Salah Abdeslam, 26 ans, soupçonné d'avoir eu au moins un rôle-clé de logisticien, s'est évaporé dans la nature depuis son exfiltration de Paris par des amis le lendemain des attentats.

Paris: au moins un des terroristes en fuite

L'Europe était sur le qui-vive mardi quatre jours après les attentats sanglants de Paris, dont au moins un auteur est en fuite, tandis que Français et Russes amorçaient une coopération inédite contre le groupe Etat islamique en Syrie.
Ajoutant encore à la tension, le match amical de football Allemagne-Pays-Bas, prévu mardi soir à Hanovre en présence de la chancelière Angela Merkel, a été annulé à la dernière minute en raison d'un risque «sérieux» d'«attentat à la bombe», selon le chef de la police locale.
Aucun explosif n'a été retrouvé, mais «nous avions de bonnes raisons» d'annuler la rencontre, a déclaré le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière.
Les attaques, qui ont fait 129 morts et 350 blessés vendredi soir, ont visé une salle de concerts, des bars et des restaurants parisiens, mais aussi le Stade de France, où se déroulait un match France-Allemagne.
Sept assaillants sont morts le soir même, la plupart en faisant exploser leur ceinture d'explosifs. Mais un auteur présumé, Salah Abdeslam, est en fuite, peut-être en Belgique, pays qui a déployé des militaires sur ses sites sensibles et relevé son niveau d'alerte.
Ce Français de 26 ans est le frère d'un des kamikazes. Il est considéré comme «dangereux» et «pourrait être lourdement armé», selon la police belge. Un troisième frère l'a appelé à se rendre, sur la chaîne de télévision BFM.
Une vidéo, dont l'AFP a appris l'existence mardi soir, accrédite par ailleurs l'existence d'un neuvième assaillant. Il pourrait être lui aussi en fuite, à moins qu'il ne s'agisse de Mohammed Amri, 27 ans, ou Hamza Attou, 20 ans, écroués en Belgique où ils sont soupçonnés d'avoir exfiltré de France Salah Abdeslam après les attentats de vendredi.
Autre volet de l'enquête: l'identification des kamikazes. La police, qui a mis un nom sur quatre corps, a diffusé dans la soirée un appel à témoins pour en identifier un de plus. Un passeport syrien a été retrouvé près du cadavre de cet homme passé par la Grèce en octobre. Mais le document, qui attise les inquiétudes sur l'infiltration de jihadistes parmi les réfugiés syriens, pourrait être faux.
<p>La France a bombardé mardi pour le troisième jour consécutif la ville de Raqa, fief du groupe Etat islamique dans le nord de la Syrie, également visée par des raids russes.</p>
Même ennemi
Parallèlement, la France a bombardé mardi pour le troisième jour consécutif la ville de Raqa, fief du groupe Etat islamique dans le nord de la Syrie, également visée par des raids russes.
Le groupe jihadiste a revendiqué à la fois les attaques de Paris et le crash d'un avion russe dans le Sinaï égyptien qui a fait 224 morts le 31 octobre. Moscou a admis mardi pour la première fois qu'il s'agissait bien d'un attentat à la bombe.
Les présidents François Hollande et Vladimir Poutine, qui se sont entretenus par téléphone de la lutte contre l'EI, sont désormais favorables à «une coordination plus étroite» entre services secrets sur la Syrie, a assuré le Kremlin.
Signe d'une coopération naissante, le président russe a déjà ordonné à ses navires de «coopérer avec les alliés» français, dont le porte-avions Charles-de-Gaulle appareille jeudi pour la Méditerranée orientale.
Jusqu'à présent, Paris et Moscou, qui mènent des raids en Syrie depuis la fin septembre, divergent sur le sort à réserver au président syrien Bachar al-Assad, soutenu par la Russie alors que la France exige son départ. Les frappes russes s'étaient jusqu'à présent pour l'essentiel concentrées sur les rebelles dits modérés et non sur l'EI.
Mais «la Russie bouge puisqu'aujourd'hui même des missiles de croisière russes ont frappé Raqa», a souligné leministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian.
Dans un discours au ton martial lundi, le président Hollande a souhaité «unir» l'action des forces françaises, russes et américaines contre le groupe jihadiste. Il rencontrera le président Barack Obama le 24 novembre et Vladmir Poutine deux jours plus tard.
<p>L'hymne national français, la Marseillaise, a été repris en choeur mardi soir à Londres dans le stade de Wembley où se jouait un match amical Angleterre-France.</p>
Champagne et Marseillaise
Dans ce même discours devant les parlementaires, il a demandé la prolongation pour trois mois de l'état d'urgence, qui sera étendu aux territoires d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion, etc), a annoncé un renforcement des services de sécurité, et a plaidé pour une modification de la Constitution visant à préciser le cadre de la lutte contre le «terrorisme de guerre».
Mardi, le chef de l'État, dont l'action est approuvée par une large majorité des Français, a ouvert un nouveau pan de la lutte contre l'EI, en annonçant des mesures contre le trafic d'oeuvres d'art massivement pratiqué par les jihadistes pour se financer.
La France a également demandé l'assistance de l'Union européenne, invoquant un article des traités européens -jamais utilisé dans l'histoire de l'UE- qui prévoit une clause de solidarité en cas d'agression contre un pays de l'Union.
Dans les rues de Paris, l'atmosphère restait pesante, le traumatisme du carnage très présent. «Je l'aime cette ville, mais là, je ne sais vraiment pas comment réagir», confiait Rosanna, 42 ans qui habite dans le nord-est de Paris visé vendredi.
«Ils ont les armes, on les emmerde, on a le champagne», a toutefois proclamé en une, et en signe de défiance aux jihadistes, le journal Charlie Hebdo, dont la rédaction avait été décimée par un attentat le 7 janvier.
Autre source de réconfort: l'hymne national français, la Marseillaise, a été repris en choeur mardi soir à Londres dans le stade de Wembley où se jouait un match amical Angleterre-France.