Tracy Wing est toujours en quête de réponses à la suite de la mort de son fils Riley. L’adolescent de 17 ans a été abattu par la police le 25 juillet à Lac-Brome.

Plainte de la famille de Riley Fairholm: « Il y a eu un manque d'enquête »

Les parents de Riley Fairholm, cet adolescent de 17 ans décédé sous les balles des policiers, à Lac-Brome, le 25 juillet dernier, poursuivent leur combat pour obtenir des réponses à leurs questions. En plus d’avoir déposé une plainte en déontologie policière, Tracy Wing et Lawrence Fairholm avaient aussi porté plainte au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. S’ils attendent toujours une réponse à la première, la deuxième a été traitée rapidement et le CIUSSS apportera des correctifs.

Mme Wing et M. Fairholm auraient aimé être reçus avec plus d’empathie et de considération compte tenu du drame qui se jouait et qu’on leur offre une aide psychosociale rapidement. Dans sa décision, la commissaire adjointe aux plaintes et à la qualité des services du CIUSSS, Émilie Guévin, fait des recommandations pour l’amélioration du support aux patients et à leur famille.

À LIRE AUSSI: Les parents de Riley Fairholm déposent une plainte en déontologie

Mme Wing déplore ne pas avoir reçu d’information sur les ressources qui existaient pour elle et son ex-conjoint, comme le Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), et qu’on ne lui ait pas proposé de parler à un intervenant spécialisé.

Le service social de l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins n’est effectif que du lundi au vendredi, de 8 h à 16 h. Or, un projet est sur la table. « Il n’y a pas de garde psychosociale 24/7 où un intervenant peut se déplacer à tout moment pour supporter une famille vivant une situation traumatique, peut-on lire dans la conclusion de l’analyse de la plainte, dont nous avons obtenu copie. J’ai [NDLR : Émilie Guévin] discuté avec la coordonnatrice du réseau territorial des services psychosociaux généraux et professionnels GMF et elle m’a affirmé qu’il s’agit d’un dossier prioritaire et que l’objectif est que ce soit implanté au printemps 2019. À partir de ce moment, les familles et les usagers vivant des situations traumatiques pourront bénéficier du support d’un intervenant qualifié qui sera en mesure de se déplacer et de les rencontrer. »

Nouveau service

Le service de garde psychosociale sera en place dans le Réseau local de services de la Pommeraie au printemps, confirme la conseillère en communications du CIUSSS, Julie Constantineau.

« Il existe actuellement un service de consultation psychosociale, disponible 24 heures par jour, 7 jours par semaine auquel la population a déjà accès en composant le 811, option 2, explique Mme Constantineau par courriel. De l’aide et des conseils y sont fournis par téléphone par un intervenant qualifié. Un service de garde psychosociale, c’est-à-dire une équipe d’intervenants pouvant se déplacer pour offrir des services dans le milieu lorsque les gens vivent une situation de crise, s’y ajoutera dès le printemps 2019. Ce filet de sécurité supplémentaire s’adressera à toute la population pour des situations de crise nécessitant une intervention immédiate. » Elle donne en exemple une crise suicidaire, une crise familiale, un décès ou de la détresse psychologique.

Il faudra composer le même numéro pour bénéficier de ce nouveau service, soit le 811, suivi de l’option 2.


« J’ai trouvé qu’il y avait eu un manque d’enquête. »
La mère de Riley Fairholm, Tracy Wing

La commissaire adjointe recommande également que le cartable contenant les différentes ressources disponibles soit mis à jour, ce qui n’était pas le cas lors de l’étude de la plainte déposée par Mme Wing et M. Fairholm. Ce cartable permet au personnel de l’urgence d’avoir accès rapidement aux références pertinentes pouvant être transmises aux usagers et à leurs proches. Elle rappelle également que le personnel doit transmettre ces informations.

Insatisfaction

Malgré ces conclusions, la mère de Riley Fairholm, Tracy Wing, reproche à la commissaire adjointe de ne pas avoir contacté les personnes impliquées pendant son analyse. Ni les parents de Riley ni le personnel de l’hôpital étant intervenu n’ont été contactés.

« Elle m’a envoyé la décision et on s’est parlé après, explique celle qui est aussi première répondante à Lac-Brome depuis 15 ans. J’ai trouvé qu’il y avait eu un manque d’enquête. »

Le père de Riley reproche par ailleurs qu’on n’ait pu lui parler en anglais la nuit du drame. L’agente de liaison de la Sûreté du Québec ne parlait que français et ses propos ont dû être traduits par la réceptionniste. La commissaire adjointe n’en touche pas mot dans sa lettre envoyée aux plaignants.

« Je ne suis pas satisfaite de la gestion de l’agente de liaison, confie Mme Wing. Ce n’est pas une employée de l’hôpital. Sauf qu’elle est fixe à l’hôpital. »

Tracy Wing n’écarte pas la possibilité de se prévaloir de son droit de recours auprès du Protecteur du citoyen.

Quant à la réponse obtenue du médecin examinateur en ce qui concerne le volet médical de la tragédie qui a touché la famille, elle en est toutefois satisfaite. « Il m’a téléphoné quand il a reçu la plainte, il a posé des questions, il nous a rappelés plus tard et m’a expliqué quelle était sa décision. J’ai beaucoup apprécié. »

Rappelons que le 25 juillet 2018, un appel a été logé au 911 en début de nuit pour signaler la présence d’un homme armé dans un lieu public. Les policiers dépêchés dans le secteur l’ont localisé dans le stationnement d’un ancien restaurant, à l’intersection de la rue Victoria et du chemin Knowlton.

L’adolescent aurait alors tenu une arme de poing. Celle-ci a été retrouvée à l’endroit même où il a été abattu. Les policiers auraient tenté de discuter avec lui en utilisant un haut-parleur, mais il serait devenu menaçant envers eux. Les agents ont fait feu et l’ont atteint mortellement.

Serrer son fils une dernière fois

Aujourd’hui, la peine n’est plus omniprésente, elle a fait place à l’incompréhension et à une certaine colère. Tracy Wing raconte la nuit du 25 juillet avec un certain recul, mais quand vient le temps de parler de la dépouille de son fils, les émotions remontent.

Lorsqu’elle a su qu’il était arrivé quelque chose à Riley, elle a tout de suite pensé qu’il s’était jeté devant une voiture. Mais elle savait qu’il était décédé, ayant vu un collègue des premiers répondants de Lac-Brome faire des manœuvres de réanimation cardiorespiratoires.

Un élément qui la peine et la choque toujours beaucoup est l’accessibilité au corps de son fils. « J’ai voulu savoir pourquoi je n’ai pas pu voir Riley. [Le médecin examinateur] m’a répondu que c’est la police qui a dit au médecin que je n’avais pas le droit. Le coroner avait même dit au médecin que j’avais le droit de le voir. C’est la police qui était responsable de l’hôpital, et non le staff », croit-elle.

« J’aurais aimé pouvoir le prendre dans mes bras pendant qu’il était chaud. Je l’ai embrassé quatre jours après, ajoute Mme Wing, la gorge nouée par l’émotion. Ça n’aurait pas nui à l’enquête. C’est un abus de pouvoir. »

Les lettres du médecin examinateur et de la commissaire adjointe aux plaintes et à la qualité des services ont été envoyées au commissaire à la déontologie policière pour qu’elles s’ajoutent aux documents de la plainte qui est à l’étude encore aujourd’hui.