Les policiers de Granby sont maintenant mieux outillés pour intervenir en présence de personnes dont l'état mental est perturbé ou en crise.

Personnes en crise: les policiers de Granby mieux outillés pour intervenir

Jean-Philippe est armé d’une barre à clous. Il est en furie contre un de ses proches et veut lui « régler son problème ». Il souffre de paranoïa et s’imagine des complots. Les policiers dépêchés sur les lieux établissent la communication, tentent de comprendre ce qu’il vit et parviennent à un dénouement pacifique sans avoir recours à la force.

Ce scénario fictif présenté aux membres des médias jeudi est l’un de ceux auquel 70 policiers de Granby sont confrontés lors de la nouvelle formation en désescalade de l’École nationale de police. L’objectif : mieux outiller les patrouilleurs dans leurs interventions auprès de personne en crise, aux idées suicidaires ou dont l’état mental est perturbé. 

« Les appels dans les cas de santé mentale sont en augmentation au Québec, notamment à Granby. C’est une problématique qui est préoccupante et cette formation-là arrivait juste à point pour donner des outils supplémentaires aux policiers », explique Caroline Garand, porte-parole du Service de police de Granby. 

Les agents ont réalisé 355 interventions auprès de personnes dont l’état mental était perturbé en 2018, soit 135 de plus qu’en 2015. À cela s’ajoutent 106 interventions pour des personnes qui se sont suicidées ou qui ont tenté d’attenter à leur vie. 

Ce constat a amené l’École nationale de police à élaborer une formation sur la désescalade. « La communication est l’outil principal du policier dans son travail, explique le sergent Frédéric Boulet, moniteur en emploi de la force, qui a formé ses confrères de travail avec son homologue Jean-Pierre Noël. Les outils de communication qui étaient montrés aux policiers étaient surtout centrés quand on intervient avec des personnes rationnelles. »

Cette fois-ci, la formation est élaborée pour intervenir auprès de ceux qui sont désorganisés ou dont l’état de santé mental est perturbé. Le volet théorique, divisé en neuf modules, était dispensé aux agents en ligne. 

Il a notamment été question des besoins humains, des policiers québécois et leur rapport avec la santé mentale, des signes de maladies sévères, des modèles d’emploi de la force, de la prise en charge d’une situation impliquant une personne en crise, des avantages à privilégier la relation d’aide et des pouvoirs et devoirs des agents. 

« On veut en arriver à créer un lien avec les personnes, essayer d’humaniser notre intervention avec les gens qui ont une incapacité ou une grande difficulté à communiquer. En humanisant l’intervention, on va essayer de favoriser la création du lien, faire une cueillette d’informations importante pour essayer de comprendre la réalité de ces gens-là, comprendre leurs besoins et connaître dans quel état d’esprit ils se trouvent », explique le sergent Boulet. 

Les policiers Caroline Garand et Frédéric Boulet ont expliqué en détail la formation en désescalade offerte aux agents de Granby.

Des scénarios réalistes

Une journée de formation pratique a permis aux policiers d’être plongés dans des situations qui se rapprochent de leur quotidien. Cinq scénarios leur ont été présentés : une personne suicidaire, un individu dont l’état de santé mentale est perturbé, qui est armé et se sent persécuté alors qu’il vient de commettre un crime, une personne intoxiquée en présence d’armes qui sont mal entreposées, un individu qui fait l’objet d’une ordonnance d’évaluation émise par le tribunal et une personne en crise qui veut se suicider par policier interposé, c’est-à-dire que le policier devient son outil pour mettre fin à ses jours. 

« On peut être confronté à ça, mentionne le sergent Boulet. Une expérience en scénario est une des meilleures façons de créer des ancrages chez les policiers parce que c’est ce qui se rapproche de la réalité. »

Le volet pratique de la formation permet aux agents de mettre en application les diverses notions apprises pour être mieux outillés lorsqu’ils devront intervenir. « Le but ultime est d’en arriver avec une résolution pacifique et minimiser l’emploi de la force. C’est le dénouement qui est toujours attendu par les policiers. Et l’emploi de la force, c’est lorsqu’on est contraints de le faire », affirme le policier. 

« À travers tout ça, ajoute le sergent Boulet, il faut gagner du temps, il faut donner de l’espace, de la ventilation à ces gens-là pour essayer de descendre la crise, en arriver à les amener à un niveau de stabilité avec laquelle on pourra travailler des pistes de solution. »

Les policiers explorent aussi les différentes ressources qu’ils peuvent interpeller pour travailler conjointement lors d’une intervention, que ce soit la garde psychosociale, le centre de prévention du suicide, les paramédics ou les établissements de santé.

« Cette formation-là ne fait pas des policiers des spécialistes en santé mentale. On ne portera aucun diagnostic, précise le formateur. On a des outils pour nous aider à reconnaître certaines pathologies et adapter notre style de communication. »