À son chevet aussi souvent qu’il le peut, Daniel Rousseau dit constater certains «manques» dans les soins prodigués à sa femme, hospitalisée au Centre hospitalier de Granby.

Plaidoyer pour plus d’humanité

À son chevet aussi souvent qu’il le peut, Daniel Rousseau dit constater certains « manques » dans les soins prodigués à sa femme, hospitalisée depuis deux semaines au Centre hospitalier de Granby (CHG). Il réclame un traitement plus humain et plus de ressources auprès des patients.

Le 29 mai dernier, l’épouse du sexagénaire s’est fait opérer pour une masse au cerveau à l’hôpital de Sherbrooke. Malheureusement, la dame a subi un arrêt cardiovasculaire durant l’intervention.

Depuis, elle est paralysée du côté droit du corps. Relocalisée au CHG il y a environ deux semaines, elle est sensée y rester jusqu’à son transfert dans un CHSLD, à une date pour le moment indéterminée. Elle doit être gavée et peine à parler. « On réussit à comprendre quelques mots, mais c’est tout, indique M. Rousseau. On sait qu’elle a mal, mais on ne sait pas où, parce qu’elle n’arrive pas à nous le dire. »

S’il souligne les bons services reçus de la part de certains préposés aux bénéficiaires, qui lui ont confié « en avoir assez » de leurs conditions de travail et du manque de ressources, M. Rousseau déplore que les employés de l’hôpital aient peu de temps pour s’occuper de leurs patients.

Cela est particulièrement probant au moment de remplacer les dessous souillés de sa femme, constate-t-il. « [Le 27 juillet], les services ont pris 45 minutes pour la changer. Si je n’avais pas été là, combien de temps ça aurait pris pour qu’ils viennent? », se questionne-t-il.

Encore cette semaine, il a dû demander à trois reprises qu’on nettoie son épouse. « Personne ne venait. Ça a pris plus d’une demi-heure pour que, finalement, l’infirmier de service m’aide à la changer », relate l’homme qui se charge parfois lui-même de cette tâche, malgré ses propres ennuis de santé. Un seul préposé aux bénéficiaires travaillerait sur l’étage où se trouve sa femme.

« Une journée, on l’a changée quatre fois dans le même avant-midi. On a aussi changé son lit deux fois, se souvient-il avec émotion. Une autre journée, je suis arrivé à sa chambre et elle était [dénudée du bas du corps]. Elle en avait partout sur elle. »

Alitée
En outre, la dame aurait développé une plaie de lit « [de la taille] d’un 2$ » parce qu’elle demeure allongée, indique son mari. Comme il ne peut pas « être là 24 heures sur 24 », M. Rousseau craint que par manque de temps, le personnel ne puisse pas la bouger toutes les deux heures, comme l’a ordonné le médecin.

« L’autre jour, j’avais demandé à ce qu’on la mette dans une chaise, mais il n’y avait personne pour revenir la coucher par la suite. Alors elle est demeurée dans son lit », se désole-t-il.

Qui plus est, parce qu’on lui a enlevé une partie du crâne lors de sa chirurgie, l’épouse de M. Rousseau porte une « mitaine » pour éviter de gratter sa plaie ouverte. Or, l’accessoire a été souillé, mais n’a pu être remplacé. « On nous a dit qu’il n’y en avait que deux sur l’étage », rapporte M. Rousseau.

Il déplore également le changement fréquent de médecin responsable du dossier de sa femme, ce qui, selon lui, occasionne du retard dans la transmission d’informations. « Ils devraient écrire, juge-t-il. Ils nous posent toujours les mêmes questions d’une rencontre à l’autre. »

De voir celle qu’il aime dans cet état cause une détresse infinie chez M. Rousseau, qui dit ne plus en dormir. « Ce n’est pas facile », laisse-t-il tomber.

« C’était elle que je voulais pour la vie », dit-il de la femme qu’il connaît depuis près de trois décennies. Amis à l’époque, le couple s’était perdu de vue pendant une douzaine d’années avant de se retrouver et de convoler en justes noces il y a quatre ans.

Recours
Sans commenter les cas particuliers de ses patients, confidentialité oblige, le CIUSSS de l’Estrie - CHUS a fait savoir que le personnel clinique priorise toujours les appels selon l’urgence de la situation. On a également souligné qu’il n’y a pas d’ « enjeux particuliers » à l’unité de soins où loge la dame. « Bien que le taux d’occupation général de l’hôpital soit élevé, les équipes sont disponibles pour offrir des soins et des services de qualité à l’ensemble des usagers », fait savoir Geneviève Lemay, conseillère en communications pour le CIUSSS.

Elle invite les usagers et leurs proches n’étant pas satisfaits des soins et services reçus à le signaler au gestionnaire de l’unité de soins en question. « Ce dernier analysera la situation et veillera à apporter les correctifs nécessaires, s’il y a lieu. L’usager ou son proche peut également s’adresser au bureau du commissaire aux plaintes et à la qualité des services », indique Mme Lemay.

M. Rousseau dit avoir échangé avec d’autres patients de l’étage qui déplorent, eux aussi, la piètre qualité de certains soins. Comme eux, le Granbyen a l’intention d’écrire une lettre au député de sa circonscription, François Bonnardel, pour réclamer de meilleurs soins pour sa femme. « Et si ça ne fait pas, je vais aller plus haut encore », prévient-il.