Le curé Marcel Gill, joué par Michel Bertrand, porte le regard vers l'endroit où s'érigera l'église Notre-Dame lorsqu'il aura convaincu le maire S.H.C. Miner.

Passionnante plongée dans l'Histoire

L'activité Granby, une page d'histoire, qui se tenait vendredi et samedi soir dans le cadre des Journées de la culture, a connu un franc succès. Pas moins de 400 personnes ont arpenté le centre culturel France-Arbour pour en apprendre davantage sur huit personnages marquants de la ville.
Les groupes étaient pratiquement tous complets. Quelques places ont été ajoutées pour les visiteurs sans réservation, indique Jean-Olivier Grégoire Fillion coordonnateur à la Vie culturelle et communautaire (VCC) de Granby.
Quelques ajustements ont été apportés le samedi afin d'améliorer la fluidité et de réduire les temps d'attente entre les stations. Les déplacements donnaient toutefois lieu à des partages de souvenirs sur des personnes parfois décédées il n'y a pas si longtemps, comme Paul Brunelle.
Justement, le parcours débutait dans la salle d'exposition Boréart peu éclairée avec M. Brunelle, interprété par Maxime De Munck arborant, pour l'occasion, les véritables vêtements du populaire chanteur country. Le parcours de l'homme a été dépeint en quelques minutes.
S'organiser pour tenir le coup
Les groupes étaient ensuite dirigés dans un couloir éclairé aux fausses chandelles jusqu'à la cuisine où prenait place Mélissa Dion Des Landes dans le rôle d'Adrienne Beaudry Dumas. 
Cette femme de syndicaliste tenait une assemblée secrète de femmes pour aider les familles des grévistes de la Dominion textile à Magog. Les femmes des groupes se sont assises auprès d'elle pour, ensemble, tenter de trouver des moyens d'aider les familles à survivre et à tenir le coup pendant le conflit de travail. 
« Il fallait donner l'élan et Adrienne Beaudry Dumas a joué un rôle super important là-dedans, remarque la comédienne. Ça a été vraiment un succès, son apport pour soutenir les familles des grévistes. »
Durant les présentations, il lui est arrivé de recevoir des témoignages de gens qui avaient vécu la grève en question. Pour avoir de l'argent, « on allait cueillir les pommes à Frelighsburg­ », a rapporté une participante.
« Les gens participent, c'est le fun », s'enthousiasme Mme Dion Des Landes.
Des maires marquants
Les groupes descendaient ensuite d'un étage pour se retrouver devant Horace Boivin, interprété par Benjamin St-Martin-Brosseau. À l'aide d'acétates, ce dernier a illustré quelques moments marquants de la vie politique de l'homme derrière notamment la création du zoo et la construction de l'hôpital (durant la Deuxième Guerre mondiale).
« Il était comme un ambassadeur d'une drôle de manière, remarque le comédien. Ce qui m'a frappé, c'est qu'Horace donnait des clés en or aux gens qu'il rencontrait ailleurs, comme des ministres étrangers. La ville avait 30 000 habitants et ils recevaient la clé de Granby ! Horace était connu, il était super éclaté, il avait de bonnes idées pour faire connaître la ville de Granby partout. »
Une porte blanche coulissante menait ensuite les visiteurs dans la chaufferie du bâtiment, transformée pour l'occasion en laiterie : celle du nouveau maire Joseph-Hermas Leclerc, dont le rôle était tenu par Samuël Côté. Élu maire en 1929, il avait toujours sa laiterie. « Il a été un des premiers à Granby à amener la pasteurisation du lait, ce qui a fait chuter de 50 % le taux de mortalité infantile entre 0 à 1 an, explique son interprète. On fait comme si les visiteurs­ étaient des employés. »
Communicateurs
Arrêt suivant : une salle abritant une scène, où les visiteurs ont pu découvrir (et participer) à un radio-théâtre. Francine Casavant­ s'est glissée, durant les deux soirs, dans la peau de Pierrette­ Robichaud­ Lafleur, journaliste, animatrice et chroniqueuse. C'est elle qui, à l'époque, avait amené le radio-théâtre à la station radiophonique­ CHEF, à Granby.
« Elle s'occupait beaucoup des femmes aussi, ajoute Mme Casavant­. Elle a créé ce qui s'appelle maintenant le Centre de femmes Entr'elles. Elle a vraiment marqué Granby. Sa carrière a duré environ 25 ans. »
Les spectateurs étaient invités à participer à une scène de quatre répliques et à recréer trois effets sonores.
Petite halte ensuite dans les escaliers pour entendre l'écrivain Palmer­ Cox, le père des Brownies, ces petits personnages qui ont marqué plusieurs imaginaires. « C'est un gars qui a déménagé aux États-Unis dans la mi-vingtaine et qui a eu un sale succès, constate le comédien Benjamin Déziel. Ses oeuvres se sont vendues à plus d'un million d'exemplaires. Il a deux pièces de théâtre qui ont été jouées sur Broadway pendant longtemps. »
Religion et politique
Dernier arrêt : une séance de négociation entre le maire Stephen­ Henderson Campbell Miner et le curé Marcel Gill, qui deviendra le prêtre fondateur de l'église Notre-Dame à Granby.
Les deux hommes, joués par Vincent Massé et Michel Bertrand­, sont assis aux deux extrémités d'une longue table, à la lueur de chandelles. 
« Le curé veut me convaincre de laisser place à l'église dans notre ville, explique Vincent Massé. Je suis sceptique parce que ça demanderait de l'argent et, avec le développement de la ville de Granby, les familles sont encore dans la misère, dans la pauvreté. Finalement, il me convainc en me disant qu'il va imposer une dime un peu plus haute et que ce ne sera pas mes concitoyens qui vont avoir à contribuer­ monétairement­ pour ça. »
Les deux jeunes hommes réalisent aujourd'hui à quel point la religion avait du poids en politique. Une guerre de clochers entre les églises francophones et anglophones faisait rage également, à savoir laquelle aura le plus imposant clocher pour faire de l'ombre dans les vitraux de l'autre.
« Miner est en élection [au moment de la demande du curé Gill]. S'il est trop dur avec le curé, il pourrait perdre ses élections parce que le curé est un homme important dans la ville », expose M. Bertrand.
Une suite ? 
Les représentations de vendredi et samedi constituaient une chance unique de voir les personnages marquants de l'histoire de Granby. Jean-Olivier Grégoire Fillion assure que l'histoire ne se répètera pas l'an prochain pour les journées de la culture. Par contre, Granby, une page d'histoire pourrait revivre différemment, comme en capsule Web ou encore avec une tournée dans les écoles secondaires.