prévention est faite par et pour les jeunes. Le rayonnement du projet a été si positif que les écoles Wilfrid-Léger de Waterloo, l’Envolée, le Verbe Divin et le Mont-Sacré-Cœur de Granby y participeront pour la première fois cette année. 

« C’est un projet qui a été repris par la commission scolaire (du Val-des-Cerfs). Le travail qui a été fait touche toutes les écoles, même celles du côté privé. On va au-delà des frontières », se réjouit Christian Lacourse, directeur de l’école secondaire
J.-H.-Leclerc. 

Le projet fait appel à la créativité débordante des étudiants en quatrième et cinquième secondaire. Il consiste à créer et concevoir des slogans, des publicités ou des vidéos autour de thèmes qui touchent la sécurité routière : la conduite avec les capacités affaiblies par la drogue ou l’alcool, la vitesse, les textos et la fatigue au volant. L’accent sera d’ailleurs mis sur les conséquences de conduire après avoir consommé du cannabis, explique Caroline Garand, policière en milieu scolaire et préventionniste au Service de police de Granby. 

« On va les informer et leur donner le bagage nécessaire pour qu’ils puissent construire quelque chose », dit-elle.

Plus de 600 élèves seront, dès le mois de janvier, invités à se mettre au travail. Des informations leur seront transmises pour bien les outiller dans leur démarche qui se terminera au printemps. Le projet, qui sera réalisé et noté dans le cadre de leur cours d’éthique, de culture religieuse et d’éducation financière, implique plusieurs enseignants et intervenants. 

D’ailleurs, « il y a eu un engagement des professeurs en arts pour finaliser les projets, parce que les slogans sont aussi importants que les dessins », indique Chantal Doyon, intervenante en toxicomanie à l’école secondaire J.-H.-Leclerc.

Les projets seront ensuite soumis au vote des étudiants. Les grands gagnants verront le fruit de leur travail exposé ou diffusé sur les babillards et les sites web de l’école et de la commission scolaire. Le premier projet «Assume!» a été un franc succès, il y a deux ans. Des idées plus originales les unes que les autres ont été réalisées. « Il faut faire confiance à nos jeunes. Ils sont créatifs ! Ils ont plein de choses à dire et on leur laisse la place », dit la policière. 

La formule du projet, qui impose peu de limites, a beaucoup interpellé les jeunes, constate M. Lacourse. « “Assume!”, c’est dans une globalité de ce que tu as à assumer. Avec ce titre-là, ça nous permet de ratisser assez large. Quand c’est trop pointu, les jeunes embarquent moins. Quand ils ont plusieurs thématiques, c’est plus intéressant. » Karine Blanchard