Jonathan Massicotte est conseiller en urbanisme à la municipalité de Saint-Césaire.
Jonathan Massicotte est conseiller en urbanisme à la municipalité de Saint-Césaire.

Permis de rénovation: semestre faste à Saint-Césaire

La pandémie de la COVID-19 semble avoir eu un effet insoupçonné sur les finances de Saint-Césaire. En effet, les demandes de permis ont explosé depuis le début de l’année, une situation qui pourrait s’expliquer par le fait que les Césairois, à l’instar du reste du monde, ont dû annuler leurs voyages à l’étranger en raison de la fermeture des frontières.

Selon Jonathan Massicotte, conseiller en urbanisme à la municipalité, 2020 sera une année « remarquable » en termes de construction et de rénovation si la tendance amorcée en début d’année se poursuit dans les mois à venir.

En effet, la valeur des travaux ayant fait l’objet d’une demande de permis au cours des six premiers mois de 2020 représente les trois quarts de la valeur totale des travaux au 31 décembre 2019.

« En date du 25 juin, on a des permis pour des travaux totalisant 9 155 357 $, illustre M. Massicotte. À titre comparatif, pour 2019 en entier, on a eu pour 12 104 448 $. Et on n’est qu’au mois de juin ! »

Uniquement en juin, les demandes de permis sont à la hausse par rapport à 2019, à l’image des mois précédents.

Uniquement en juin, les demandes de permis sont à la hausse par rapport à 2019, à l’image des mois précédents.

Plusieurs facteurs laissent croire à M. Massicotte que l’annulation des voyages à l’étranger et les contraintes imposées par la COVID-19 jouent un rôle non négligeable dans la situation observée à Saint-Césaire.

Une intuition qui s’est confirmée par des discussions avec des citoyens s’étant adressés au service de l’urbanisme et avec des travailleurs de l’industrie du voyage.

« Notre théorie repose en partie sur l’annulation des vacances privées au profit de la réalisation du petit projet de piscine, du nouveau garage isolé ou de l’agrandissement de la cuisine, pour ne nommer que ceux-là, lesquels demeuraient reportés, année après année », indique le conseiller en urbanisme, qui conclut à une « réorganisation budgétaire des ménages » vers la construction et la rénovation.

Les données tirées du rapport sommaire du service de l’urbanisme de Saint-Césaire, obtenus par La Voix de l’Est, reflètent ce constat. Par exemple, pour l’ensemble de l’année 2019, 11 demandes pour l’aménagement d’une piscine ou d’un spa avaient été déposées, représentant des travaux de 133 760 $, alors qu’on en compte 18 pour les six premiers mois de 2020, totalisant une valeur de 125 324 $.

Une trentaine de demandes de rénovation et de réparation ont été formulées depuis janvier, soit un peu moins de la moitié des 73 dossiers de ce type ouverts l’an dernier.

« À ce stade-ci, ça demeure une hypothèse, ajoute-t-il, mais en comparant les demandes, on peut remarquer que l’accélération des investissements en 2020 est due à des disponibilités budgétaires vraisemblablement survenues spontanément. Et on se doute que ce n’est pas tout le monde qui a gagné à la loterie ou qui a reçu un héritage surprise depuis le début de l’année. On suppose donc que le budget voyage a été réaffecté à la rénovation résidentielle. »

L’incertitude du marché boursier n’est pas non plus à négliger. « Quand on regarde les données économiques, on voit que les indices boursiers ont chuté depuis le début de la pandémie. Dans ces cas-là, les investisseurs ont tendance à se tourner vers des valeurs refuges pour limiter leurs pertes, et les immobilisations en font partie, ce qui vient appuyer la théorie de l’amélioration locative », fait valoir M. Massicotte.

Dans les coffres

Cette hausse de demandes de permis aboutira, une fois les travaux projetés réalisés, à une augmentation de la valeur foncière des immeubles. « Ainsi, notre assiette fiscale pour 2021 risque d’être beaucoup plus performante. Ce sont des dizaines de milliers de dollars en taxes de plus dans les coffres de la Ville », estime M. Massicotte.

La valeur foncière totale de Saint-Césaire s’élevait à 822 567 600 $ en 2019. Pour l’année 2020, elle représente 825 879 201 $, une augmentation de 0,4 %.

« La variation de 2021 par rapport à 2020 sera assurément plus élevée compte tenu des améliorations locatives subies par le parc immobilier césairois », prédit M. Massicotte.

Le maire Guy Benjamin se fait toutefois prudent. « C’est sûr qu’il y a de la construction, que les taxes supplémentaires vont aider, mais l’impact ne sera peut-être pas significatif, nuance-t-il, compte tenu des pertes financières essuyées par Saint-Césaire en raison de la pandémie. On verra bien ! »