Le directeur adjoint des services professionnels du CIUSSS de l’Estrie, Dr Michel Camirand

Perte de la moitié de ses médecins: Lac-Brome interpelle Québec

Le ressac des départs de médecins à la retraite éclabousse la clinique de Lac-Brome. Alors que le Dr William Barakett vient d’accrocher définitivement son stéthoscope après plus de 40 ans de pratique, un de ses collègues, le Dr Jean-Jacques Barbeau, s’apprête à faire de même d’ici quelques semaines. En fait, le centre de santé aura perdu trois médecins sur six en deux ans. La municipalité a donc adopté lundi une résolution demandant à la ministre de la Santé, Danielle McCann, d’intervenir pour dénouer l’impasse.

Le maire de Lac-Brome, Richard Burcombe, qualifie la situation de « très préoccupante », voire « critique ». « On a une clinique qui a été pensée en fonction de six médecins pour répondre aux besoins de la population. On en aura seulement la moitié à la fin mai. C’est un dossier prioritaire, a-t-il indiqué en entrevue. Il faut agir sans tarder. [...] Quand on voit que les urgences débordent, on ne peut pas envoyer des milliers de patients supplémentaires. »

Outre la résolution adoptée lundi, M. Burcombe a dit avoir interpellé l’équipe de la députée de Brome-Missisquoi, Isabelle Charest.

Le Dr William Barakett a dû prendre sa retraite en raison d’ennuis de santé. Il prenait en charge près de 2000 patients. À ceux-ci se greffent environ 1000 personnes non inscrites, suivies en toxicomanie ou pour des douleurs chroniques. Le Dr Jean-Jacques Barbeau suit environ 1700 patients. Il cessera de pratiquer à la fin mai. À cela s’ajoute le départ de l’omnipraticienne Marie-Danielle Gendron, en 2017.

La Dre Dominique Désy et ses collègues Dominique Giannangelo et Vincent Lamoureux tentent de garder la tête hors de l’eau à la clinique de Lac-Brome, prenant en charge globalement près de 4000 personnes. « On va faire tous les efforts pour prendre le maximum de patients orphelins, mais on ne pourra pas absorber tout ce surplus », a fait valoir le Dr Lamoureux. « Au-delà des statistiques de prise en charge, on a perdu 50 % de nos effectifs médicaux. Ça fait mal. On ne parle pas de fermeture imminente [de la clinique]. Mais pour rester ouvert à long terme, ça va prendre de nouveaux médecins », a-t-il ajouté.

En mode solutions

D’entrée de jeu, le Dr Michel Camirand, directeur adjoint des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie, a souligné le travail « colossal » accompli par le Dr Barakett au cours de sa florissante carrière qui s’échelonne sur plus de quatre décennies. Non seulement auprès des patients de la région à la clinique de Lac-Brome, mais également à l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins.

Le départ « impromptu » de ce vétéran laisse toutefois un trou béant qu’il faut tenter d’endiguer, a-t-il concédé. « On doit se retourner rapidement. On doit premièrement répondre aux besoins ponctuels de la clientèle. Et ça va se faire à travers toute la région [au cours des prochaines semaines]. Ce n’est pas seulement l’équipe de la clinique de Knowlton qui peut faire ça seule. »

Selon le Dr Camirand, la chef du Département régional de médecine générale (DRMG) en Estrie, Dre Raymonde Vaillancourt pilote le dossier. Le recrutement de médecins ne sera toutefois pas une sinécure. Du moins pas si l’on se fie aux plans régionaux d’effectifs médicaux (PREM), qui déterminent l’attribution des médecins selon les secteurs, tant ceux qui commencent dans la profession, que l’on nomme « nouveaux facturants », que ceux qui pratiquent déjà.

Le réseau local de services (RLS) La Pommeraie est le seul en Estrie qui n’aura droit à aucun médecin fraîchement gradué en 2019, tandis que deux docteurs expérimentés pourront y exercer leur profession. La responsable du DRMG pourrait toutefois demander une dérogation au ministère de la Santé « à des conditions très strictes » pour obtenir dès cette année un médecin qui serait normalement ajouté dans le RLS en 2020.

De son côté, le Dr Lamoureux est d’avis que le recours à des infirmières praticiennes spécialisées (IPS) est une piste de solution. Le Dr Camirand abonde dans le même sens. Pas question de céder à la panique. « On va prendre une solution à la fois et on va y arriver », a fait valoir le directeur adjoint des services professionnels.