Des membres des Hells Angels et de leurs club-écoles ont fait acte de présence au Thunder Bike Show, à Saint-Pie. Une situation qui n'inquiète pas les commerçants de l'événement, mais qui déplaît au maire de Saint-Pie.

Passage remarqué des Hells Angels à Saint-Pie

La présence de membres et de sympathisants du groupe de motards criminalisés Hells Angels ne passe pas inaperçue dans les événements grand public. Si leur kiosque avait soulevé un tollé à l'Expo de St-Hyacinthe le 2 août dernier, l'apparition du camion Support 81 était toutefois moins surprenante au rassemblement Thunder Bike Show, qui se tenait sur un terrain de Sanair, ce week-end à Saint-Pie.
Si cette visite n'a pas plu à tous, la présence des Hells Angels et des membres de leurs clubs-écoles à cet événement pour motocyclistes n'a pas semblé déranger  les autres tenanciers de kiosques, selon ce qu'a pu constater­ La Voix de l'Est
L'équipe du journal a pu avoir accès au site vers l'heure du midi, samedi. La journée était encore jeune, mais les motards portant des vestes de cuir arborant des écussons aux couleurs des différents clubs criminalisés, comme les Brotherhood­, les Devil Ghosts, les Lucky Riders ou encore les Dark Souls, étaient déjà nombreux. Le kiosque du club criminalisé vendait des vêtements et des items à l'effigie de Support 81. Le chiffre 81 symbolise les Hells Angels, rappelant la huitième et première lettre de l'alphabet, le H et le A.
Notre demande d'entrevue a été refusée au kiosque.
Si certains commerçants se sont refermés comme des huîtres à la seule mention du terme « journaliste », quelques-uns ont accepté de parler de la situation qui a attiré une attention médiatique loin de plaire aux organisateurs. L'ensemble de ces commerçants n'était pas inquiet face à leur présence. 
« Je vais à des shows à Toronto et tous les groupes de motards sont là. Il n'y a jamais de problèmes, mentionne Jean-Marc Dubé, de HD Bright. La police et les clubs avec leurs patchs sont là et il n'y a jamais de chicane. Ils ne sont pas là pour faire du trouble, ils sont là pour se faire voir. S'ils font du trouble, c'est de la mauvaise publicité­ pour eux. »
Le constat était le même chez les autres commerçants qui ont accepté de parler au quotidien. Ils soulignent le fait que les membres des clubs criminalisés se montrent respectueux­ envers eux.
Impressionner et intimider
Pour avoir accès au stationnement, les visiteurs devaient payer leur droit d'entrée à un membre d'un club-école des Hells Angels. Selon différents observateurs, les clubs-écoles sont responsables de la sécurité dans ces rassemblements. Sur le site lui-même, des dizaines de personnes portant les couleurs de l'un ou l'autre des clubs ou des chapitres circulaient.
Selon ce qu'a confié à Radio-Canada André Cédilot, spécialiste du crime organisé et de la mafia, ce regain de visibilité sert à intimider le milieu criminel et à impressionner la population, mais aussi à solidifier les liens et réaffirmer la hiérarchie. Sylvain Tremblay, enquêteur et officier à la retraite de la Sûreté du Québec, a quant à lui affirmé à la Société d'État que les Hells Angels sont en plein contrôle du territoire canadien et l'augmentation de leur visibilité n'y est pas étrangère.
« On s'est fait avoir »
Le propriétaire de Sanair s'est entendu avec Headrush pour la location du terrain. Les propriétaires des deux compagnies ont fait une demande de permis à la Ville de Saint-Pie, mais les clauses n'ont pas été respectées, indique le maire Mario St-Pierre, furieux de la tenue d'un tel rassemblement sur le territoire de sa municipalité. 
C'est le cabinet d'avocats Dunton Rainville qui a fait la demande de permis. « On s'est fait bien avoir avec ça. Dans notre tête, c'était un événement à caractère musical, explique M. St-Pierre. On se disait qu'il y avait des motos, mais que c'était une firme assez droite et que l'événement allait mettre du coffre à St-Pie. Rien ne pouvait nous laisser entrevoir que les invités spéciaux étaient des motards criminalisés­. On a été échaudé. »
Le permis, qui permettait la tenue d'un spectacle vendredi et samedi soir jusqu'à 23 h, a été signé par Jacques Guertin, propriétaire de Sanair, et Martin Ross, propriétaire des vêtements Headrush. 
« J'ai eu des appels de citoyens, vendredi, qui venaient de recevoir la programmation et l'événement était pour dépasser 23 h et se prolonger jusqu'à 3 h du matin », affirme le maire St-Pierre. Il indique avoir reçu plusieurs plaintes pour le bruit et être allé lui-même sur place pour constater, vers minuit trente dans la nuit de vendredi à samedi, que le spectacle se poursuivait.
Le promoteur David Inkel assure qu'il croyait que le permis accordait une dérogation spéciale pour que les activités puissent se tenir jusqu'à 3 h. Il ajoute que personne n'est venu l'aviser qu'il y avait eu des plaintes.
Selon le maire, le non-respect du couvre-feu expose les organisateurs à une contravention qui serait donnée par la Ville. Une décision sera prise à ce sujet après consultation avec le directeur­ général. 
Mario St-Pierre espère que les petites municipalités apprendront de l'expérience de St-Pie. « C'est important d'avoir des événements dans les petites municipalités, mais pas à n'importe quel prix », soutient-il. 
Les St-Piens doivent composer avec une présence de plus en plus répétée chez eux. Les motards criminalisés ont en effet fait de St-Pie un de leurs lieux de rencontres. Ils fréquentent notamment un camping et une maison en location près des anciens Métaux Picard.
Les policiers présents
Qui dit rassemblement de motards dit présence policière. Les agents de la SQ ont fait sentir leur présence durant les deux jours de l'événement. Ils ont profité de l'occasion pour raffiner leurs banques de renseignements. 
« Vendredi, la police était là avec des caméras cachées sous le bras, raconte Jean-Marc Dubé. Ils viennent voir qui est là. En sortant d'ici, il y avait la SQ avec un test d'alcool. C'est leur façon de dire qu'ils sont présents. »
Des barrages étaient organisés autour de Sanair, selon les témoins. 
La Sûreté du Québec s'est faite avare de commentaires, mais le sergent Claude Denis confirme que des policiers étaient sur place tout au long de l'événement. Aucun incident n'a été rapporté.