Environ 120 élus et acteurs socioéconomiques ont participé au colloque sur l’attraction de nouvelles populations dans Brome-Missisquoi, samedi.

Pénurie de main-d’œuvre: Brome-Missisquoi passe à l’action

Un colloque régional a abordé les enjeux entourant la pénurie de main-d’œuvre dans Brome-Missisquoi, samedi. Environ 120 élus et acteurs socioéconomiques ont dressé un portrait de la situation démographique de la vaste région avant de se pencher sur des pistes de solutions permettant d’attirer de nouvelles familles et des travailleurs.

Le besoin de main-d’œuvre n’est plus un secret pour personne, il est même urgent et très préoccupant, souligne le directeur général de la MRC Brome-Missisquoi, Robert Desmarais. Comme cette situation tend à se répandre à travers le Québec, les municipalités devront se faire plus attractives que jamais.

« On a fait une évaluation du nombre de travailleurs qu’on doit attirer dans les prochaines années, souligne Denis Beauchamp, directeur du développement économique au CLD de Brome-Missisquoi. On a une cible de 10 000 travailleurs de plus d’ici 10 ans. C’est imposant comme chiffre. [...] On a calculé que ça nous prend 6000 nouvelles familles pour y arriver. C’est le double de ce qu’on a attiré dans les 10 dernières années. »

Des conférences et des panels ont eu lieu toute la journée du colloque, samedi, à l’Euro-Spa de Saint-Ignace-de-Stanbridge. « On avait invité deux conférencières pour nous parler de ce qu’est un milieu attractif pour les jeunes aujourd’hui », relate M. Beauchamp.

Marie-Ève Arbour, fondatrice de Visages régionaux, a notamment présenté les résultats d’une grande enquête que l’organisation a menée au Québec pour connaître les aspirations des jeunes. Spécialisée dans le marketing territorial, elle a démontré comment ce concept fonctionne.

La deuxième conférence était donnée par Myrabelle Chicoine, présidente de Tribu Stratégie, sur les façons d’arrimer le marketing territorial à la gestion des ressources humaines, rapporte M. Beauchamp.

Les succès inspirent
Des histoires à succès étaient présentées, comme celles de la ville de Farnham — qui a réussi à attirer de nouveaux résidents grâce à un quartier de mini-maisons —, de Saint-Joachim-de-Shefford et de Saint-Donat.

Des entreprises ont aussi témoigné des initiatives qu’elles ont mises en place pour se faire plus attrayantes, comme Mont Sutton, qui collabore avec d’autres entreprises pour qui les besoins sont plus grands en été. Par exemple, un employé travaillant à la montagne de ski en hiver se retrouve chez un autre employeur l’été venu. « C’est un partage de main-d’œuvre, reprend M. Beauchamp. Ça peut inspirer d’autres modèles. »

« Fabritec [située à Bromont, NDLR] a parlé de ses défis de croissance — 250 nouveaux postes créés l’an dernier — et des solutions qu’ils ont dû mettre en place. C’est une grande gymnastique, indique M. Beauchamp. Ils ont développé une collaboration avec des Afghans et des Chinois. Ils sont plus de 150 à se déplacer de Montréal et de Sherbrooke en autobus tous les jours pour venir travailler. »

De nombreux enjeux
Un premier enjeu pour l’avenir porte sur la mobilité active, y compris le transport en commun. « On n’est pas dans un grand centre urbain. On devra s’investir collectivement dans le développement d’un transport collectif plus approprié », insiste le responsable du CLD.

Avec 6000 familles de plus sur le territoire, il est envisageable que le trafic sur les routes de la région augmente également. Le transport collectif enlèverait de la pression sur le réseau.

Un deuxième enjeu concerne l’habitation abordable. M. Beauchamp parle de disparités importantes selon l’endroit où on se trouve sur le territoire. Se loger à Farnham et se loger à Bromont ne demande pas le même budget, par exemple. Les intervenants tenteront de trouver comment créer des milieux plus inclusifs, au niveau du logement, pour soutenir les entreprises dans leur croissance. « Je pense au secteur du tourisme où les salaires ne sont pas très élevés, évoque le directeur du développement économique. Comment faciliter l’intégration des jeunes qui travaillent dans cette industrie et les retenir sur notre territoire ? »

Les municipalités auront également un rôle à jouer pour augmenter le taux de rétention des jeunes, notamment en investissant dans des infrastructures qui les attireront.

Stratégie
Un plan d’action sera élaboré dans les prochains mois en collaboration avec les milieux des affaires, de l’éducation, de la santé, du communautaire et avec les municipalités. La stratégie devrait permettre à chaque municipalité de s’y greffer tout en conservant son caractère unique.

« On prévoit 8 à 9 mois de travail et ensuite on déploiera la stratégie, souhaite M. Beauchamp. La prochaine étape sera de réunir les gens qui souhaitent s’investir dans l’élaboration de la stratégie. »

Un exercice semblable avait été fait en 2008, mais visait à attirer de futurs retraités, ce qui a fonctionné. Ils font partie de la solution, dit-il, mais la MRC veut dynamiser davantage la région.

« C’est important qu’il y ait un mix au niveau de la population pour assurer un certain équilibre. Le vieillissement de la population nécessite des services de toute autre nature. On est très bien organisé sur notre territoire, mais ce qui nous manque aujourd’hui, ce sont des jeunes. »