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«Le froid est secondaire. C’est l’état qui est important. Dans l’eau, on habite notre corps à 100%», dit Patrick Colle, adepte des bains glacés.
«Le froid est secondaire. C’est l’état qui est important. Dans l’eau, on habite notre corps à 100%», dit Patrick Colle, adepte des bains glacés.

Plongeon à l’intérieur de soi

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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Immergé dans la rivière glacée jusqu’au cou, plus rien ne peut atteindre Patrick Colle. S’adonnant à des douches froides et à des bains dans les cours d’eau gelés depuis quelques années, ce dernier trouve en cette pratique, de plus en plus répandue, d’immenses bienfaits, autant pour le corps que l’esprit.

Dans l’eau glacée, le dos est droit, la respiration est profonde, tout le corps est éveillé, « groundé ». L’esprit est concentré, tourné vers l’intérieur. Dans l’eau froide, n’existe que le moment présent.

« L’eau froide fait partie de ma démarche globale d’exister », lance d’entrée de jeu Patrick Colle. La réaction, la peur, la perception et l’idée même du froid sont plus problématiques que l’expérience du froid en soi, explique le résident de Bromont.

À condition, bien sûr, d’y aller graduellement, d’écouter son corps et ses limites, et d’être bien préparé.

« Le froid est secondaire. C’est l’état qui est important. Dans l’eau, on habite notre corps à 100 %. Tu es là, c’est concret. Pour moi, cette capacité à faire face à l’adversité est transposable dans toutes les sphères de ma vie. »

Le froid, petit à petit

Patrick Colle, à force de pratique, en est venu à apprécier la sensation du froid, voire à la rechercher. Tous les matins ou presque, il sort du lit et se jette sous l’eau froide de sa douche. « Le corps aura le réflexe de se crisper, de se protéger. C’est un combat interne. Mais quand tu es dans l’eau, pas le choix de gérer ce qui se passe. Si on prend le temps de s’arrêter, de respirer, l’état d’ouverture s’installe. »

Mais attention, malgré ses bienfaits, cette activité « intense » comporte des dangers évidents si elle est exécutée à la légère, si les gens la font seuls, et s’ils n’écoutent pas leurs limites. Hypothermie, évanouissement, engelures : les dangers du froid sont bien connus. Ainsi, Patrick conseille aux curieux de d’abord s’informer et de suivre une formation, notamment les cours et tutoriels de la méthode Wim Hof, surnommé « l’homme de glace » et grand spécialiste international des bains glacés.

« L’eau froide fait partie de ma démarche globale d’exister », lance d’entrée de jeu Patrick Colle. La réaction, la peur, la perception et l’idée même du froid sont plus problématiques que l’expérience du froid en soi, explique le résident de Bromont.

D’abord, Patrick recommande de débuter sous la douche avec, par exemple, trente secondes d’eau froide, puis d’augmenter le temps de façon graduelle, pour habituer le corps.

Ne se jette pas dans la rivière glacée qui veut. Une préparation et un apprentissage sont nécessaires. Normalement, Patrick Colle rejoint quelques amis, ils s’échauffent et font des techniques de respiration, puis s’immergent dans quelques cours d’eau de la région, pour ensuite se partager une bonne soupe chaude et discuter au coin d’un feu de bois. Pandémie oblige, ces sorties sont aujourd’hui mises sur pause. Un groupe Facebook a d’ailleurs été mis sur pied pour les adeptes de la région de Sutton, de plus en plus nombreux, « Froid et Joie ! Sutton ».

« Quand on sort de l’eau, il faut être bien préparé, car il y a du vent, et on perd de la motricité pour s’habiller, conduire. Il faut des bottes, des mitaines faciles à mettre, etc. Et faire des techniques de respiration, mettre toute notre attention sur le réchauffement de notre corps. »

Un inconfort pour un confort

S’ils sont bien faits, en suivant les limites de chacun, les bains froids ont des vertus thérapeutiques indéniables. « C’est choisir de faire une expérience désagréable, tout en sachant qu’elle m’apporte du bien. C’est comme l’inverse de la junk food. »

Non seulement l’eau glacée aide à faire circuler le sang, à conserver la fermeté de la peau et à détendre les muscles, mais elle a aussi des bienfaits sur l’anxiété et la dépression.

Par exemple, pour Patrick, savoir qu’il est capable d’affronter cette épreuve lui donne des munitions contre l’anxiété. « Pour moi, le stress est dans la projection. Même si j’ai des doutes, des inquiétudes, je sais que je pourrai y faire face. Si je peux me jeter dans une rivière l’hiver, alors je peux tout affronter. Ça donne du courage. »

D’ailleurs, nombre d’athlètes ajoutent l’immersion dans l’eau froide dans leur programme d’entraînement ou de compétition.

Pour Patrick, l’avantage d’être dehors, dans un lac ou une rivière à faible débit, c’est le contact avec la nature. C’est presque une fusion, image Patrick, qui crée des moments intenses et marquants. « Une fois, je me rappelle, je suis allé dans la rivière, avec la pleine lune qui reflétait dans l’eau. J’étais totalement dans le moment présent. Ça crée des empreintes, ça laisse des traces. »

Patrick, qui est aussi conteur, laveur de vitres, artiste et autodidacte, peine à trouver les mots exacts pour décrire ce « déclic » qu’apporte l’immersion du corps dans l’eau froide, cet apprentissage de l’adversité. « C’est, véritablement, réussir à passer au travers de quelque chose. »

Certains cours d’eau de la région étant privés, et certains autres interdits à la baignade, il importe de s’informer sur les règles en vigueur avant de tenter l’expérience.