Les 29 propriétaires de maisons mobiles qui louent un terrain dans un parc de maisons mobiles situé à côté des Industries NRC, à Saint-Paul-d’Abbotsford, ont reçu une lettre faisant un peu plus la lumière sur leur avenir.

Parc de maisons mobiles à Saint-Paul: le pire scénario se dessine

La moitié des résidents d’un parc de maisons mobiles de Saint-Paul-d’Abbotsford, près du Chemin de la Grande-Ligne, en savent un peu plus sur ce que leur réserve le nouveau propriétaire du terrain, les Industries NRC. S’il s’agit d’une bonne nouvelle pour NRC, elle l’est beaucoup moins pour les citoyens du quartier.

Tous les propriétaires de maisons mobiles du côté Est de la rue privée, qui ont l’industrie dans leur cour arrière, se préparent psychologiquement à quitter bien des souvenirs. Ils ont été informés qu’ils seront évincés. De nombreuses questions demeurent, alors que les propriétaires des Industries NRC sont toujours aussi silencieux.

Cette semaine, ils ont reçu une lettre du bureau Normandin Gravel Rhéaume avocats dans laquelle on les informe vaguement de ce qui les attend. Le cabinet représente la société Gestion Norayco, qui a acquis le terrain. La société sœur de Gestion Norayco, soit NRC, « est en pleine expansion et aura besoin d’espace pour concrétiser divers projets, peut-on lire dans la lettre. Conséquemment, notre cliente entend procéder graduellement au changement de vocation du terrain acquis afin de répondre aux besoins de NRC. À titre informatif, notre cliente prévoit débuter son projet de changement de vocation du terrain avec la partie située du côté Est de la rue ».

L’avocat Olivier Normandin précise que la demande de permis n’est pas encore déposée à la municipalité de Saint-Paul-d’Abbotsford. Les locataires de terrain recevront éventuellement un avis d’éviction avec un délai d’au moins six mois pour quitter. Gestion Norayco « versera à chacun des locataires [d’une partie du terrain] une indemnité », ajoute-t-il par écrit.

Néant

Quant au côté Ouest de la rue, les propriétaires de maisons demeurent dans le néant, mais savent que leur terrain ne fait pas partie de la première phase d’agrandissement de l’entreprise.

« Ça ne veut pas dire grand-chose, laisse tomber un résident avec qui La Voix de l’Est s’est entretenue. Ça veut juste dire que, quand on va recevoir une autre lettre, on a six mois pour partir. »

Pour cette personne, qui ne veut pas être identifiée pour éviter tout problème avec NRC, ce sera des années de souvenirs qu’elle laissera derrière elle. « Tout le monde, on pleure, confie-t-elle, la gorge nouée. Je ne dors plus. C’est notre vie, ici. C’est vraiment dur. »

Ce propriétaire songeait à vendre sa maison dans quelques années, mais il n’était pas prêt à déménager rapidement, surtout contre son gré. De plus, il ne sait pas si sa maison se déménage et, selon lui, les parcs de maisons mobiles sont pleins.

En attente de réponses

Mais plusieurs questions demeurent. La plus pressante concerne le paiement mensuel du terrain et trimestriel de l’eau puisqu’aucune information ne leur a été transmise à ce sujet.

Selon l’article 1908 du Code du Québec, « le locataire qui, lors de l’aliénation de l’immeuble, de l’inscription d’une hypothèque sur les loyers ou d’une cession de créance, n’a pas été personnellement avisé du nom et de l’adresse du nouveau locateur ou de la personne à qui il doit payer le loyer, peut déposer son loyer au greffe du tribunal [NDLR : Régie du logement] s’il obtient l’autorisation de celui-ci. Le dépôt peut aussi être autorisé lorsque, pour tout autre motif sérieux, le locataire n’est pas certain de l’identité de la personne à qui il doit payer le loyer, lorsque le locateur ne peut être trouvé ou lorsqu’il refuse le paiement du loyer ».

Mais plusieurs propriétaires ne veulent pas utiliser cette alternative, rapporte le résident. « Pourquoi on ne peut pas voir les nouveaux propriétaires ? Qu’ils soient donc humains ! Venez nous rencontrer, lance-t-il. On est parlable. »

Ce propriétaire regrette de ne pas avoir mis la pancarte à vendre devant la maison il y a quelques années, lorsqu’un litige concernant l’eau potable s’était réglé devant la Régie du logement.

Zonage commercial

« Lorsqu’il y a eu la refonte règlementaire l’an dernier et qu’on s’est attardé au secteur, on s’est rendu compte que le type de zonage était mixte ou commercial, souligne le directeur général par intérim de Saint-Paul-d’Abbotsford, Jean-Raphaël Cloutier. Pour ne pas avoir un zonage déstructuré, on a décidé de le zoner commercial. »

Dans la zone C-23, il est permis d’y avoir un commerce automobile, une industrie légère sans incidence et du paraindustriel. Le paraindustriel englobe les activités de NRC. « Le parc de maisons mobiles est considéré comme un droit acquis », assure M. Cloutier.

Il n’a pas été possible de parler aux propriétaires de NRC et de Gestion Norayco, qui partagent les mêmes actionnaires.