Normalement d’un naturel très calme et posé, le maire de Saint-Paul-d’Abbotsford, Robert Vyncke, est sorti de ses gonds, mardi soir.

Piqué au vif, le maire de Saint-Paul-d'Abbotsford sort de ses gonds

D’ordinaire calme et posé, le maire de Saint-Paul-d’Abbotsford, Robert Vyncke, est sorti de ses gonds lors de la séance du conseil municipal, mardi soir. L’élu a qualifié de « carcan qui ressemble à du harcèlement psychologique » les tentatives de l’entourage de Roger Voghell à toujours ramener sur la place publique le litige judiciaire qui oppose l’agriculteur à la municipalité.

« Ça suffit ! », a lancé l’élu, piqué au vif par l’insistance de Roger Paquette, qui voulait connaître la somme jusqu’à présent engloutie par la Ville dans le litige.

« On a le droit de savoir », a mentionné le citoyen, que le maire accuse d’être de « connivence » avec la fille de M. Voghell, Stéphanie.

C’est généralement cette dernière qui demande, en séance publique, à ce que le montant des frais judiciaires engrangé par la Ville soit divulgué, et ce, même si M. Vyncke a toujours maintenu que toute communication à ce sujet se ferait par avocats interposés.

Rappelons que le clan Voghell et les représentants de la municipalité s’affrontent depuis plusieurs années devant les tribunaux en raison d’activités de dynamitage, de concassage et d’extraction jugées illégales par la Ville. Le Césairois plaide pour sa part qu’il remet ses terres en état d’agriculture et qu’il dispose d’un droit acquis pour pratiquer de telles activités sur ses lots.

Suspension

Comme M. Paquette ne lâchait pas le morceau, le maire a haussé le ton et a répondu que la municipalité n’avait jamais caché l’information et qu’elle avait dépensé 450 000 $, en date de décembre dernier, dans sa bataille juridique avec le producteur agricole. « Le cumulatif est important et les citoyens doivent être conscients que nous devons investir ces sommes à cause des pratiques indues des Voghell », a ragé M. Vyncke.

Mais cette réponse n’a pas suffi à satisfaire le citoyen, qui a poursuivi ses questions sur le dossier, ce qui n’a fait qu’excéder le maire davantage, lui qui voyait dans cet interrogatoire une tactique d’intimidation.

« Ça suffit !, a répété le maire devant les protestations de M. Paquette. Je suis un maire willing, mais quand on est dans l’absurde, dans l’illégalité, ça me dépasse. »

« Nous autres aussi », a rétorqué sarcastiquement Roger Paquette.

À cet instant, Stéphanie Voghell, qui était dans la salle, mais n’avait dit mot jusqu’à ce moment, a déploré que le dossier soit au point mort. « Il n’y a plus rien qui se passe, personne n’est au courant de rien », a mentionné la citoyenne, à qui M. Vyncke a ordonné de se taire ou de quitter la salle, ce qu’elle a refusé.

En conséquence, le maire Vyncke a choisi de suspendre la séance quelques minutes.

Des demandes d’accès à l’information formulées par Mme Voghell à la municipalité et dont elle a fait parvenir copie au journal mentionnent que pour les années 2015 à 2019, Saint-Paul-d’Abbotsford a dépensé la somme totale de 736 313,41 $ en frais d’avocats, toutes causes confondues.

Excuses

« On est pris dans un carcan qui ressemble à du harcèlement psychologique. De l’affichage sur la route 112, des faussetés qui circulent, l’abus de procédures devant les tribunaux : on est tannés, on est épuisés. Ce n’est pas le fun de se faire questionner constamment sur notre intégrité », a lâché le premier magistrat, s’excusant d’avoir perdu son calme un peu plus tôt.

Mais l’élu n’était pas au bout de ses peines puisqu’à la deuxième période de questions, Audrey Ostiguy, s’est amenée au lutrin pour questionner la politique de gestion contractuelle de la municipalité, tentant de savoir ensuite si les onéreux contrats d’avocat de la municipalité dans cette affaire y avaient été soumis.

Pour remettre ces échanges dans leur contexte, M. Vyncke a aussitôt tenu à informer les citoyens que Mme Ostiguy travaillait à titre de consultante pour les Voghell, et qu’elle avait été présente à toutes les instances touchant la cause. « On comprend votre désir de jouer à l’avocate », a-t-il rétorqué.

Cinq journées d’audience étaient prévues cette semaine, mais ont été reportées à la demande de l’avocate de M. Voghell, Me Valérie Boucher.