La pénurie de préposés aux bénéficiaires à la résidence privée Le Riverain est lourde de conséquences, tant pour le personnel que pour la clientèle.

Pénurie d'effectifs au Riverain: «On frôle la catastrophe»

Le chaos. C’est le terme qu’utilisent des employées de la résidence privée Le Riverain de Granby pour décrire la situation qui y prévaut depuis des mois, principalement en raison de la pénurie de préposés aux bénéficiaires. À bout de souffle, les effectifs peinent à donner les soins de base aux résidents, dont la sécurité est souvent compromise.

Deux membres du personnel du Riverain se sont confiées à La Voix de l’Est. L’une est infirmière, l’autre est infirmière auxiliaire. Elles ont demandé à ce que l’on taise leur identité par peur de représailles de leur employeur. Nous les nommerons donc Maryse et Brigitte.

Les deux collègues aiment leur boulot. Or, les conditions de travail sont à ce point « explosives » qu’elles ont décidé de tirer la sonnette d’alarme. « Ce n’est pas normal qu’en plein milieu de ton quart de travail, tu aies le goût de te rouler en petite boule pour pleurer. Ce qui se passe, c’est une véritable crise. Chaque jour, on frôle la catastrophe, affirme Brigitte. On doit faire notre travail en plus de celui des préposés. Le pire dans tout ça, c’est qu’en plus du personnel, les résidents écopent aussi. Ils n’ont pas les soins et l’attention auxquels ils ont droit. Notre conscience professionnelle en prend un coup. On ne peut pas tolérer ça. »

Des infirmières se retrouvent souvent seules pour s’occuper de résidents d’un étage complet, fait valoir Maryse. C’est notamment le cas dans l’aile prothétique, qui compte actuellement une douzaine de personnes présentant entre autres des problèmes de démence et d’errance, cite-t-elle en exemple.

Selon les deux collègues, une dizaine de préposés aux bénéficiaires (PAB) ont quitté Le Riverain au cours des derniers mois, soit environ le tiers de l’ensemble des effectifs de l’établissement dans ce domaine. « Les préposés partent parce qu’ils trouvent qu’ils sont sous-payés et que les conditions de travail se dégradent. Quand on soulève le problème à la direction, on nous dit “Que voulez-vous qu’on fasse ?” Pourtant, quand tu vois que tu te diriges dans le mur, tu réagis. Il faut trouver des solutions, clame Brigitte, pas rester les bras croisés. »

Stéphane Lacroix, directeur des communications pour le syndicat des Teamsters

« Au secours »

La fille d’une résidente du Riverain a tenu à lever le voile, sous le couvert de l’anonymat, sur ce que vit le personnel au quotidien. « Je suis moi-même préposée aux bénéficiaires. Je n’ai absolument rien à dire à propos de la qualité des soins et du dévouement des employés. Je les regarde aller et les seuls mots qui me viennent en tête, c’est “au secours”. Le rythme de travail et les conditions sont insoutenables. Une petite tape dans le dos et un salaire décent, ça fait du bien. »

Selon la dame, la situation s’envenime depuis le temps des Fêtes. « Il n’y a pas si longtemps, les employés prenaient le temps de s’occuper de chaque patient. De leur parler, de les rassurer, en plus de tous les soins quotidiens. Mais là, plus rien. Je vois des infirmières pleurer parce qu’elles courent tout le temps sans avoir de pause pour reprendre leur souffle. Tu as beau aimer ton travail, un jour, ça te rattrape. »

Elle corrobore également que la sécurité de plusieurs résidents est compromise. « Quand tu as une seule personne qui s’occupe d’un étage, s’il y a deux résidents en crise et qu’un troisième chute au même moment, comme employée, tu es piégée, illustre-t-elle. Tu n’as plus de recul pour gérer les priorités. [...] Sans compter les erreurs de médication et tout ce qui s’en suit. La direction doit trouver une solution, ça presse. »

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires du DG de l’établissement, Normand Breault, lundi.

Solutions

Sans avoir de « baguette magique », le syndicat des Teamsters, qui représente notamment les PAB du Riverain, propose des pistes de solution pour endiguer la pénurie de personnel à travers la province. L’une d’elles consiste à mettre en place un décret concernant ce secteur d’activité, soutient Stéphane Lacroix, directeur des communications pour l’organisation syndicale. Une option qui, dit-il, comporte plusieurs avantages. Premièrement, cela assurerait une homogénéité des conditions de travail dans tous les établissements, tant au privé que dans le réseau public. Deuxièmement, la compétitivité serait accrue entre tous les joueurs qui embauchent les PAB. « Arrêtons de faire des commissions parlementaires et des entrevues pour dire que, comme gouvernement, on va serrer la vis. Les solutions sont connues. Réagissons avant de frapper le mur », image-t-il.

Selon M. Lacroix, l’écart salarial moyen des PAB qui évoluent au privé comparativement au réseau public varie entre 5 $ à 6 $ l’heure. Cette disparité devrait être en partie nivelée par l’argent de l’ensemble des contribuables québécois. « On doit faire des choix comme société. Si on veut assurer la sécurité et la santé des aînés, il va falloir avoir des paires de bras sur le terrain, fait-il valoir. [...] Le système privé ne pourra pas survivre dans les années à venir si on continue à offrir des salaires aussi bas. »

La Voix de l’Est n’a pas pu s’entretenir avec la ministre de la Santé, Danielle McCann, à propos de ce dossier, lundi. « On est conscients du manque de personnel dans le réseau de la santé et des défis que ça pose. Les réformes des dernières années ont épuisé le réseau et le personnel médical. [...] Il y a des trous dans les services à certains endroits, fait valoir l’attaché de presse de la ministre, Alexandre Lahaie, sans toutefois vouloir s’avancer au sujet des mesures proposées par le syndicat Teamsters. Dès le prochain budget, on a bon espoir de pouvoir annoncer les premières mesures pour soulager les gens du réseau. »