Pénurie d'enseignants suppléants à Val-des-Cerfs

L’est de la Montérégie n’échappe pas à la pénurie d’enseignants suppléants qui frappe la province, conséquence de l’ajout de mesures de soutien aux élèves instaurées par Québec.

Comme ces périodes d’aide supplémentaires sont généralement données par des enseignants réguliers, un jeu de chaises musicales s’ensuit. De plus en plus de suppléants sont sollicités pour combler les trous, ce qui force les commissions scolaires à épuiser leurs listes de remplaçants. 

À la commission scolaire du Val-des-Cerfs, la direction doit recruter plus que jamais chez les stagiaires et les retraités afin de répondre à ses besoins. Du jamais-vu, au dire de Paule-Andrée Bouvier, directrice des communications et des affaires corporatives.

« Une chance qu’on a les stagiaires ! dit-elle. Il ne me semble pas avoir connu de pénurie de suppléants aussi grande. Ça amène des problèmes d’horaire, de besoins et d’endroits. Il y a aussi eu plusieurs départs à la retraite ces dernières années. »

Contrairement à d’autres commissions scolaires, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Val-des-Cerfs n’a pas eu à refuser de congés à son personnel enseignant. Les demandes en ce sens n’ont pas augmenté non plus. « On s’est aussi adapté pour ne pas avoir à enlever de période de formation », ajoute Mme Bouvier, en demandant par exemple aux écoles de ne pas libérer trop de personnel en même temps.

Des enseignants en période libre sont appelés à remplacer des col­lègues, rognant ainsi sur leur temps de préparation de cours, ce qui ne fait pas l’affaire de tous. Ce système de dépannage a cependant toujours existé, précise la directrice des communications.

Même constat à la commission scolaire de Saint-Hyacinthe. « On utilise le dépannage de plus en plus, reconnaît Chantal Langelier, directrice du service des ressources humaines. Et nos suppléants sont de moins en moins nombreux. Présentement, le taux de placement est très bon dans les commissions scolaires ! »

« Il ne me semble pas avoir connu de pénurie de suppléants aussi grande, dit Paule-Andrée Bouvier, directrice des communications et des affaires corporatives à la Commission scolaire du Val-des-Cerfs. Ça amène des problèmes d’horaire, de besoins et d’endroits. »

Optimisation

« On est encore capable de subvenir à nos besoins, mais c’est difficile, dit Paule-Andrée Bouvier­. On passe à travers nos listes de suppléants quotidiennement. On a plus de besoins qu’on a de monde. »

Val-des-Cerfs appelle les directions d’école à se « conscientiser » dans leur utilisation des suppléants. « On a 43 écoles et on veut travailler de façon plus collaborative. On s’en occupe. Il faut optimiser nos ressources parce qu’elles sont rares. »

Les commissions scolaires devront-elles engager davantage de personnel ? « On évalue ça annuellement, dit Mme Bouvier­, parce qu’on ne sait pas si les mesures, notamment en lecture, seront reconduites. »

Il n’a pas été possible d’obtenir le point de vue de la commission scolaire­ des Hautes-Rivières, mardi.

« Des services aux élèves, il y en a de moins en moins », dit Éric Bédard du SEHY.

LES CONDITIONS DE TRAVAIL MONTRÉES DU DOIGT

Les mesures de soutien à l’élève ne sont pas responsables de la pénurie de suppléants, affirme le président du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY). Éric Bédard montre plutôt du doigt les conditions de travail des enseignants qui, selon lui, n’ont cessé de se dégrader.

Il rappelle que 25 % des étudiants abandonnent en cours de stage — et 20 % font de même au cours de leurs cinq premières années d’enseignement — à cause du manque de ressources en classe. À Val-des-Cerfs, les enseignants reçoivent peu d’aide pour les élèves ayant des problèmes d’apprentissage, dit-il.

« Des services aux élèves, il y en a de moins en moins. Des techniciennes en éducation spécialisée en arrêt de travail ne sont pas remplacées, même chose pour des psychologues, des psycho­éducatrices... Mais ça permet à la commission scolaire de présenter de beaux budgets à l’encre noire, sans déficit. »

Il dénonce aussi un manque de souplesse dans l’application des contrats d’embauche et des congés. « Il y a toutes sortes de contraintes, dit Éric Bédard. C’est comme ça partout, mais particulièrement à Val-des-Cerfs. » La pénurie de suppléants ne l’étonne pas puisque, à son avis, moins de gens s’intéressent à la profession.