La Couronne demande de cinq à six ans de prison pour Savvas Kalymialaris, trouvé coupable d’agression sexuelle, tandis que la défense suggère plutôt un an de détention.
La Couronne demande de cinq à six ans de prison pour Savvas Kalymialaris, trouvé coupable d’agression sexuelle, tandis que la défense suggère plutôt un an de détention.

Peine de Kalymialaris: les parties sont aux antipodes

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
La défense et la poursuite ont des positions diamétralement opposées quant à la peine à imposer à un restaurateur de Bedford, en Montérégie, trouvé coupable d’avoir agressé sexuellement une mineure.

Au terme d’un procès devant jury ayant duré deux semaines, en février, Savvas Kalymialaris a été reconnu coupable d’agression sexuelle, d’attouchements et d’incitation à le toucher. Sa victime était une adolescente âgée de 15 et 16 ans envers qui il était en situation d’autorité.

L’homme de 42 ans a aussitôt été incarcéré. Pour la poursuite, les gestes commis par le propriétaire d’une pizzéria en 2016 et 2017 sont «très sérieux, très graves» et doivent être punis en conséquence.

«L’accusé a utilisé une enfant comme objet sexuel pour assouvir ses pulsions d’homme mature, a indiqué mercredi Me Valérie Simard-Croteau, du ministère public, au palais de justice de Granby. Ça témoigne des pires intentions.»

Fragilité

En plus du caractère répétitif des crimes, graduels et étalés sur plusieurs mois avant de culminer par des relations complètes, la poursuite a souligné «la violence psychologique et verbale» dont la victime a fait l’objet, ainsi que sa vulnérabilité.

La jeune femme — dont l’identité ne peut être diffusée — avait une santé mentale fragile, souffrait d’anxiété et était à la recherche de son identité sexuelle. «Ça a probablement facilité la mise en oeuvre du plan de l’accusé», a dit Me Simard-Croteau, qui demande de cinq à six ans de prison. «C’était du pur opportunisme.»

L’avocate a fait valoir qu’il s’agit d’une sentence normale dans les circonstances et que les tribunaux sont appelés à imposer des peines de plus en plus sévères pour ce type de crime.

«Il faut envoyer un message clair à M. Kalymialaris et à l’ensemble des agresseurs sexuels que ces gestes heurtent grandement la société».

L’accusé, a-t-elle ajouté, ne reconnaît pas ses torts et en appelle du verdict, ce qui soulève des questions quant à son risque de récidive.

Fréquence

À la défense, Me Alexandre Caissie a contesté la plupart des arguments de la poursuite. Son client, qui assistait à l’audience par visioconférence à partir de prison, ne peut exprimer de remords, car il réfute les accusations; il ignorait aussi la vulnérabilité de la victime.

Citant plusieurs jurisprudences, Me Caissie a également soutenu que la peine demandée par la Couronne était trop sévère. Dans de nombreuses causes, des peines plus clémentes ont été imposées à des personnes ayant commis des crimes plus graves en nombre et en durée.

Surtout, il conteste la fréquence et la durée des gestes commis par son client puisque la victime a été vague à ce sujet durant le procès. «Madame a été incapable de décrire une fréquence, un nombre, a-t-il indiqué. La fréquence, on ne peut l’établir.»

Facteur

Bref, cet aspect ne peut constituer un facteur aggravant aux yeux de la défense, qui suggère plutôt un an de prison, soit la peine minimale assortie d’une probation de trois ans.

À l’aide de témoins, dont l’épouse de M. Kalymialaris, Me Caissie a insisté que son client était un père attentionné pour ses cinq enfants, ainsi qu’un commerçant très apprécié et impliqué dans sa communauté. «Il est un actif pour la société», a indiqué son avocat.

La défense demande aussi que la détention préventive de l’accusé, incarcéré depuis le 20 février, soit comptée en double plutôt qu’à temps et demi compte tenu de ses conditions de vie actuelles en prison. M. Kalymialaris n’a pas accès au service de bibliothèque et ne peut recevoir de visite depuis les mesures de confinement.

Le juge Claude Villeneuve, de la Cour supérieure, doit rendre sa sentence en mai.