Carole Laplante, propriétaire de GAÏA - resto vegan, fait face à un manque criant de personnel dans la cuisine de son établissement situé sur la rue Shefford, à Bromont.

Pénurie de main-d’oeuvre en restauration: l’immigration s’invite au menu

« Mon entreprise est en péril en ce moment. Je suis en pleine saison forte, et je réduis mes heures au lieu d’être plus présente, ce n’est pas normal. Je n’ai pas assez de monde pour satisfaire ma demande. » Ce constat est celui de Carole Laplante, propriétaire de Gaïa - resto végan. Obligée de réduire les jours d’ouverture de son restaurant, elle a choisi la voie de l’immigration pour se sortir de ce manque de personnel. D’autres restaurateurs de Bromont pensent à lui emboîter le pas.

Après avoir fermé les mardis et mercredis il y a deux mois, Carole Laplante a décidé depuis dimanche de fermer son établissement de la rue Shefford les vendredis soirs et samedis soirs. Alors que son établissement était ouvert toute la semaine en 2018, celui-ci ouvre désormais ses portes du jeudi au lundi de 8 h à 15 h.

« La pénurie de main-d’œuvre nous affecte réellement. Le personnel a besoin de repos. Nous avons alors entrepris des démarches sérieuses pour résoudre le problème tel que des démarches d’immigrations pour pouvoir vous accueillir à nouveau plus de jours et peut-être rouvrir les soirées éventuellement », a-t-elle ainsi publié sur la page Facebook de son restaurant, dimanche.

Pour elle, le problème se situe principalement au niveau de la cuisine et de la plonge.

D’autres restaurants partagent cette réalité, dont le Bistro 633, sur la rue Shefford, le MacIntosh, situé au Carrefour champêtre Bromont, et le Verger Johanne et Vincent, à Saint-Paul-d’Abbotsford.

« Je dois prendre moins de clients pour respecter un certain niveau de service », explique Luc Viens, propriétaire du Bistro 633 et du Verger Johanne et Vincent.

Au MacIntosh, c’est également le régime minceur au niveau des heures d’ouverture. « On refuse des gens à tous les soirs, ne se cache pas Yves Pronovost, à la tête de l’établissement comptant 250 places assises. On a fermé cinq jours au mois de juin, ce qui est énorme pour moi. »

Pas une excuse

Certains clients n’acceptent pas de voir que de plus en plus de restaurants réduisent leurs services. « Des clients sont récemment venus nous insulter, car ils ne comprenaient pas pourquoi on n’était pas ouverts », ajoute M. Viens.

« Je suis ravi de votre appel, car des clients croient que les restaurateurs se servent de cette réalité de manque de main-d’oeuvre pour justifier certains délais, certains soirs, [mais c’est faux] », explique quant à lui M. Pronovost.

Celui qui travaille depuis 20 ans à son compte croit qu’il est temps de faire les choses différemment. « J’avais 45 items à mon menu, indique M. Pronovost. Depuis cet hiver, je propose 22 items, car je dois faire plus avec moins. »

Luc Viens, quant à lui, joue au cuistot plusieurs fois par semaine. « Je n’ai pas le choix ; je fais des heures de fous », dit-il alors qu’il a décidé de fermer son restaurant les mardis, et que sa terrasse arrière de 80 places est aussi fermée deux autres soirs par semaine.

« Cette année, c’est pire que jamais, et je ne pense pas que cela va aller en s’améliorant », ajoute-t-il.

Carole Laplante est à la recherche de trois cuisiniers à temps plein, et de trois plongeurs à temps partiel. « On est dans une situation critique, avoue Mme Laplante. L’été, c’est vite passé, sauf que c’est maintenant que j’en ai besoin. On est épuisés », avoue-t-elle.

Recruter à l’international

Les annonces publiées sur Facebook ou les sites spécialisés dans le recrutement ne donnent rien. Soit les candidats ne se présentent pas, soit ils manquent d’expérience.

Avec son resto végan, en plein été, Mme Laplante n’a pas le temps de former de cuisinier sans expérience. Elle a plutôt choisi la solution de l’immigration ; cela fait un an qu’elle planche là-dessus.

« Je ne sais pas comment ça va se passer, ce n’est pas un processus que je connais, mais je n’ai plus le temps ni les moyens d’attendre », explique celle qui a déjà dépensé plus de 8000 $ pour ces démarches d’immigration.

Elle est ainsi en contact avec un Colombien, qui devrait venir s’installer à Bromont avec sa famille d’ici quatre à huit semaines. D’autres démarches sont également en cours avec un autre Colombien, un Mexicain et un Français. « Il n’y a rien de précis avec l’immigration. Les démarches, c’est long quand ton entreprise a besoin d’aide », ajoute-t-elle.

Luc Viens évalue également la piste de l’immigration, même s’il n’arrive pas encore à se faire à l’idée que quelqu’un au Québec ne puisse faire l’affaire. « Je suis pas mal convaincu que l’international va être la voie à prendre pour la suite et combler les manques dans l’équipe, explique-t-il. Je suis en train de tuer à petit feu les employés qui sont déjà chez nous. Je leur donne trop de travail. »

Selon Mme Laplante, le « recours à l’immigration est indispensable ». « Si tu embauches un cuisinier, tu le prends à quelqu’un d’autre. C’est pas possible qu’il y ait un cuisinier qui ne travaille pas au Québec. »

Yves Pronovost abonde dans le même sens : « La pénurie ne va pas s’améliorer. Ça va être la norme maintenant. »

À l’Association des restaurateurs du Québec, on tire la sonnette d’alarme. L’organisation réclame que les procédures d’immigration soient simplifiées par le gouvernement. « Un exploitant en restauration, quand il s’en va vers l’immigration, c’est vraiment en dernier recours », a récemment indiqué à nos collègues du Nouvelliste Martin Vézina, responsable des communications et des affaires publiques à l’ARQ.

Au niveau des solutions, M. Pronovost estime que d’autres pistes doivent être explorées. Qu’il s’agisse de rétention des employés, de formation à l’interne, de diplomation en partenariat avec les restaurants. « On doit revoir nos façons de faire », dit-il.

Si la montagne à gravir semble haute, pas question pour Carole Laplante de baisser les bras. Elle tient à rassurer ses employés que son restaurant est là pour rester.

« Je me retrousse les manches pour trouver des solutions et je mets tout en oeuvre pour continuer notre progression », assure-t-elle, déterminée.