« On veut se différencier, se démarquer, et on pense qu’on a les outils qu’il faut », a affirmé Robert Desmarais, directeur général de la MRC Brome-Missisquoi.

Pénurie de main-d'oeuvre: Brome-Missisquoi lance sa stratégie

Cowansville — « Il y a dix ans, on nous annonçait une rareté de main-d’œuvre en raison des départs à la retraite. Je vous annonce qu’on y est arrivé ! », a souligné la présidente du CLD de Brome-Missisquoi, Sylvie Beauregard. À ses côtés mercredi, Sylvie Dionne-Raymond et Robert Desmarais, respectivement préfète et directeur général de la MRC Brome-Missisquoi, ont annoncé la mise en place d’une stratégie pour relever le défi de la pénurie de main-d’œuvre dans la région.

La situation de plein emploi dans Brome-Missisquoi est un secret de polichinelle. La problématique rencontrée par les employeurs de tous les secteurs d’activité a déjà fait couler beaucoup d’encre. À ce jour, 2000 postes sont vacants dans les 21 municipalités de la MRC.

« Le manque de main-d’œuvre a des conséquences très préoccupantes, a affirmé Mme Beauregard. Les restos réduisent les heures d’ouverture. Les employés sont sollicités pour faire du temps supplémentaire. On essaie de retenir les 65 ans et plus. On limite la croissance des entreprises et on ne peut pas ouvrir de nouveaux quarts de travail. [...] Nous avons une région extraordinaire, à proximité des grands centres avec une diversité culturelle et sportive. On respire le bonheur dans Brome-­Missisquoi. Alors pourquoi on ne serait pas capables d’attirer des gens chez nous pour y vivre au quotidien et pour y travailler ? »

Voilà qu’après des consultations auprès d’entreprises, de municipalités, des organismes, des jeunes et des ministères, une stratégie qui sera déployée sur dix ans et qui vise à attirer 10 000 travailleurs et 6000 familles a été mise au point. La première phase de trois ans, pour laquelle la MRC prévoit un budget d’un million de dollars, promet une campagne de marketing qui sortira des sentiers battus et la mise en place de moyens pour l’accueil des familles et des travailleurs.

« Nous avons besoin de la collaboration de la population comme ambassadeurs, des entreprises comme partenaires, des municipalités et bien sûr de nos jeunes, a lancé Sylvie Dionne-Raymond. Au cours des prochains mois, nous lancerons des projets qui susciteront la créativité de nos jeunes pour mettre en valeur les nombreux avantages de vivre et de travailler dans notre communauté. »

Les points forts en valeur

La MRC misera sur la diversité des différents pôles économiques de la région, mais aussi sur le nombre important d’activités de plein air, sportives et culturelles, entre autres, pour se faire attrayante auprès des jeunes familles et des immigrants. L’agriculture biologique et le milieu foisonnant de l’entrepreneuriat sont aussi des éléments sur lesquels miseront les intervenants.

« On veut se différencier, se démarquer et on pense qu’on a les outils qu’il faut, a affirmé le directeur général de la MRC, Robert Desmarais. On offre des milieux vraiment différents qui rejoignent les valeurs des jeunes. On est un endroit où la nature nous entoure et on a plein d’activités diverses. On pense qu’on a une offre très intéressante. Durant l’hiver, on va développer des outils de contenu pour afficher ces actifs qui nous avantagent et on va travailler avec les jeunes et les entreprises pour montrer ce qui se fait. »

Quant aux outils de contenu, il faudra attendre une prochaine conférence de presse pour en apprendre davantage. M. Desmarais, son équipe et les maires de la MRC ont voulu se garder des cartes à dévoiler durant la mise en application de la stratégie. 

« Ce matin (mercredi), on voulait surtout lancer le message qu’il y a un besoin. Il faut que la région se mobilise et qu’elle se démarque des autres parce qu’à peu près tout le Québec est pris avec cette problématique-là. »

La firme de consultants en régionalisation Visages régionaux a été engagée pour travailler sur la stratégie. 

Améliorer certains éléments

Robert Desmarais assure que tout sera mis en œuvre pour corriger certains éléments, comme le logement trop onéreux dans certaines municipalités. 

« Les jeunes ont l’impression que c’est une région où le coût de la vie est trop cher, que c’est une région inaccessible. On veut briser ce mythe-là, a indiqué le directeur général. C’est sûr qu’on ne peut pas comparer Bedford avec Bromont. On a des milieux accessibles et d’autres qui le sont moins et il va falloir travailler avec Sutton, Lac-Brome et Bromont pour développer une offre de logements plus abordables pour des travailleurs. »

Il souhaite collaborer avec les municipalités et le marché de l’immobilier pour que des bâtiments multifamiliaux, comme des jumelés, soient construits et demeurent accessibles. Il donne en exemple Granby, où deux groupes de citoyens ont freiné le développement de jumelés dans deux secteurs de la ville. « C’est certain qu’il faut une acceptabilité sociale pour les projets. Il y a une question de zonage, de bien localiser les endroits pour des habitations multifamiliales dans des secteurs où il n’y aura pas de rejet de la population. »

Comme la MRC souhaite attirer des Montréalais qui veulent quitter la métropole, la question du transport collectif est aussi un aspect important à améliorer. 

DES DÉFIS ET DES COUPS DE COEUR 

Lors de la conférence de presse annonçant le lancement de la stratégie, mercredi matin, deux personnes qui ont adopté Brome-Missisquoi ont témoigné de leur amour pour leur région. Deux employeurs ont aussi parlé des défis qu’ils rencontrent alors que la croissance de leur entreprise est menacée par la pénurie de main-d’œuvre.

Maude Ménard-Dunn, son conjoint et leurs trois enfants se sont établis à Dunham il y a bientôt un an. « On cherchait le moyen de vivre dans un environnement qui était près de nos valeurs et qui nous permettait aussi d’être zen, d’être ancrés. [...] C’est une région qui est en mouvement, qui veut se développer, et qui a aussi une vision claire au niveau de l’environnement», a-t-elle fait valoir.En moins de deux semaines, son conjoint a obtenu un emploi en environnement à Bromont, ils ont trouvé un CPE et un médecin de famille. L’agriculture biologique et le sens de la communauté les ont aussi séduits.

Alister Gardner a lui aussi choisi Brome-Missisquoi avec sa conjointe. Le Britannique d’origine s’est établi à Bromont, où il a développé sa passion pour la course à pied. 

Par ailleurs, l’entreprise Soudure Brault a des contrats pour les trois prochaines années, mais a du mal à retenir les plus jeunes employés, selon le fils du propriétaire, Vincent Brault. L’entreprise de Dunham emploie une quarantaine de personnes. 

Les dirigeants de Roulement Koyos, à Bedford, aussi à savoir si la main d’œuvre sera suffisante au terme des investissements envisagés par l’entreprise japonaise, explique le directeur des ressources humaines, Carl Ward. La compagnie qui fabrique des pièces de transmission automobile aimerait notamment investir 5,5 M$ pour une nouvelle machine.