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L’entrepreneur en construction Benoît Laflamme devant une maison à Cowansville bâtie par sa compagnie.
L’entrepreneur en construction Benoît Laflamme devant une maison à Cowansville bâtie par sa compagnie.

Pénurie de bois d’oeuvre: «J’ai jamais vu ça!»

Olivier Pierson
Olivier Pierson
La Voix de l'Est
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C’est le sujet de l’heure: la pénurie de bois de construction et l’envolée des prix qui en découle. Bon nombre d’entrepreneurs au Québec doivent composer avec cette situation tendue qui sourit aux producteurs européens, dans un contexte de COVID qui a vu exploser les travaux de rénovation. Benoît Laflamme est l’un d’eux. Depuis qu’il s’est mis à son compte, il y a plus de 30 ans, il n’a jamais connu ça.

Celui qui fête ses 56 ans aujourd’hui, dimanche de Pâques, n’en revient toujours pas. Comme bien d’autres dans sa profession, ce patron d’une petite entreprise (moins de 10 salariés) portant son nom fait face à un manque criant de matériaux. Et il n’a pas à aller creuser bien profond dans sa mémoire pour s'en rappeler. «Je devais aller à la quincaillerie vendredi, car j’avais besoin de quelques items pour des jobs la semaine prochaine. J’ai dû finalement faire trois magasins, et je n’ai pas réussi à trouver tout ce que je voulais. » 

S’il ne tire pas la sonnette d’alarme, Benoît Laflamme craint que la situation empire dans les mois à venir. «Pour le moment, on arrive encore à s’approvisionner, on n'est pas encore en panne de bois. Mais je ne serais pas surpris que cela devienne plus compliqué», dit-il.

Inflation

Au cours de son échange avec La Voix de l’Est, la question de la forte augmentation du prix des marchandises, «de 100% à 200%» estime-t-il en se référant à sa liste, est vite venue sur la table, avec bien évidemment des répercussions sur la facture de ses clients. Force est de constater que si le printemps a amorcé timidement sa venue côté températures, c’est plutôt la canicule qui pévaut dans les carnets de commandes!

Et les exemples ne manquent pas. Il cite notamment les lattes en épinette 1 po X 3po X 12 pi, incontournables dans la construction de maisons neuves. «Ça coûtait 1,47$ le morceau en juin 2020. Désormais, ça en vaut 4,69$.» On comprend que la facture puisse vite grimper à ce tarif sur un chantier, sachant, selon lui, qu’il faut compter entre 150 et 200 de ces pièces par habitation.

Il enchaîne avec le contreplaqué qu’on installe sous les toitures et dont le prix a presque doublé en un an (31,84$ à 54,94$). Idem pour les poutrelles de plancher et les chevrons de toit. «Pour vous donner une image, si on prend un petit bungalow d’environ 1 100 pieds carrés, ça coûtait à peu près 10 000$ en 2020 pour ces deux produits; aujourd’hui c’est environ 20 000$.»

Effet domino

Comme si cela ne suffisait pas, le gérant des Constructions Benoît Laflamme constate des hausses pour d’autres types de produits. «C’est comme si les autres matériaux s’étaient donnés le mot», observe-t-il sans tirer de conclusions hâtives, citant entre autres l’aluminium et le matériel électrique. «Peut-être font-ils aussi face à des augmentations à cause de la COVID...»

L’entrepreneur pointe également les retards que pourraient engendrer la conjoncture actuelle. «On a des maisons à livrer à des clients qui ont souvent vendu la leur ou leur condo et qui sont censés récupérer leur nouveau bien à une certaine date. Si demain je ne suis plus capable de m’apprivisionner en bois, je fais comment pour respecter l’échéance ? La situation actuelle amène un paquet de problématiques de ce genre qui ne sont pas évidentes à gérer. C’est un peu comme si on avait la tête sur la bûche», conclut-il. Sans oublier les imprévus liés à la crise sanitaire. Deux de ses founisseurs en matériaux de finition intérieure lui ont ainsi adressé récemment un courriel pour lui notifier un arrêt temporaire ou durable de leurs livraisons en raison de cas de COVID détectés chez eux.

Le bois d’oeuvre figure parmi les matériaux de construction les plus touchés par les problèmes d’approvisionnement, derrière les portes et fenêtres.

Toujours autant de rénovations

Une étude de la firme Léger, commandée par plusieurs acteurs de la construction, révélait en février dernier que le marché de la rénovation serait aussi soutenu qu’en 2020.

L’enquête web, menée auprès de quelque mille répondants, établit notamment que deux propriétaires sur trois envisagent de réaliser des travaux chez eux d’ici à septembre prochain. Une majorité d’entre eux a par ailleurs prévu de se tourner vers des professionnels.

Au chapitre des rénovations les plus populaires, les travaux de peinture arrivent en tête (38%), devant l’aménagement paysager (22%) et les espaces extérieurs de type terrasse, patio ou balcon (21%).

Un second sondage, mené en parallèle auprès de 750 entrepreneurs et dirigeants d’entreprises en construction et en rénovation, a mis en exergue leurs problèmes d’approvisionnement. Les portes et fenêtres arrivent en tête des matériaux les plus touchés (46%), devant le bois d’oeuvre (38%), le contreplaqué et OSB (35%), les fermes de toit (33%) ou encore les poutrelles (28%).

La plupart des personnes interrogées (80%) ont aussi déclaré avoir été confrontées à des délais supplémentaires dans la livraison de leurs chantiers.