De nombreux pays ont décidé de mettre l’accent sur l’autonomie des personnes âgés dans leur système de santé. Le Québec tire toutefois de la patte selon la Dre Nicole Dubuc du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie.
De nombreux pays ont décidé de mettre l’accent sur l’autonomie des personnes âgés dans leur système de santé. Le Québec tire toutefois de la patte selon la Dre Nicole Dubuc du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie.

Plus autonome, plus longtemps

Et si la perte d’autonomie des personnes âgées était en partie due au système de santé ? Une personne âgée qui conserve son autonomie pourra assurément rester plus longtemps chez elle. Or l’approche du Québec ne va pas vraiment en ce sens selon Dre Nicole Dubuc, chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie.

« On a des soins que j’appellerais de compensation, indique Dre Dubuc. Aussitôt que la personne a un problème, on va lui donner un service, mais on ne tente pas de maintenir l’autonomie des gens. On n’a pas assez de service de réadaptation. »

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En avant avec les Maisons des aînés

« En Australie ou en Angleterre, par exemple, ils ont une approche basée sur l’autonomie, explique celle qui enseigne à l’école des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke. Donc avant de donner un bain on va voir ce qu’on peut faire pour que la personne puisse continuer à se laver par elle-même. »

Les séjours à l’hôpital sont généralement synonymes de perte d’autonomie pour les personnes âgées. Les longues hospitalisations peuvent même avoir des effets catastrophiques.

« C’est automatique en Australie ou en Angleterre, les personnes vont avoir obligatoirement une période de 'restorative care'. On va travailler fort pour que chaque fois qu’une personne a un séjour hospitalier, qu’elle retrouve son potentiel d’autonomie lorsqu’elle retournera à domicile. »

L’aide au Québec arrive tout simplement trop tard, selon Dre Dubuc.

« Il faut avoir déjà plusieurs problèmes avant d’avoir droit aux services de soutien à domicile, explique-t-elle. Sinon ce sont les entreprises d’économie sociale ou les organismes communautaires qui sont sous-financés. »

Les résidences privées pour personnes âgées, même celles pour les gens autonomes, contribuent aussi au problème selon Dre Dubuc.

« C’est perçu, avec l’aide de la publicité, comme un environnement très positif, mais ce qu’on ne dit pas aux gens c’est que moins vous allez en faire, plus vous allez perdre vos capacités dans le futur. »

Vision hospitalo-centrique

Comment expliquer alors que le Québec tire de la patte en matière d’autonomie ? Nicole Dubuc a sa petite idée.

« On a passé notre temps à faire des réformes au Québec, analyse-t-elle. Nos gestionnaires passent leur temps à s’occuper des réformes de structure et pendant ce temps on ne fait pas les changements de vision qui seraient importants. J’ai l’impression que c’est sournois ce qui s’est passé au Québec. Les aînés d’ici ne sont pas différents des aînées d’ailleurs. La majorité des gens voudrait qu’on les aide à maintenir leur autonomie. »

Dre Dubuc estime qu’un changement de mentalité aussi important que celui qu’elle propose pourrait prendre une vingtaine d’années avant d’être bien implanté.

« Il y a 20 ans, je pense qu’on n’avait pas plus de résidences privées qu’on avait de CHSLD alors que maintenant, on en a quatre fois plus. On a laissé pousser ça et on n’a pas travaillé sur la prévention et le vieillissement actif. On a une vision hospitalo-centrique. »