Céline Duval (en haut au centre) a entretenu la quinzaine de convives sur la place des femmes au Québec, avec un accent tout particulier sur le marché du travail, lors d’un dîner collectif.

Place des femmes sur le marché du travail: des acquis et du chemin à parcourir

Pour souligner la Journée internationale des droits des femmes, la Corporation de développement communautaire (CDC) de la Haute-Yamaska a organisé jeudi un dîner communautaire où les échanges ont été multiples, qu’il s’agisse de plats ou de pensées.

Céline Duval, membre de l’AFÉAS Granby, a entretenu la quinzaine de convives sur la place des femmes au Québec, avec un accent tout particulier sur le marché du travail et le chemin parcouru.

Les femmes ont perdu plusieurs droits avec la signature de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, officialisant la Confédération canadienne, a-t-elle d’abord rappelé. « Les Pères de la Confédération, lorsqu’ils parlaient d’une seule personne dans un article de loi, ont écrit systématiquement ‘‘il’’, raconte Mme Duval. Ce faisant, la Constitution canadienne ne parlait pas des femmes. »

Il fallut attendre 1929 pour que les femmes soient légalement reconnues comme des personnes au Canada. Sur papier, du moins, car la faible scolarisation des femmes, jusqu’au milieu des années 1960, et leur long confinement à la sphère domestique expliquent en partie le retard que l’on constate encore aujourd’hui dans leurs conditions de vie. « Avant, la femme pouvait jouer deux rôles importants: mère ou enseignante, mais ces deux rôles n’étaient pas conciliables », relate Mme Duval.

Pendant longtemps, les seules carrières auxquelles une dame pouvait aspirer étaient infirmière, enseignante ou secrétaire, des métiers qu’elles devaient délaisser une fois mariées, sauf si elles devenaient religieuses.

Des métiers non traditionnels leur ont été accessibles au cours de la Seconde Guerre mondiale puisque les hommes étaient déployés au front. À leur retour, les femmes devaient toutefois reprendre leur « vraie place » au foyer, déplore Mme Duval. « Si la femme ne voulait pas céder son emploi à son mari, le salaire de celui-ci était amputé, car on considérait qu’il avait moins besoin d’argent », raconte la conférencière.

Mais le goût de travailler hors de la maison avait gagné de nombreuses femmes, qui regagnèrent graduellement le marché du travail.

Or, leur salaire « ne traduit pas l’importance qu’elles occupent dans les structures où elles sont employées », relève Mme Duval.

En 1961, les femmes les mieux rémunérées de Granby, techniciennes et professionnelles, gagnaient un salaire annuel de 2500 $, soit 2000 $ de moins qu’un homme qui exerçait la même profession. En usine, une travailleuse obtenait 70 % du salaire de ses confrères pour une tâche équivalente.

Aujourd’hui, une femme gagne en moyenne 89 % du salaire d’un collègue masculin.

« C’est parce qu’elles choisissent souvent des emplois dans le milieu communautaire, des emplois à temps partiel ou des postes avec des horaires flexibles, explique Mme Duval. Mais c’est aussi parce que les employeurs se gardent une marge de manœuvre. Ils ne veulent pas nécessairement engager une femme qu’ils devront remplacer si elle prend un congé de maternité. »

Le travail invisible, c’est-à-dire le temps investi à s’occuper des tâches domestiques ou de proches et le bénévolat, est souvent accompli par des femmes, mais n’est pas reconnu à sa juste valeur, déplore enfin la conférencière, qui espère un jour voir une véritable parité dans toutes les sphères de la société.

« Ce premier brin de jasette » pourrait être reconduit autour d’une pléthore d’autres thématiques, a souhaité la CDC.