Christine Guilbault a été estomaquée de se faire offrir de payer pour éviter d'attendre à la clinique sans rendez-vous de Cowansville.

Payer pour éviter d'attendre en clinique: l'initiative fait des vagues

Un manque de respect. C'est ainsi que Christine Guilbault qualifie l'offre de payer près de vingt dollars pour avoir une « garantie de passer à l'heure », qui lui a été proposée en prenant un rendez-vous au centre médical de Cowansville.
La dame est estomaquée. « On nous offre des garanties sur tout de nos jours. C'est même rendu qu'il faut payer pour être certain que notre rendez-vous à la clinique soit respecté. Ça n'a pas de bon sens, a-t-elle clamé. Pas question que je paie 17 $ plus taxes pour ça. Quand on m'a proposé ça, le menton m'en est tombé et il n'est pas relevé depuis. »
En fait, ce service émanant de Bonjour-Santé est offert aux patients de cliniques sans-­rendez-vous. Dès qu'une case horaire a été attribuée à Mme Guilbault­ au centre médical de la rue Rivière, elle a reçu un texto par le biais du système automatisé de l'entreprise privée concernant sa « Garantie Chronoscope ». « Vous pouvez modifier votre consultation actuelle pour une consultation avec garantie de temps d'attente en clinique de 17 minutes maximum ! Même jour. Même clinique », indique le message promotionnel, tout en soulignant que 90 % des patients qui ont déboursé cette somme ont vu un médecin à l'intérieur du laps de temps prévu.
Mme Guilbault voit en cette initiative un « système public à deux vitesses ». « Tu paies, ça va vite. S'il y a du retard, à quelle heure passeront ceux qui n'auront pas sorti leur carte de crédit ? Est-ce une faille pour compenser l'abolition des frais accessoires ? » a-t-elle questionné.
Illégal ?
Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait indiqué lors d'une mêlée de presse en février que le service « Chronoscope » est illégal. « La Loi, telle qu'elle est écrite, ne permet pas de charger aux patients un accès prioritaire par un système comme celui [de Bonjour-Santé] », avait-il fait valoir.
De son côté, le président de l'Association des médecins omnipraticiens d'Yamaska (AMOY), Dr Jacques Bergeron, s'est dit particulièrement préoccupé par cette offre, dont il ignorait le déploiement dans la région. « Les gens sont imaginatifs pour aller chercher de l'argent. Ça me renverse chaque fois, a-t-il dit en entrevue. Je pense que [le service de Bonjour-Santé] n'est pas du tout en accord avec le règlement sur les frais accessoires. Et c'est très limite en ce qui concerne le Code de déontologie. Quelqu'un qui paie n'a pas à avoir un avantage comparativement à une personne qui ne le fait pas. J'ai beaucoup de réserves quant à une pratique comme ça. »
Appelé à commenter le dossier, le ministère de la Santé a préféré « réserver ses commentaires », car la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) vérifie actuellement « la légalité de toutes les applications offertes par Bonjour-­Santé », a mentionné la porte-parole du Ministère, Marie-Claude Lacasse. 
Gaspillage
Il y a à peine quelques mois que l'équipe de la clinique de Cowansville a appris, via ses patients, l'existence du programme « Chronoscope » de Bonjour-Santé, a indiqué à La Voix de l'Est Lucie Fontaine, technicienne administrative pour le groupe de médecine de famille (GMF) Cowansville-Lac-Brome. Or, le personnel de l'établis­sement n'endosse pas cette pratique. « On dit aux patients de ne pas payer pour réduire leur temps d'attente. C'est de l'argent gaspillé, parce qu'on a généralement très peu de retard sur notre horaire chaque jour. Les médecins chez nous sont aussi contre le fait de débourser pour être vus en dedans de 17 minutes. »
Mme Fontaine a également fait valoir qu'aucune redevance provenant de ce service ne va aux cliniques. D'ailleurs, le GMF souhaite que ce service ne soit plus offert à ses patients. L'organisation aurait fait une demande en ce sens à Bonjour-Santé, en vain. « On est un peu victimes dans tout ça, a dit la représentante de la clinique. Surtout qu'il n'y a aucun moyen pour Bonjour-Santé de contrôler notre agenda. Quand un patient se présente à son rendez-vous, on n'a aucune idée s'il a payé le 17 $ ou pas. Il n'y a pas de petite étoile à côté de son nom et personne d'autre que notre équipe n'a accès à notre base de données. »
Il n'a pas été possible d'obtenir jeudi les commentaires de Bonjour-Santé.