Annie Blanchard, coordonnatrice des services du Centre de pédiatrie sociale de la Haute-Yamaska (CPSHY), Lorraine Deschênes, présidente du conseil d’administration du CPSHY, et Catherine Gagnon, pédiatre

Pédiatrie sociale en Haute-Yamaska: la communauté avant tout

Le Centre de pédiatrie sociale en communauté de la Haute-Yamaska (CPSCHY) a récemment soufflé sa première bougie et déjà, ses interventions auprès des enfants et leurs familles portent ses fruits, à Granby et Waterloo. Et le meilleur est à venir, assure l’équipe.

Catherine Gagnon, principalement pédiatre à l’hôpital de Granby, est l’une des deux médecins du centre de pédiatrie sociale. Elle est convaincue de l’apport de cette pratique instaurée par le Dr Gilles Julien il y a près de 30 ans.

« Cela fait une immense différence de travailler en équipe, assure-t-elle. Avec tous les partenaires impliqués dans le dossier de la famille autour de la table, c’est super riche et c’est plus efficace [comme intervention] que lorsqu’on est seul dans notre bureau. »

En effet, le modèle de la pédiatrie sociale ne se limite pas au seul médecin, prévoyant que les rencontres cliniques soient plutôt assurées en simultané par une travailleuse sociale et une médecin. C’est le cas ici.

« J’apprécie vraiment beaucoup travailler en co-leadership avec la travailleuse sociale [Sophie Prévost], indique Dre Gagnon. Ça change beaucoup de quand on est seul dans notre bureau. Tout le monde est sur un même pied d’égalité pour partager les informations. C’est pas toi qui lead au complet, ce qui permet de mieux observer l’enfant, de mieux connecter avec lui que lorsqu’on est seule derrière le bureau. »

Sept mois après l’ouverture du Centre, ses responsables ont rencontré plus de 35 enfants en situation de vulnérabilité dans l’un des deux points de service, à Granby (442, rue Saint-Jean) ou à Waterloo (local du presbytère Saint-Bernardin, partagé avec Espaces familles) et ont effectué près de 160 accompagnements sur cette période, selon le premier rapport d’activités du Centre. Les premiers enfants ont été vus en octobre 2018.

Ces chiffres modestes s’expliquent par les difficultés à démarrer un tel projet. « Tout était à faire, on partait de zéro, rappelle Lorraine Deschênes, présidente du conseil d’administration du CPSCHY. C’est ça la première année. »

Table de cuisine

La pédiatrie sociale s’inscrit dans la philosophie du Dr Julien, en réunissant autour d’une même table tous les acteurs importants dans le développement de l’enfant — famille, médecins, intervenants sociaux, professeurs, éducateurs, entre autres.

L’intérieur des locaux de Granby du Centre de pédiatrie sociale.

« Le fait de mettre ensemble des intervenants, des réseaux, des univers qui peut-être ne se parlaient pas avant, mais qui sont tous impliqués par rapport à cet enfant-là, ça peut faire une énorme différence », souligne Mme Deschênes, gestionnaire retraitée du réseau de la santé.

En l’occurrence, ces rencontres ont lieu autour d’une vieille table de cuisine ; on est loin du bureau formel du médecin traditionnel !

La pédiatre constate les bienfaits d’une telle approche : « Il y a des enfants que je suivais à l’hôpital et que j’ai transférés en pédiatrie sociale, et cela a permis de trouver de nouvelles pistes de solution. »

« Dans certaines situations, c’est tellement complexe que chaque intervenant est conscient qu’il est limité dans son rôle, ajoute Annie Blanchard, coordonnatrice des services du CPSCHY à Granby et Waterloo. En se coordonnant, on va plus loin ensemble, c’est plus efficace et l’enfant en bénéficie. »

Le Centre est d’ailleurs heureux que ses locaux de Granby soient attenants à ceux de l’organisme Réussir avec PEP, dont le but est de favoriser l’entrée scolaire des tout-petits et leur famille.

« On a déjà référé des enfants à Réussir avec PEP, qui sans nous n’auraient pas profité de ces services », indique Dre Gagnon. Mme Blanchard précise que ce partenariat avec PEP leur apporte une visibilité intéressante, notamment du fait que cet organisme anime des activités dans les HLM.

Financement

Lorraine Deschênes est très reconnaissante du soutien financier des différents bailleurs de fonds, soit la Fondation du Dr Julien, la Fondation entraide jeunesse François Godbout, la Fondation Sybilla Hesse et les autres dons privés de la communauté. Toutefois, ce financement doit encore être stabilisé et renforcé.

La population a également l’occasion ce samedi de soutenir le Centre de pédiatrie sociale de la Haute-Yamaska, en participant à l’événement « Hot dog don » organisé par le Club Kiwanis, samedi, au supermarché Metro de Granby. L’argent recueilli sera remis au Centre.

Ce lien avec la population est essentiel à la mission de la pédiatrie sociale, ici comme dans la vingtaine d’autres centres situés ailleurs au Québec. Dre Gagnon y croit : « Je souhaite qu’on soit un endroit de référence pour le quartier, qu’on s’ancre dans la communauté directement avec les familles. »

À LA RECHERCHE D’UNE TRAVAILLEUSE SOCIALE 

Après des premiers mois très encourageants, le centre de pédiatrie sociale vit ses premières embûches. Il est actuellement privé de travailleuse sociale, celle-ci étant en congé de maternité. 

«Au début, on offrait deux jours de clinique, et là on a les moyens financiers d’offrir plus de jours, mais on n’a pas de candidats, explique Mme Deschênes. C’est pas facile de trouver quelqu’un pour six mois.»

L’état actuel du marché de l’emploi rend encore plus difficile la recherche de la perle rare.

La deuxième médecin du Centre, Marie-Pier Dubé, est également en congé de maternité depuis avril. L’équipe, déjà petite, est donc diminuée. Heureusement pour elle, un nouveau médecin devrait intégrer l’équipe dans les prochains mois et une travailleuse sociale sera présente un jour par semaine, grâce à un prêt de service du CIUSSS, à compter des prochaines semaines. Avec deux travailleuses sociales et bientôt trois médecins, le CPSCHY atteindrait alors le ratio demandé par la Fondation du Dr Julien, soit cinq jours de travail social pour une journée de médecine. 

Le Centre en est encore à ses balbutiements, et ses responsables ne souhaitent pas grandir trop vite, surtout afin d’éviter de marcher dans les plates-bandes des autres organismes partenaires. « On va mettre cet été à profit pour réfléchir aux nouvelles activités que nous allons proposer aux enfants en septembre prochain», prévoit Mme Blanchard.