Le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, ne fera pas face à des accusations en lien avec des allégations d'inconduite sexuelle.

Pas d'accusations contre Pierre Paradis

Le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, ne fera pas face à des accusations en lien avec des allégations d'inconduite sexuelle ayant mené à sa destitution comme ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, puis à son exclusion du caucus libéral.
« Après examen du rapport d'enquête produit par la Sûreté du Québec à la suite d'allégations de gestes à caractère sexuel visant le député de la circonscription de Brome-Missisquoi, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n'est pas raisonnablement convaincu de pouvoir établir la culpabilité de cette personne. En conséquence, aucune accusation ne sera déposée dans ce dossier », a fait savoir le DPCP dans un communiqué diffusé en fin d'avant-midi, lundi.
On y fait également mention que la plaignante a été préalablement rencontrée afin « de l'informer du résultat de l'analyse du dossier et de lui expliquer les motifs qui sous-tendent cette décision. »
Cet hiver, il a été révélé que M. Paradis faisait l'objet d'une enquête criminelle par la Sûreté du Québec, après qu'une plainte d'agression sexuelle ait été déposée contre lui. Quelques semaines plus tard, La Presse révélait que la victime alléguée était son ancienne chef de cabinet, qui se trouvait en congé de maladie depuis plusieurs mois.
En conséquence, le 25 janvier dernier, l'avocat de 66 ans a été démis de ses fonctions de ministre et expulsé du caucus libéral. Il a été remplacé par son collègue des Transports Laurent Lessard, à la tête du MAPAQ.
La plaignante, rencontrée à quelques reprises par la Sûreté du Québec, avait fait état de plusieurs incidents à caractère sexuel survenus entre le printemps 2014 et son départ, à la fin de 2015. M. Paradis a pour sa part été rencontré par les enquêteurs en avril pour livrer son témoignage.
Une bonne nouvelle malgré la maladie
La nouvelle a été très bien accueillie au bureau de circonscription de M. Paradis, à Cowansville. La Voix de l'Est a sollicité une entrevue avec le député, qui n'a pas pris la parole publiquement depuis le début de l'année. Celui-ci est encore très malade, nous a appris son attachée politique, Louisette Hébert. « Sa santé n'est pas très forte », nous a-t-elle révélé.
M. Paradis souffre depuis décembre d'une commotion cérébrale subie à la suite d'une vilaine chute à cheval. On justifie son retrait presque complet de la vie publique, qui dure depuis déjà cinq mois, par son besoin de se remettre du traumatisme. 
D'abord hospitalisé à Brome-Missisquoi-Perkins, à Cowansville, le député a été transféré à l'hôpital Notre-Dame de Montréal le 27 janvier. Il a obtenu son congé du service de neurologie de l'établissement le 2 février dernier, et se trouve depuis en convalescence chez lui, auprès des siens.
La décision favorable du DPCP à son endroit permettra à l'élu de se concentrer pleinement sur sa guérison. « C'est un boulet qu'il n'aura plus au-dessus de sa tête », a dit son frère Denis Paradis, député fédéral de Brome-Missisquoi. « C'est un stress de moins qu'il aura. Je suis extrêmement content de ça. »
M. Paradis a pu s'entretenir au téléphone avec son frère la semaine dernière. Il lui a dit souffrir encore des effets de sa commotion cérébrale subie en décembre. « C'est encore difficile pour lui. Des jours, il va bien, d'autres pas vraiment. Il n'est pas rétabli », explique-t-il.
Longue guérison
L'ex-ministre de l'Agriculture effectue tous les jours de courtes promenades, souligne Denis Paradis. Le tout demeure difficile, dit-il. « Il ne va pas très loin. De petites marches de 15 minutes. Il essaie de se rendre à 30 minutes. »
Pierre Paradis doit subir d'autres tests dans les prochains jours, a indiqué son frère. « C'est survenu il y a presque six mois. On m'a dit que ça peut prendre 6 mois, un an même avant de guérir. »
Dans le cadre du doctorat en réadaptation qu'il réalise actuellement, Christophe Alarie, kinésiologue clinicien à la Clinique Commotion, de Montréal, s'intéresse particulièrement aux adultes ayant subi des traumatismes crâniens légers et persistants. Sans se prononcer sur le cas de M. Paradis, qu'il n'a pas rencontré, le spécialiste a accepté d'expliquer à La Voix de l'Est de quelle manière une commotion cérébrale peut affecter celui qui la subit.
« Quand on fait une commotion, que ce soit par l'accélération dans la chute ou par un coup porté à la tête, le cerveau est ''brassé''. Dans les jours qui suivent, on a donc de la difficulté à reprendre nos activités normales, car le cerveau ne trouve plus ses ressources pour bien fonctionner », explique-t-il.
Dans 70 % des cas, les gens se remettent d'une commotion cérébrale dans une période de deux à trois semaines, et ce, sans trop de séquelles, indique M. Alarie. Dans certains cas, il se peut toutefois que les symptômes, qu'ils soient physiques, cognitifs, émotifs ou de l'ordre des troubles du sommeil, persistent pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. « J'ai déjà traité des cas où la commotion était présente depuis un an et demi, et même deux ans », souligne le spécialiste, qui qualifie plutôt le trouble de traumatisme crânien lorsqu'il perdure.
Le kinésiologue ajoute que même si la commotion ou le traumatisme semblent légers, les conséquences, elles, peuvent être plus graves. « C'est vraiment du cas par cas, souligne le thérapeute. La plupart du temps, on n'a pas à s'inquiéter, car ça se guérit par soi-même. Mais pour certaines personnes, les effets durent dans le temps. Ça peut aller de maux de tête à des troubles de la vision, des nausées, une sensibilité à la lumière ou au son, énumère-t-il. Il y a des gens qui se retrouvent en arrêt de travail pendant plusieurs semaines ou quelques mois. »
Pierre Paradis a été élu pour la première fois dans Brome-Missisquoi en novembre 1980. Il siégeait depuis sans interruption à l'Assemblée nationale. Une rencontre entre le député et les maires de la circonscription est dans l'air depuis le mois d'avril. Selon nos informations, celle-ci n'a toutefois pas encore eu lieu.
- Avec la collaboration de Michel Laliberté
De retour dans le caucus libéral ?
Maintenant que Pierre Paradis a été blanchi des allégations d'inconduite sexuelle qui pesaient contre lui, l'avenir politique de l'ex-ministre libéral bientôt âgé de 67 ans repose désormais entre les mains du caucus libéral, qui devra décider s'il accepte ou non de le réintégrer.
Le cas échéant, le premier ministre Philippe Couillard devra mener sa propre réflexion à savoir s'il a l'intention de lui redonner sa place au conseil des ministres. Lundi, lors d'une mêlée de presse, en marge d'une mission qu'il dirige à Washington, M. Couillard a fait preuve d'une grande prudence, refusant de se prononcer sur la question.
Il reviendra au caucus de trancher, a-t-il dit en substance, refusant de dire s'il avait toujours confiance en son ancien ministre.
« Il est clair que les prochains gestes à poser viendront de conversations avec notre caucus, qui est au coeur de ça. Je ne veux faire aucune annonce, aucune déclaration qui va plus loin, sans avoir parlé aux membres de mon caucus », s'est contenté de dire M. Couillard.
En principe, la voie est libre pour que M. Paradis retrouve sa place au sein de l'équipe libérale, mais on ne sait toujours pas s'il veut revenir, ni si son état de santé lui permet de terminer son mandat. Surtout, on ignore quel accueil lui réserveraient ses anciens collègues. La présidente du caucus, Nicole Ménard, prévoit le contacter dans les prochains jours pour connaître ses intentions. La Presse canadienne