«Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, on n’a aucunement la volonté de centraliser tous nos effectifs médicaux dans une ville de notre territoire», assure la Dre Colette Bellavance.

«Pas de cachette» à propos des PEM, assure le CIUSSS de l'Estrie

Le changement dans la façon de présenter les plans d’effectifs médicaux (PEM), soit par territoire plutôt que par installation, n’aura pas d’incidence sur la répartition des médecins spécialistes, a indiqué mercredi le CIUSSS de l’Estrie. Il n’y a pas non plus de centralisation du personnel vers Sherbrooke, a assuré l’organisation en réaction aux vives inquiétudes soulevées en ce sens dans la région.

Les effets de l’adoption de la loi 130, « modifiant certaines dispositions relatives à l’organisation clinique et à la gestion des établissements de santé et de services sociaux », font craindre le pire. La divulgation des données des PEM est du nombre, rapportait mardi La Voix de l’Est.

Auparavant, on pouvait voir dans ces tableaux la répartition détaillée des effectifs par hôpitaux dans chaque territoire. On parle normalement de projections quinquennales. Or, depuis le 19 décembre, les chiffres sont désormais globaux, entre autres pour l’ensemble de l’Estrie. Ce qu’ont déploré des médecins spécialistes d’ici, qui ont toutefois préféré taire leur identité. Idem pour la Fédération (FMSQ) qui les représente.

« Les gens ont besoin de services de proximité en région, a mentionné en entrevue un de ces médecins. Ce n’est pas en coupant des spécialités que les choses vont s’améliorer. Et cacher la réalité, ça ne fait qu’ajouter au cynisme de la population envers le gouvernement. »

De son côté, la directrice des services professionnels du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, Dre Colette Bellavance, a assuré que la transparence n’est nullement compromise. « [Le PEM] est un processus dynamique. On sait ce qu’on cherche. Il n’y a pas de cachette. Les nombres sont globaux et on suit notre historique [en fonction des besoins]. »

L’organisation du CIUSSS de l’Estrie pourrait-elle rendre publique la répartition des effectifs médicaux spécialisés par installation, comme le faisait auparavant le ministère de la Santé ? « Comme établissement, on n’a jamais fait ce type de publication », a brièvement répondu la Dre Bellavance.

« Ça pourrait être regardé avec les communications. Mais à première vue, je ne vois pas la pertinence de le faire », a renchéri Geneviève Lemay de l’équipe des relations médias.

Centralisation
Selon les données du PEM 2018, 28 postes de spécialistes seront vacants dans l’ensemble du territoire du CIUSSS de l’Estrie. En recoupant les chiffres publiés en octobre 2017, on constate une certaine érosion des effectifs à la faveur de Sherbrooke. La gastro-entérologie est un exemple. D’ici 2020, Granby devrait perdre son seul spécialiste dans ce créneau, tandis que l’on prévoit en ajouter un en 2018 au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), qui en compte déjà 17.

Idem en gériatrie. Granby n’a plus de spécialiste dans cette branche depuis 2016, alors que l’Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke a un poste à pourvoir cette année. À l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), le PEM 2017 prévoyait un cardiologue. Ce poste est demeuré vacant et ne figure plus au PEM d’ici à 2020. De son côté, le CHUS, qui compte 18 cardiologues, devrait en accueillir un de plus au cours des mois à venir.

Ces données ont fait bondir le député de Granby, François Bonnardel. « On déshabille Paul pour habiller Jean, a illustré le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ). Les services de proximité sont oubliés dans tout ça. Dans les hôpitaux régionaux comme le nôtre, avec une population vieillissante, c’est très inquiétant. »

« Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, on n’a aucunement la volonté de centraliser tous nos effectifs médicaux dans une ville de notre territoire, a fait valoir la Dre Bellavance. Ce ne serait pas du tout intéressant. Il faut absolument s’enlever ça de la tête. »

En nombre absolu, les Réseaux locaux de services (RLS) de la Haute-Yamaska et La Pommeraie, affiliés aux hôpitaux de Granby et BMP, ont plus de spécialistes qu’en 2015, a-t-elle indiqué, soulignant que les principaux créneaux à ce chapitre sont la pédiatrie, la médecine interne, l’orthopédie, la psychiatrie et la neurologie.

De plus, sur les 28 postes vacants de spécialistes (inscrits au PEM) en Estrie, 15 sont en voie d’être comblés, a précisé Dre Bellavance.