Les retraités de l’entreprise qui fut jusqu’à tout récemment Groupe Capitales Médias n’ont pas l’intention de baisser les bras en 2020 dans leur combat pour obtenir réparation, eux qui perdront approximativement le tiers de leurs rentes.

Perte de 30% des rentes chez GCM: la pointe de l’iceberg, estiment des retraités

Les retraités de l’entreprise qui fut jusqu’à tout récemment Groupe Capitales Médias n’ont pas l’intention de baisser les bras en 2020 dans leur combat pour obtenir réparation, eux qui perdront approximativement le tiers de leurs rentes. Le débat est beaucoup plus grand que leur seule cause, disent-ils, car les employés et retraités de nombreuses autres entreprises sont susceptibles de subir le même sort.

« Dans les entreprises privées, c’est le Far West, laisse tomber Fernand Bélanger, journaliste retraité de La Voix de l’Est. Au cours des décennies passées, le gouvernement a toléré des congés de cotisation de la part des employeurs pendant que les employés, eux, cotisaient toujours à leur fonds de retraite. Ces congés de cotisation ont créé plusieurs déficits. »

Il y a plus d’une vingtaine d’années, la direction des Journaux TransCanada (JTC), à laquelle appartenait entre autres le quotidien de la rue Dufferin, a effectivement profité de ces congés de cotisation, confirme-t-on aux ressources humaines de la Coopérative nationale de l’information indépendante, qui a repris les quotidiens de GCM.

Il n’a toutefois pas été possible de connaître la durée de ces congés ni les économies générées au profit de l’employeur. On nous assure toutefois que tout a été fait en conformité avec la législation de l’époque.

Le laxisme du gouvernement critiqué

Celui qui a également représenté ses collègues sur le comité de retraite pendant une trentaine d’années sur les quatre décennies de sa carrière de journaliste pour La Voix de l’Est blâme aussi le gouvernement pour avoir laissé des entreprises privées délaisser leurs responsabilités. « Comment le gouvernement de l’époque a pu accepter ces congés de cotisation en sachant que la population touchée était les baby-boomers ? Les salariés des années 1970 sont les retraités des années 2000, rappelle M. Bélanger. Dans le privé, on est à la merci de l’employeur. »

Québec a aussi sa part de responsabilité en ayant permis que Power Corporation cède, en 2015, ses six quotidiens régionaux à Martin Cauchon, « dont tout le monde savait qu’il n’avait pas de fortune pour soutenir l’entreprise et encore moins le déficit du régime de retraite, soutient le retraité. Je me demande comment ça a été possible de laisser passer une telle transaction en connaissant que le régime était déficitaire. »

La nature du fonds en cause

Ce n’est pas un manque de cotisations qui explique la situation actuelle, précise René Morin, qui a longtemps présidé le comité de retraite des journaux régionaux de TransCanada.

« Ces régimes-là ont été bâtis par des actuaires d’un optimisme débordant et approuvés par la Régie des rentes du Québec, mais ils ont surtout été conçus comme si les entreprises ne connaîtraient pas de fin », dit-il, ajoutant que l’employeur ne s’était pas soustrait à son obligation de cotiser, même s’il aurait pu à un certain moment.

« La base des paiements est basée sur le caractère éternel du fonds, comme s’il n’y aurait jamais de faillite ou de fermeture, poursuit-il. Il est là le vice. »

Selon M. Morin, qui verra lui aussi sa rente amputée, compte tenu de la nature du régime, rien dans le passé n’aurait pu être fait pour prévenir l’hécatombe que l’on connaît aujourd’hui. « Tous les régimes privés qui sont constitués ainsi vont se retrouver avec des déficits de solvabilité », craint-il.

Tant l’ancien vice-président de JTC que le journaliste à la retraite estiment que la seule avenue est de maintenir la pression sur la famille Desmarais pour qu’elle corrige le tir, elle qu’ils considèrent moralement responsable de la débâcle.

« On a demandé à Power Corporation d’intervenir. On est allés manifester au siège social », rappelle M. Bélanger, également représentant de l’Association des retraités de La Voix de l’Est.

Les membres de celle-ci, qui feront appel de la décision du juge Daniel Dumais homologuant le plan de relance des six journaux en les transformant en coopératives moyennant des quittances de la part des retraités, entre autres, réclament de la grande entreprise un traitement similaire à celui offert aux travailleurs de La Presse +, dont les rentes seront assurées par l’ancien propriétaire.

« On a beaucoup de frustration par rapport au traitement de Power avec La Presse, reconnaît M. Bélanger. Les gens des régions ont l’impression d’avoir contribué financièrement à la transformation numérique de La Presse dans les années qui ont précédé. [Power Corporation] a beaucoup investi là, mais très peu dans ses journaux régionaux, à l’époque. Et pour nous, la cerise sur le sundae, c’est de voir que Power assurera les rentes des employés de La Presse, mais pas les nôtres. »

« Quand Power a pris à sa charge le déficit du fonds de pension de La Presse, c’est qu’il n’était pas possible de constituer un OBNL déficitaire », précise toutefois M. Morin.

« On est du monde ordinaire. On a mis de l’argent de côté pour nos mauvais jours, mais notre ancien employeur a failli à ses obligations, ajoute-t-il. Ce sont des centaines de dollars qu’on perd chaque mois. Et ceux qui ont le plus cotisé au régime sont les plus pénalisés. »