Le coordonnateur du GASP, Nicolas Luppens, a évoqué un manque de cohésion des organisateurs pour expliquer qu’aucun bénévole ne se soit manifesté à Granby pour recenser mardi les itinérants.

Pas de bénévole, pas de décompte

Le premier dénombrement des itinérants prévu cette semaine à Granby n’a pas eu lieu et ne sera pas reconduit. Du moins pas cette année. Contrairement à Sherbrooke où l’opération a connu un franc succès, aucun bénévole n’a répondu à l’appel ici. Le portrait global des personnes sans domicile fixe en Estrie, découlant de cette étape initiale, sera donc incomplet.

Le responsable de la coordination intersectorielle en itinérance du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, Charles Coulombe, n’a pas caché sa déception. Malheureusement, ça n’a pas levé du côté de Granby dans le recrutement de bénévoles. On avait pourtant fait tout le travail avec des partenaires pour identifier des secteurs extérieurs qui devaient être visités [mardi]. [...] On a raté une belle occasion de rendre justice à un territoire », a-t-il indiqué en entrevue.

Rappelons que dans l’ensemble des communautés en Estrie, Granby et Sherbrooke avaient été ciblées pour que des groupes recensent les itinérants en arpentant certaines artères. Une vingtaine de participants étaient requis afin que l’activité puisse aller de l’avant. À Sherbrooke, dix équipes de bénévoles ont sillonné les rues des secteurs prédéterminés, rapportait La Tribune. Or, selon M. Coulombe, aucune personne de Granby ou des environs ne s’est manifestée pour participer.

Par ailleurs, le représentant du CIUSSS estime que la sortie médiatique de Groupe Actions Solutions Pauverté (GASP) dénonçant l’opération a pesé dans la balance. « S’il y avait eu une [prise de position] publique du GASP disant que l’organisation a des réserves, mais qu’elle appuie la démarche, ça aurait possiblement [changé la donne pour le recrutement]. [...] Et malheureusement, avec le dénombrement, il y avait un questionnaire. Les bénévoles et les gens au niveau des ressources à Granby ont choisi de ne pas s’investir dans le processus », a-t-il fait valoir.

Stigmatisation
Appelé à commenter le dossier, le coordonnateur du GASP, Nicolas Luppens, est d’avis que le manque de cohésion a joué en défaveur des organisateurs du recensement. « Peu de temps et peu de ressources ont été investis pour trouver de bonnes équipes de bénévoles. [...] De notre côté, on ne se sent pas responsables du peu de ressources qui se sont manifestées », a-t-il dit, assurant qu’aucun mot d’ordre de boycotter le décompte des itinérants n’a été donné à Granby.

M. Luppens a néanmoins concédé avoir plusieurs réserves quant au bien-fondé d’une telle démarche. « Le point de vue des membres du comité itinérance était que la démarche allait amener des chiffres assez réducteurs, et qui pourraient marquer l’imaginaire collectif sans être représentatifs de l’itinérance réelle ici. On était donc assez frileux à dire que c’est un bon projet. »

Le représentant du GASP a également évoqué l’aspect « stigmatisant » d’un recensement comme celui-là. Un argument que rejette Charles Coulombe. « Il y a eu beaucoup de préoccupations exprimées par des partenaires sur le caractère potentiellement stigmatisant d’une démarche comme [le décompte]. Mais l’information que l’on a, c’est que partout où ça s’est fait, dans les villes canadiennes et américaines, l’expérience documentée démontre que les gens qui acceptent de participer au questionnaire sont contents de le faire en majorité. »

Méthodologie
Comme le premier recensement s’inscrivait dans une démarche à l’échelle provinciale afin d’obtenir un portrait global de l’itinérance, la méthodologie ne permet pas de reconduire l’opération à Granby cette année. Toutefois, le décompte des personnes hébergées au sein de la trentaine d’organismes en Estrie, notamment à la maison Le Passant à Granby, a quand même été effectué mardi.

Les résultats du premier volet de cette démarche seront dévoilés cet automne. Quasi simultanément, le lancement des trois autres parties de l’étude est au programme. Le deuxième volet consiste à documenter l’itinérance cachée. Contrairement aux gens se trouvant dans une situation précaire que l’on peut apercevoir sous les ponts, dans la rue ou dans des édifices désaffectés, par exemple, ceux-ci vagabondent d’un logement à l’autre, souvent chez des connaissances, a indiqué M. Coulombe. Ces personnes sont donc plus difficiles à identifier.

La troisième portion de l’enquête consiste à recueillir de l’information sur l’utilisation des services par les personnes sans-abri. Et finalement, on tentera d’obtenir davantage de renseignements à propos des caractéristiques du parcours des itinérants. Le rapport sur les volets 2 à 4 devrait être rendu public au printemps 2020.